Simulation moléculaire : Qubits Pharmaceuticals divise par 10 le nombre de qubits nécessaire aux calculs

La deeptech Qubit Pharmaceuticals franchit un cap en matière d’algorithmie pour la chimie quantique. Son émulateur Hyperion-1, résolvant les équations fondamentales de la physique quantique, réduit d’un facteur 10 le nombre de qubits logiques nécessaires pour simuler les propriétés de petites molécules comme le dihydrogène. Une percée scientifique prometteuse.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Représentation 3D d'un protéine entourée de molécules d'eau. Qubit Pharmaceuticals modélise et conçoit des molécules thérapeutiques et cherche à identifier les zones d'interaction sur les protéines.

Vingt qubits logiques pour simuler avec exactitude les propriétés physico-chimiques du dihydrogène, ce qui signifie de calculer ses moments dipolaires, ses énergies de dissociation ou encore son niveau d’énergie fondamental ; 28 qubits logiques pour faire de même avec l’hydrure de lithium… 

Ce mercredi 10 juillet 2024, la deeptech Qubit Pharmaceuticals, qui associe calcul intensif, calcul quantique et IA pour concevoir des molécules à visée thérapeutique, a mis en valeur les performances de son émulateur Hyperion-1. La quantité de qubits (virtuels) nécessaire pour réaliser ces calculs de molécule a en effet était divisée par 10 selon la start-up.

Cette avancée est l’œuvre conjointe de Qubit Pharmaceuticals et de Sorbonne université, où continue d’exercer le directeur scientifique de la deeptech, Jean-Philip Piquemal. Une publication scientifique disponible sur Arxiv s’y réfère. En décembre dernier, les deux partenaires avaient déjà annoncé l’émulation de 40 qubits logiques grâce au même Hyperion-1. La réussite d’alors aboutit aujourd’hui à la résolution d’un problème algorithmique plus concret.

Huit millions d'euros pour améliorer l'émulateur

Compatible avec toutes les technologies de qubit, Hyperion-1 est un logiciel hybride, qui recourt à des unités de calcul quantique (QPU) virtuelles – les qubits logiques émulés – et des puces classiques (CPU/GPU). Les simulations moléculaires, montrant la division par un facteur 10 du nombre de qubits logiques nécessaires, ont été réalisées sur des supercalculateurs et des grappes de GPU du Genci (qui acquiert les supercalculateurs en France), de Scaleway, fournisseur de services cloud, et de Nvidia.

L’algorithme a aiguillé les calculs selon leur complexité : vers les puces classiques si la résolution exacte des équations était à leur portée, vers les qubits virtuels dans le cas contraire.

Un financement de 8 millions d’euros, accordé par le plan France 2030, servira à aller encore au-delà ces quatre prochaines années. « L’objectif est de transformer le logiciel pour co-intégrer les puces classiques et les futures machines quantiques, ainsi de pousser au maximum l’émulation jusqu’à des cas d’usage pharmaceutiques, impliquant la simulation de molécules complexes, précise Jean-Philip Piquemal. On aimerait modéliser ces molécules de façon exacte grâce à la physique quantique pour, en fin de course, entraîner des modèles d’IA à simuler des objets pharmaceutiques de la façon la plus précise possible. »

Anticiper l'arrivée des vraies machines quantiques

Le dihydrogène ou l’hydrure de lithium sont en effet des molécules simples, qui ont permis de démontrer la capacité d’Hypérion-1 à « résoudre exactement les équations de Schrödinger (qui décrit l’évolution dans le temps d’un système quantique, ndlr) pour arriver à ce qu’on appelle la précision chimique », informe Jean-Philip Piquemal.

Mais la modélisation de molécules comportant beaucoup plus d’atomes, appelées à s’imbriquer dans un zone cible d’une protéine pour activer ou inhiber une fonction cellulaire, est une autre paire de manches. Des centaines de qubits logiques seront nécessaires pour explorer l’espace des possibilités.

D’ici là, l’émulateur Hyperion-1 est un moyen pour la deeptech de préparer le terrain, dans un secteur compétitif, avant l’avènement des premiers ordinateurs quantiques utiles. « On peut travailler avec les fabricants pour co-concevoir les algorithmes et les machines quantiques car on sait le nombre de qubits dont on a besoin », indique Jean-Philippe Piquemal. On pourrait donc imaginer qu’un jour Qubit Pharmaceuticals passe commande d’un ordinateur quantique sur mesure.

Résultats prometteurs avec Pasqal

La deeptech a déjà collaboré étroitement avec Pasqal pour essayer d’optimiser ses techniques d’échantillonnage, ayant pour but de cartographier l’espace de conformation des protéines et d’identifier leurs zones d’interaction potentiellement intéressantes.

Le processus, hybride fait d’abord intervenir du calcul et un algorithme classiques (3D-Rism), pour découvrir des zones d’intérêt. Le calcul quantique détermine ensuite, à l’intérieur de ces zones, les positions précises pouvant accueillir les ligands des molécules thérapeutiques candidats.

PDG de Qubit Pharmaceuticals, Robert Marino fait état de la très grande proximité « entre les résultats simulés et les résultats expérimentaux ». Ce qui est très prometteur, selon lui, car l’expérience a été réalisée sur une machine qui n’est pas aussi évoluée que la production actuelle de Pasqal.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs