A Lorient (Morbihan), la région Bretagne a lancé officiellement, mercredi 10 novembre, la filière de transport maritime à propulsion par le vent. A cette occasion, l’Agence Bretagne développement innovation (BDI) a indiqué à partir d’une étude réalisée pour l’occasion que sur les 156 entreprises bretonnes qui ont répondu favorablement à cet appel, 61 sont déjà actives commercialement. Un marché encore embryonnaire avec 28 millions d’euros de chiffre d’affaires et 155 emplois.
« 95 entreprises ne sont pas encore actives mais intéressées et parmi elles, 74 ont un programme d’entrée sur le marché, précise à L’Usine Nouvelle, Carole Bourlon, responsable grands programmes structurants à l'agence Bretagne développement innovation (BDI). C’est un travail conjoint entre la région Bretagne et la BDI.»
Cette filière qui regroupe des entreprises de la construction navale, de la voile de compétition, des énergies marines, mais aussi du nautisme, de l’aéronautique, des composites, et des armateurs est l’occasion pour la région de développer une "économie décarbonée" et de mettre en avant un savoir-faire. Des associations comme Windship, qui regroupe des porteurs de projets, sont également de la partie.
Promouvoir le transport de fret à voile en Bretagne
Cette filière est surtout amenée à se développer dans les prochaines années. Les projets fleurissent sur le transport de passagers et de marchandises : Neoline, Zephyr & Borée, Grain de sail, Airseas (avec Airbus), Solid Sail (Chantiers de l’Atlantique), TOWT,… Selon les chiffres de Windship, il existe actuellement 15 navires de marine marchande à voile (supérieures à 5000 tonnes). Ils seront 47 fin 2023 dans le monde. Il y a également une vingtaine de navires de pêche, ferries et cargos de plus petite taille.
«Les entreprises sont déjà habituées à travailler ensemble, rappelle Carole Bourlon. Une dizaine d’entreprises bretonnes sont à la manœuvre pour construire et mettre au point les gréements, les mâts,… sur le projet des Chantiers de l’Atlantique, Solid Sail. Et le but de cette filière est déjà de proposer une feuille de route pour l’été 2022 afin de promouvoir le transport de fret à voile en Bretagne, mais aussi le développement de la filière industrielle, de la R&D et la formation.»
Mobiliser l’excellence de la filière voile de compétition
A la Région, «il s’agit en premier lieu de mobiliser l’excellence de la filière voile de compétition pour développer des solutions technologiques répondant aux besoins de cette nouvelle filière industrielle maritime. En second lieu, il s’agit de faire de cette filière un relais de croissance pour les entreprises et créer des emplois en Bretagne dans le domaine de la propulsion par le vent, indique Marie Lecuit-Proust, directrice générale adjointe mer, tourisme et mobilités à la direction générale des services de la région Bretagne. Sans attendre la finalisation de la feuille de route, la Région souhaite faciliter l‘implantation des entreprises qui passent à la production industrielle de technologies matures et leur mise en réseau.» Sur le fret et le cabotage, la région souhaite profiter de son réseau de ports pour développer ces activités.
«S’il existe quelques porteurs de projets à l’étranger, il n’y a pas une telle densité de solutions technologiques comme en France et surtout en Bretagne», prévient François Dampeyou, responsable du financement de la transition environnementale au cabinet de conseil Leyton, membre du pôle de compétitivité Bretagne-Atlantique qui est spécialisé dans la recherche de financements et qui accompagne certains projets.
L’alternative de la force vélique pour toute ou partie de l’énergie nécessaire pour faire avancer un bateau, est plus que jamais une des solutions pour décarboner le transport maritime dont les ambitions pour réduire ses émissions sont jugées insuffisantes. 80 000 vraquiers, pétroliers et porte-conteneurs arpentent les mers. 940 millions de tonnes de CO2 sont émises par le transport maritime chaque année soit 2,5 à 3 % des émissions mondiales. L’Organisation maritime internationale (OMI) s’est engagée à réduire ses émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 50 % d’ici à 2050 par rapport au niveau de 2008 et une baisse des émissions de CO2 par conteneur transporté d’au moins 40 % d’ici à 2030, et de 70 % d’ici à 2050.



