Lab-Service installe deux salles de micronisation à La Roche Vineuse

À la fin de cette année, la société Lab-Service disposera de deux salles de micronisation supplémentaires pour conférer à des lots de principes actifs une parfaite granulométrie. Fruit d'un investissement de 2 millions d'euros, ce projet portera à huit - sur un total de onze - le nombre de salles exclusivement dédiées à la pharmacie, sur son site de La Roche Vineuse, dans le département de la Saône-et-Loire.

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Vincent Boullay, président de Lab-Service, à l'entrée d'une salle de micronisation.

Installée au beau milieu du vignoble du Mâconnais, en Saône-et-Loire, la société familiale Lab-Service travaille depuis plus de 40 ans pour le compte de l'industrie pharmaceutique. L'entreprise se fond dans un paysage rural avec les bardages verts de ses 4100 m2 de bâtis, qui s'étendent sur 1,5 hectare. La spécialité de Lab-Service, c'est le traitement des poudres, et plus spécialement le broyage et la micronisation, pour un contrôle de la taille des particules de matières actives, en fonction du cahier des charges de clients.

Ces derniers sont soit des entreprises de la chimie fine, soit des producteurs de principes actifs, des laboratoires pharmaceutiques ou des façonniers. Des acteurs qui ont parfois leurs propres équipements de broyage et de micronisation, mais qui vont faire appel à la sous-traitance, lorsqu'ils ont des pics de charge, ou lorsqu'ils se trouvent confrontés à des produits difficiles à traiter. « Nous sommes sollicités pour traiter les moutons à cinq pattes », explique Vincent Boullay, fils du fondateur de Lab-Service, aux commandes de la société depuis 2001.

Sur ce type de prestation, la concurrence existe à l'échelle européenne, mais principalement en Suisse ou en Allemagne, ce qui confère à Lab-Service une certaine singularité sur le sol français. « Nos clients ont besoin de contrôler la granulométrie de leurs poudres pour des questions de biodisponibilité du produit et/ou pour les besoins galéniques de la fabrication de comprimés par compression ou le remplissage de gélules », poursuit le dirigeant. Pour des tailles médianes de poudre de 20 à 200 microns, la société réalise des opérations de broyage, avec des broyeurs à broches ou à marteaux.

Pour descendre au-dessous de 10 à 15 microns, elle utilise la technologie de micronisation à jet d'air. Forte de ce savoir-faire, la société a clôturé l'année 2023 sur un chiffre d'affaires de 6,25 millions d'euros, avec un effectif de 54 salariés. « Nous avons réalisé une très bonne année 2023. Ce premier trimestre 2024 est un peu plus calme », confie le dirigeant qui évoque des succès tant dans la pharmacie, sa spécialité, que sur les marchés de l'agroalimentaire ou de la cosmétique, qui sont aussi couverts par la société.

Un chantier d'extension

En ce début de mois d'avril, Lab-Service est en plein chantier. En fin d'année 2024, la société réceptionnera deux nouvelles salles de micronisation pour le marché de la pharmacie, qui s'ajouteront aux neuf salles déjà existantes. Sur ces neuf salles, six sont déjà dédiées à la pharma, dont deux sont même construites à l'écart, dans des installations totalement séparées pour pouvoir accueillir des lots de pénicillines. Seules trois unités se consacrent donc à des marchés hors pharma. Ce nouveau projet est le fruit d'un investissement total de 2 millions d'euros, qui a reçu un soutien du Feder à hauteur de 125000 euros. Les deux installations travailleront, chacune, en tandem, avec deux ateliers existants.

