Reportage

Le biométhane pour décarboner les transports et les réseaux de chaleur en Allemagne

Décriée pour son utilisation massive des terres cultivables, la filière industrielle de production de biogaz en Allemagne pourrait trouver son salut dans l'alimentation des réseaux de chaleur et les transports, deux secteurs qui doivent être massivement décarbonés.

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Usine methanisation de Verbio Allemagne
Depuis 2019, sur le site de Pinnow, Verbio produit son biométhane à 100% à partir de paille.

À l’image des gigantesques silos de l’usine de méthanisation de Verbio à Pinnow, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (Allemagne), il y a bien longtemps que les installations de biogaz ont quitté les exploitations agricoles pour devenir de véritables usines.

Massivement soutenue par la loi sur les énergies renouvelables depuis 2000, la production de biogaz a longtemps bénéficié de tarifs d’achat avantageux, incitant les entreprises à mettre sur pied une filière industrielle. Ainsi, fin 2020, selon l’association Biogas, le pays comptait 9 359 bioraffineries, dont près de 8 000 valorisant la biomasse et 400 le lisier. Mais revers de la médaille, le secteur est aussi décrié pour son utilisation massive des terres cultivables. Toujours d’après Biogas, en 2020, plus de 1,4 million d’hectares était consacré aux cultures pour alimenter les fermenteurs. C’est pourquoi, depuis 2017, le gouvernement a décidé de revoir à la baisse les tarifs d’achat. Résultat : seules 113 nouvelles usines ont ouvert en 2018, puis 83 en 2019. En 2020, 168 ont même fermé.

219 bioraffineries pour 10 TWh de biométhane

Pour autant, le secteur n’a pas dit son dernier mot et mise sur le biométhane pour alimenter les réseaux de chaleur et les transports, deux secteurs qui doivent être massivement décarbonés. Actuellement, 219 bioraffineries injectent près de 10 TWh de biométhane dans le réseau de gaz naturel.

Depuis 2019, sur le site de Pinnow, Verbio produit son biométhane à 100 % à partir de paille. Jusqu’à 5 tonnes par jour peuvent être traitées pour produire 1 000 Nm³/h de biométhane. Il est ensuite notamment commercialisé comme biocarburant auprès des stations-service au gaz naturel comprimé.

"Cela permet d’alimenter deux voitures pendant un an avec un kilométrage moyen de 11 500 km/an", souligne l’entreprise, qui précise que la réduction des émissions de CO2 est de 90 % par rapport aux véhicules à essence ou diesel. "Les voitures électriques sont considérées comme climatiquement neutres, mais c’est sans prendre en compte le fait que l’électricité est encore en grande partie fossile, précise Claus Sauter, le PDG de Verbio. Ainsi, si l’on intègre ce facteur au calcul, leurs émissions de CO2 s’élèvent de 65 à 75 g/km. En roulant au biométhane, elles tombent à environ 8 g/km".

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