Biominéralisation et déchets de cimenterie, la recette de la start-up Bloomineral pour capturer du CO2

La start-up française Bloomineral a mis au point un procédé unique en son genre : il utilise les déchets des cimenteries pour favoriser la capture du CO2 par des organismes marins - capables ensuite de produire un additif minéral pour diminuer la part de béton du ciment. Chaque installation pourrait ainsi capter plusieurs milliers de tonnes de CO2 par an. 
 
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Caroline Thaler est la PDG et fondatrice de Bloomineral

Et s’il était possible d’utiliser les déchets des cimenteries pour capter le CO2 atmosphérique ? C’est en tout cas l’idée derrière la start-up Bloomineral, développée au sein du startup studio français Marble et officiellement lancée en mars 2024.  « L’idée derrière Bloomineral est de reproduire exactement la pompe à carbone terrestre que constituent les océans, mais sur terre », explique Caroline Thaler, fondatrice et PDG de la start-up.

Booster la biominéralisation 

Plus précisément, la géochimiste de formation a décidé de miser sur la biominéralisation, c'est-à-dire le processus par lequel des organismes sont capables de capturer le CO2 dissous dans l’eau et de le transformer en une forme solide et pérenne. Une dissolution favorisée par un phénomène appelé l’alcalinisation de l’eau de mer, qui augmente le pH de l’eau grâce à l’altération de roches alcalines, comme les roches volcaniques. « Or j’ai découvert que certains procédés industriels, comme ceux de l’industrie du ciment, généraient des déchets alcalins, et j’ai alors imaginé utiliser ces déchets pour booster la biominéralisation », indique la fondatrice. 

Ainsi, en se dissolvant dans de l’eau de mer, ces déchets augmenteraient la dissolution du CO2 atmosphérique, ensuite capturé par des organismes capables d’accumuler le CO2, à l’instar des algues et des coraux. « Ces derniers utiliseront aussi certains minéraux contenus dans les déchets et les combineront au CO2 absorbé pour en faire des carbonates de calcium aux propriétés intéressantes, puisqu’ils seront notamment cémentants. Cela en fait une sorte d’additif permettant de diminuer la proportion de ciment utilisé dans le béton, tout en stockant le CO2 capturé de manière durable », détaille Caroline Thaler. 

Des bassins ouverts remplis d'eau de mer

Concrètement, la solution proposée par Bloomineral prendra la forme de bassins ouverts de quelques dizaines de centimètres de profondeur et remplis d’eau de mer. Ils seront ensuite placés sous serres ouvertes, pour stabiliser la température et éviter les extrêmes,  et répartis sur quelques hectares. Au fond de ces bassins, les organismes, dont l’espèce reste confidentielle, seront installés sur plusieurs étages, à l’instar de ce qui peut se faire en aquaponie. « Nous sommes actuellement en train de tester le nombre d’étages qu’il sera possible de faire, en sachant que ce sont des organismes photosynthétiques, mais qui vivent normalement à des grandes profondeurs donc capables de survivre avec une faible luminosité », ajoute la fondatrice. 

A la fin du processus, 80% de l’organisme est minéralisé, et il n’y a plus qu’à le récolter. Ensuite, « il repousse et tout recommence », précise Caroline Thaler. Une opération qui pourrait être reproduite plusieurs fois par an. Grâce à cette solution, Bloomineral ambitionne de pouvoir capter en moyenne plusieurs milliers de tonnes par an de CO2 par site, et produire autant de matériau cémentant. 

Un pilote pour 2026

Aujourd’hui, la start-up développe son procédé à Saclay, au sein du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE). « L’objectif est de caractériser nos matériaux pour voir leur comportement dans le béton, de montrer qu’ils sont aux normes européennes et utilisables aussitôt qu’on le souhaite, ainsi que d’avoir des méthodes géochimiques robustes de mesure du CO2 capturé », selon la PDG, qui espère organiser une levée de fonds au cours des prochains mois. Objectif(s) : recruter des collaborateurs, tester leur solution sur de plus grands volumes et enfin mettre au point un premier pilote « pour 2026, dans l’idéal ». 

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