Pour ce qui est de la conception de ces salles, même si elles n'ont pas toutes la même vocation - l'une d'entre elles travaille pour un client unique depuis dix ans, tandis que les autres réalisent de petites campagnes qui peuvent parfois durer à peine quelques dizaines de minutes -, toutes sont construites sur le même modèle. Une salle de micronisation type de la société va avoir une superficie de l'ordre de 30 m2. Elle inclut une salle de travail avec un sas d'entrée de la matière première qui arrive en fût, et un sas de sortie pour évacuer le produit fini reconditionné, tandis que le personnel dispose aussi de son sas d'entrée, à l'opposé. Une salle de lavage est adossée à la salle de travail. Elle permet de nettoyer tous les équipements de process, après chaque traitement de produit. L'ensemble est plongé dans un environnement à atmosphère contrôlée (Classe D ou Iso 8) où le système de traitement de l'air permet d'évacuer toutes les poudres en suspension. Pour un repérage visuel plus rapide de l'opération en cours dans la salle, l'opérateur revêt une combinaison à usage unique blanche, pendant la phase de micronisation, et verte, pendant la phase de nettoyage. Dans les deux cas, il est équipé d'une cagoule pour éviter toute inhalation de particules. « Le volume d'air est renouvelé 30 à 40 fois par heure », explique Vincent Boullay. Le traitement des poudres est toujours une opération critique. « On vient chez Lab-Service pour deux choses: la taille des particules et le nettoyage de nos installations pour éviter toute contamination croisée », ajoute le dirigeant. Par conception, les installations sont donc calibrées pour réaliser des opérations de broyage/ micronisation en conformité avec les BPF et l'ICHQ7. « Nous avons des audits clients 25 à 30 fois par an. L'ANSM nous contrôle régulièrement tous les trois ou quatre ans », ajoute le dirigeant.

Une spécialité dans la micronisation à jet d'air

Pour ce qui est de la technologie de micronisation utilisée, Lab-Service est un spécialiste du jet d'air, au sein duquel les particules vont être poussées dans une chambre et s'entrechoquer, provoquant des réductions de taille. Ainsi, à chaque salle sera associé un compresseur d'air, représentant la plus forte dépense électrique du site. En fonction de la formule chimique d'un produit, et notamment de la taille de sa chaîne carbonée, les experts de Lab-Service seront en mesure d'évaluer la faisabilité d'une micronisation, la spécialité de la société se situant dans les pénicillines ou les corticostéroïdes. Pour autant, pour chaque nouveau projet, la société réalise des tests en taille réelle sur ses équipements de process. De l'échelle du laboratoire à la micronisation à l'échelle industrielle, les surprises peuvent être nombreuses. Outre les deux nouvelles salles en cours de construction, Lab-Service double sa surface de bureaux, avec la surélévation de son bâtiment administratif. Et c'est aussi son laboratoire d'analyse qui va pouvoir bénéficier d'une expansion.

Alors que l'analyse granulométrique était à la base de la création de la société, cette compétence continue d'être cultivée. À la fois pour les besoins de la société et le suivi des étapes de micronisation (matière première, encours de production, produit fini ou contrôle de nettoyage des équipements de production). La société continue aussi à fournir des prestations à façon. À cet effet, la société dispose d'un parc de six analyseurs sur technologie Beckman Coulter et Malvern. Un projet d'achat d'un nouvel équipement dernier cri est également dans les tuyaux pour conforter cette expertise.

Le principe de la micronisation à jet d'air

Pour réduire la taille des particules autour de 10 à 15 microns, Lab Service utilise la technologie de la micronisation à jet d'air avec des assiettes. Dans ce cas, l'assiette est un cylindre plat dont le diamètre peut varier de 5 à 50 cm. C'est dans ce cylindre que l'on introduit une poudre et de l'air comprimé qui est injecté par les trous percés à la périphérie de l'assiette. Les particules entament alors une rotation dans l'enceinte, et s'entrechoquent entre elles grâce aux jets d'air convergents. À mesure que leur taille va diminuer, elles vont se placer dans une orbite basse de rotation pour finir par s'évacuer par une ouverture placée au centre de l'assiette. Le mélange est ensuite poussé vers une trémie où l'air comprimé et les particules vont pouvoir être séparés. L'air sera filtré par l'intermédiaire d'une surface filtrante dont la superficie sera proportionnelle au débit. Dans ses installations, Lab-Service utilise, entre autres, les technologies de micronisation à assiette des constructeurs Hosokawa et Netzsch.

 

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