«Continuer à croître, élargir notre portefeuille de produits et notre géographie pour être moins dépendant d'un seul marché». L’objectif affiché par Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis depuis le tournant du siècle, est clair. Le groupe a annoncé jeudi 20 avril de résultats record : 28,3 milliards d'euros de chiffre d’affaires en 2022, une progression de 28,4% par rapport à 2021. Le résultat net consolidé du groupe s’établit toutefois à 384 millions d’euros, ce qui représente 1,36% du chiffre d’affaires, en baisse de 14% par rapport à 2021. «Malgré d’importants efforts de compétitivité et face à la difficulté de répercuter un accroissement de plus de 20 % de ses charges, les marges du groupe se sont significativement érodées», regrette Lactalis dans un communiqué.
Il n’empêche : grâce à ce résultat, l’ex-groupe Besnier devient le nouveau leader français de l'agroalimentaire, devant l'autre mastodonte hexagonal, Danone. Reléguée au second rang, la multinationale alimentaire affiche un chiffre d’affaires de 27,7 milliards d’euros en 2022, en progression "seulement" de 13,9%. Lactalis intègre par ailleurs le top 10 mondial de l'industrie agroalimentaire même s'il reste loin du géant du secteur, le suisse Nestlé, avec ses 95 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Une boulimie d'acquisitions
Mais l’entreprise familiale, fondée en 1933 par André Besnier à Laval (Mayenne) et désormais présente dans 150 pays, ne cache pas ses ambitions. Depuis qu’il a pris les rênes de l’entreprise en 2000, à l’époque où le groupe enregistrait un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros, Emmanuel Besnier s’est lancé dans une course à la croissance, par le biais de nombreuses acquisitions sur la scène internationale : plus de cent entreprises sont tombées dans son giron au cours des 22 dernières années. Le groupe à l’origine des fromages Président se trouve également derrière la mozzarella Galbani (depuis 2006), le lait Parmalat (racheté en 2011), les fromages de l'Américain Kraft-Heinz (achetés en septembre 2020), le fromage à trous Leerdammer (acquis auprès du groupe Bel en mars 2021) ou encore les activités fromagères d’Ambrosi (obtenues à l’été 2022).
La hausse des revenus de l’entreprise annoncée pour l'année 2022 est à la fois due à la hausse du prix de vente de ses produits, mais est sans aucun doute également gonflée par ses récentes acquisitions. Dans un communiqué, Lactalis applaudit la hausse de ses revenus, rendue possible grâce «à la constance de sa stratégie centrée sur la transformation du lait et sa capacité à intégrer des entreprises en conservant leurs spécificités, tout en les accompagnant pour acquérir le savoir-faire spécifique du groupe».

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Un groupe secret «discret»
Malgré sa taille désormais critique (270 sites de production dans 51 pays et 85 000 employés), le groupe agroalimentaire communique peu. Ce qui lui vaut régulièrement des critiques dans les médias. «On n'avait pas le sentiment qu'on avait besoin d'expliquer ce qu'on faisait, qui on était. Mais c'est vrai qu'on ne s'était peut-être pas aperçu du poids qu'on représentait en France et dans l'environnement économique», admet aujourd’hui le dirigeant du groupe, qu’il estime moins «secret» que «discret» sur ses activités.
Si le nouveau leader de l’agroalimentaire français a parfois mauvaise presse, c’est surtout en raison des nombreuses polémiques qu’il traîne. Pas plus tard qu’en février dernier, le groupe laitier a été mis en examen aux côtés de la Société Laitière de Craon (Mayenne) après la contamination de plusieurs dizaines de nourrissons par du lait infecté à la salmonelle, une affaire qui avait fait scandale en 2017 et 2018. Quelques semaines plus tôt, fin octobre 2022, les usines françaises de l’entreprise avaient déjà été pointées du doigt pour des «manquements» aux règles d’hygiène, révélés par le média d’investigation Disclose.
Toujours présent en Russie en Ukraine
Lactalis a par ailleurs été épinglé à de multiples reprises depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022. A rebours de nombreux industriels, le groupe a décidé de ne pas se retirer du territoire russe, qui représente moins de 1% de son activité et où il est implanté industriellement depuis 2003. Le groupe reste également présent en Ukraine, malgré les affrontements. «Il y a aujourd'hui sur la Russie beaucoup d'entreprises qui ont fait des annonces et peu d'entreprises qui se sont retirées, tente d’éluder Emmanuel Besnier auprès de l’AFP. Il n'y a aucun flux vers l'extérieur et on a gelé les investissements. Cela ne changerait rien de sortir de la Russie. Une sortie se ferait aussi au profit de personnes proches du pouvoir».



