La société britannique ARM, dont la technologie de microprocesseurs est au cœur de 90 % des mobiles, est en passe de filer aux États-Unis.
Le groupe américain de semi-conducteurs Nvidia a conclu un accord pour la racheter à son détenteur actuel, le japonais SoftBank, pour 40 milliards de dollars. Outre-Manche, l’opération sonne comme un électrochoc, avec des craintes de perte d’emplois et de souveraineté. Le Premier ministre Boris Johnson promet de tout faire pour préserver les intérêts britanniques. Ira-t-il jusqu’à poser son veto ? Pas si sûr. Au mieux, il s’assurera du maintien des 3 000 emplois à Cambridge, le siège de l’entreprise.
ARM vend non pas des puces, mais les dessins de cœurs de processeur qui aident les Apple, Samsung, Huawei et autre MediaTek à créer leurs puces plus vite et moins cher que s’ils le faisaient à partir de zéro. Sa technologie s’est imposée dans les mobiles aux dépens de celle d’Intel pour ses avantages de consommation et de coût. Et elle est en passe de s’étendre à l’internet des objets, les PC, les serveurs et même les supercalculateurs. Si l’opération aboutit, elle sera un coup dur pour l’Europe qui mise sur ARM pour bâtir son indépendance vis-à-vis des États-Unis dans les microprocesseurs pour des secteurs stratégiques comme le calcul intensif.
Même sous le contrôle de SoftBank depuis 2016, ARM est resté ouvert, fournissant sa technologie à tout le monde, aux États-Unis comme à la Chine, au Japon, à la Corée du Sud, à Taïwan et bien sûr à l’Europe. Cette neutralité risque de voler en éclat après le rachat par Nvidia. Les États-Unis font des puces une arme géostratégique de choix. Leur première cible, la Chine. Mais leurs alliés ne sont pas à l’abri de cette tactique défensive. En témoigne leur veto au rachat de l’américain Wolfspeed par l’allemand Infineon.



