Spécialisé dans les essais des nouveaux organes mécaniques (moteurs et transmission), le Centre technique et d'essais Renault Lardy (CTL) dans l'Essonne vit une période transitoire difficile depuis l’annonce du plan d’économies du constructeur automobile et, surtout, ses salariés s’inquiètent pour leur avenir à moyen terme.
Le 4 mars ces derniers ont, à l’appel des syndicats CGT et Sud, observé un arrêt de travail d’une heure. Une action surtout symbolique pour alerter sur la situation actuelle et exprimer leurs craintes pour les années à venir car l’activité du site est très fortement orientée dans le développement, la mise au point et la validation des moteurs thermiques.
Depuis que Renault a fait part, en mai 2020, de sa volonté d’économiser plus de 2 milliards d'euros sur trois ans dont 800 millions d'euros sur les coûts d’ingénierie, le CTL connaît une forte érosion de ses effectifs. 2 200 personnes, dont un peu plus de la moitié détachées par des ingénieristes sous-traitants, travaillaient dans ses ateliers début 2020. Sur ce total 518 postes ont déjà été supprimés, les réductions frappant surtout dans les rangs des entreprises sous-traitantes avec 427 suppressions de poste.
Dans l’attente de nouveaux départs
Les syndicats s’attendent à de nouveaux départs tant parmi les personnels des sous-traitants qu’au sein des salariés de Renault dont un grand nombre est concerné par l’accord de transformation des compétences conclu en novembre 2020 et qui prévoit, notamment, la suppression de 1 900 emplois dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective (RCC).
"Nous estimions que 700 personnels des sous-traitants allaient quitter le site et que ce dernier perdrait, parallèlement, 200 salariés de Renault dont 150 dans le cadre de la RCC et 50 par départs naturels. Aujourd’hui, et avec déjà 500 suppressions, nos prévisions risquent de s’avérer exactes", constate Florent Grimaldi, délégué syndical CGT.
Les syndicats dénoncent, par ailleurs, la mesure de chômage partiel d’une journée par semaine généralisée, depuis quelques jours, à l’ensemble de la branche ingénierie et qui restera en vigueur jusqu’au 19 août.
Des craintes sur l’avenir du site
Au-delà de cette perspective à court terme, les salariés s’inquiètent du manque de visibilité sur le plan de charge du site. Et les syndicats craignent qu’ils payent au prix fort les choix stratégiques du constructeur et notamment sa transition vers le véhicule électrique. "L’activité était fortement portée par les normes anti-pollution des moteurs thermiques mais, à présent, elle est dans un creux. En même temps, on ne voit aucun grand projet pour le CTL. On a, certes, de l’activité avec la motorisation hybride mais très peu sur l’électrique et absolument rien sur l’hydrogène ou sur le recyclage des batteries", détaille Florent Grimaldi.
Interpellé par un sénateur de l’Essonne, Bruno Lemaire, le ministre de l’Economie, n’a pas, en substance, exclu que, compte-tenu de ses activités, le centre puisse subir un impact dû à l’évolution du mix énergétique.
Le risque reste contenu, estime cependant Bruno Lemaire car "les salariés se verraient, donc, proposer d’aller vers d’autres sites en Île-de-France, si une décision de restructuration devait être prise".
Une réponse qui n’a pas nécessairement rassurée les techniciens du CTL.



