Le patient pourra dorénavant être son propre donneur ! La start-up i-SEP vient d’obtenir le marquage CE pour sa technologie d’autotransfusion. Cette dernière doit permettre de suppléer autant que possible les transfusions de sang issu des collectes, qui peuvent induire des risques de contamination et dont les stocks manquent. Jusqu’alors, les appareils développés pour la récupération sanguine peropératoire fonctionnaient par centrifugation, ce qui permettait seulement d’extraire les globules rouges du sang aspiré. Les autres composants sanguins d’intérêt étaient perdus.
Dès le début de sa carrière au CHU de Bordeaux dans les années 1980, le Dr Francis Gadrat s’est intéressé à l’autotransfusion. Il s’est rapidement penché vers la filtration, une option jusqu’alors peu utilisée pour des liquides riches comme le sang, qui posent des problèmes de colmatage et de vitesse d’écoulement. Mais à l’inverse de la centrifugation, le recours aux filtres permet d’extraire en plus les plaquettes, qui aident à la coagulation sanguine. Il a alors travaillé durant plusieurs années sur place avec l’écosystème local, et notamment l’Inserm Œnologie, afin de profiter de leurs compétences en filtration.
Concentration, lavage et régénération
Fondée en 2015 suite à ces travaux, la start-up i-SEP était confrontée à un défi majeur : traiter rapidement le sang collecté durant la durée de l’opération. « Il fallait un débit transmembranaire assez fort, mais sans aller jusqu’à altérer les composants sanguins », précise Francis Gadrat. Pour parvenir à cet équilibre, le sang récupéré est concentré puis lavé, en passant au travers d’une cartouche à fibres creuses. Les globules rouges et les plaquettes sont conservés dans la lumière du capillaire, tandis que les molécules contaminantes sont éliminées. Le sang effectue ainsi plusieurs passages au sein du dispositif, jusqu’à obtenir le niveau de lavage et d’hématocrite ciblé.
Ce dispositif permet aujourd’hui à i-SEP de traiter jusqu’à 500 mL de sang collecté en 5 minutes. Et pour faire durer le système sans qu’il ne colmate, le flux sanguin s’écoule de façon parallèle à la membrane filtrante. « De plus, des étapes de régénération de la membrane sont intégrées : un contre-flux sert à laver la surface du média filtrant », explique Sylvain Picot, fondateur et directeur général d’i-SEP. Ainsi, le filtre peut servir durant toute la durée de l’opération sans être changé.
Applications humanitaire et militaire
Actuellement en pleine levée de fonds, i-SEP va débuter par un pré-lancement commercial auprès d’une vingtaine de centres européens de chirurgie cardiothoracique, soit le secteur où les hémorragies sont les plus massives. Le dispositif pourra ensuite être déployé pour d’autres chirurgies, et sur d’autres territoires. « Nous devrons mener des validations supplémentaires afin d’enregistrer la technologie aux Etats-Unis, qui représente le premier marché mondial en valeur. Au sein des hôpitaux américains, les métiers ne sont pas organisés de la même manière au bloc opératoire. Nous devons donc valider l’utilisabilité du dispositif avec les utilisateurs », précise Sylvain Picot.
En parallèle de ces premières ventes, la société ne compte pas arrêter la recherche. « Nous travaillons à une version plus compacte, pour des applications militaires et humanitaires. Nous pourrons aussi nous pencher à l’avenir sur la récupération de protéines d’intérêt. » Entre challenge commercial et projets scientifiques, les équipes d’i-SEP ne vont pas manquer de défis.



