Habitués à chercher des gisements un peu partout dans le monde, les géologues du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) vont se concentrer à nouveau sur la France ! Jeudi 13 février, une visite du ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, au siège de l’établissement public à caractère industriel et commercial à Orléans (Loiret) a été l’occasion de lancer officiellement le nouveau programme d’exploration des ressources minières de la France.
Ce n’est pas une surprise : depuis le rapport Varin, les métaux sont régulièrement mis en avant comme l'un des enjeux de la souveraineté et de la réindustrialisation française. Emmanuel Macron avait annoncé que la France allait évaluer son propre potentiel en septembre 2023. Et le Critical Raw Materials Act, adopté en mars 2024 au niveau européen pour relancer l’Europe dans la course aux métaux critiques, prévoit lui aussi une mise à jour des inventaires miniers européens.
«Pas mal de lithium» en France ?
Des campagnes du BRGM ont d’ailleurs déjà eu lieu récemment dans l'Hexagone, dans l’ouest du Massif Central (entre 2022 et 2024), les Vosges et les Monts du Lyonnais (fin 2024). Mais le programme va monter en puissance, fait valoir Bercy. Prévu sur une durée de cinq ans, il est doté de 53 millions d’euros dans le cadre de France 2030, précise le BRGM dans un communiqué de presse.
Concrètement, il s’agit de mieux connaître ce qui se trouve dans le sous-sol français. «Le BRGM a réalisé un inventaire entre 1975 et 1995, mais ce dernier n’a concerné que 20% du territoire national et n’a pas été mené sur les zones déjà concernées par des permis d’exploration. A l’époque, il n’y avait pas non plus de techniques géophysiques et nous n’avons ausculté que l’extrême surface», expliquait Christophe Poinssot, le directeur général du BRGM à L’Usine Nouvelle en 2023. Jugeant alors qu’il devrait y avoir «pas mal de lithium» en France.

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En plus de compulser les données déjà récoltées, les experts de la filiale exploration de l’organisme public (BRGM Explore), aidés de partenaires privés, iront sur le terrain. La campagne intègre notamment le prélèvement de sédiments dans des rivières ainsi que des campagnes de mesures aéroportées. Par exemple, des hélicoptères dotés d’étranges capteurs en forme d’anneau, survoleront les zones ciblées pour générer un champ magnétique et capter les ondes envoyées en retour par la terre. Ces techniques, courantes dans le monde minier d’aujourd’hui, permettent d’ausculter la terre en profondeur (sur quelques centaines de mètres au moins) et de générer des cartes en 3D. De quoi détecter des gisements cachés par les premières couches rocheuses...
Cinq zones ciblées (mais pas la Bretagne)
Autre nouveauté : alors que le premier inventaire ne comptait que 22 métaux, 55 seront désormais recherchés pour tenir compte des nouveaux besoins de l’industrie, explique Bercy, en citant le lithium, le tantale ou le germanium en exemple. Des métaux critiques, respectivement, pour les batteries, les condensateurs électroniques, et les semi-conducteurs et la défense.
Le BRGM va cibler cinq zones jugées particulièrement propices à la présence de gisements profonds : l’ouest du Massif central, la zone Morvan-Brévenne, les Vosges, l’Occitanie-Cévennes-Cerdagne et le sillon Nord de la Guyane. Le Massif armoricain, en Bretagne, a été mis de côté malgré son potentiel géologique. Car la question minière dans la région reste explosive, comme l’a rappelé l’émoi causé par la révélation, en 2022, de la présence d’un gisement de lithium à Tréguennec dans le Finistère et de craintes quant à son exploitation. Une tension qui se retrouve en réalité partout en France, des exploitations aurifères de Guyane (où le projet Montagne d'Or a récemment été bloqué par la justice administrative) au projet de mine de lithium d’Imerys dans l’Allier (qui continue à avancer).
«Ça ne sert à rien de trouver un gisement pour découvrir après coup que sur le plan social, c’est jugé insupportable. Nous sommes sur le terrain depuis un an et pour le moment nous n’avons pas foré. Nous regardons d’abord les affleurements géologiques et la sensibilité des gens», expliquait Yves Guise, président de la Compagnie des Mines Arédiennes, à L’Usine Nouvelle il y a quelques mois. Une manière de rappeler, pour ce vétéran des charbonnages de France et de l’industrie minière, que construire des mines prend du temps.
Une fois un gisement potentiel identifié, toute entreprise intéressée à l'exploiter doit obtenir un permis exclusif de recherche (PER), en vérifier le potentiel géologique et économique (notamment par des forages) et monter un projet, ce qui prend a minima plusieurs années, voire plus d'une décennie. Aujourd'hui, une petite quarantaine de PER sont valides ou demandés en France, dont près d’un tiers concerne de l’or en Guyane, et de nombreux autres de l’hydrogène naturel ou du lithium géothermal en France métropolitaine. D'autres visent à rouvrir d'ancienne mines rocheuses, par exemple pour exploiter du tungstène à Salau, ou du cuivre à Chessy.
Des potentiels de stockage du CO2 dans le sous-sol français
Une étude coordonnée par le BRGM, publiée jeudi 13 février, détaille le potentiel de l’Hexagone pour stocker géologiquement du CO2. Une brique nécessaire pour arriver à la neutralité carbone et traiter les émissions de procédés de certains secteurs, comme le ciment, la chaux ou le verre et la céramique, explique Bercy. Rassemblant des acteurs publics et des industriels (dont TotalEnergies notamment), le document étudie cinq grandes zones : la façade Atlantique, le bassin parisien, le bassin lorrain, le bassin aquitain, et le bassin du sud-est et le Golfe du Lion. Résultat : en ne prenant en compte que les “pièges géologiques” au sein desquels le gaz injecté resterait théoriquement piégé à long-terme, les anciens gisements d’hydrocarbures désormais vides et certains aquifères salins pourraient permettre de stocker 1,1 milliard de tonnes de CO2 estime l’étude. De quoi motiver des industriels à accélérer sur le stockage en France ?



