C’est officiel. Le groupe américain de semi-conducteurs Nvidia, numéro un mondial des processeurs graphiques, a conclu un accord avec le géant japonais de l’Internet SoftBank pour lui reprendre ARM, une société britannique dont la technologie de microprocesseurs est au cœur de plus de 90 % des smartphones et tablettes écoulés dans le monde. L’opération se monte à 40 milliards de dollars en numéraire et actions.
Moteur de l'Internet des objets
Basé à Cambridge, au Royaume-Uni, ARM vend, non pas des puces, mais de la propriété intellectuelle, c’est-à-dire les dessins de cœur de processeur qui permettent aux fournisseurs de semi-conducteurs de construire plus vite et à moindre coûts leurs circuits de traitement numérique. Sa technologie s’appuie sur une architecture de traitement Risc qui offre l’avantage sur l’architecture traditionnelle X86 au cœur des PC et serveurs de réduire la consommation d’énergie et le coût. Ce qui explique son succès dans les mobiles, les objets connectés ou encore l’embarqué avec à ce jour 180 milliards de produits équipés, dont 22 milliards en 2019. Elle est considérée comme le joyau de l’Europe dans les puces car elle tend à devenir de moteur de l’Internet des objets, étendant ses capacités jusqu’aux PC, serveurs et supercalculateurs. Ce qui en fait un élément essentiel de la souveraineté technologique européenne.
C’est d’ailleurs sur la technologie d’ARM que la start-up SiPearl s’appuie pour donner à l’Europe son premier microprocesseur de supercalculateurs, alors que le Vieux Continent dépend dans ce domaine hautement stratégique exclusivement des fournisseurs américains. Le projet risque de perdre de sa finalité puisque ARM va être absorbée par Nvidia et sa technologie, bien que développée au Royaume-Uni, sera estampillée USA.

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ARM a été racheté par SoftBank en 2016 pour environ 32 milliards de dollars. Mais le groupe japonais a tenu à en conserver l’indépendance, se contentant de réaliser une opération d’investissement dans le cadre de ses ambitions dans l’Internet des objets. Les choses seront différentes avec Nvidia. Le groupe de Jensen Huang, devenu en juillet 2020 la première capitalisation boursière américaine dans les puces au nez et à la barbe d’Intel, entend renforcer son positionnement de fournisseur de solutions de traitement, des PC jusqu’aux supercalculateurs, en passant par les mobiles et l’Internet des objets. Il prévoit l’intégration d’ARM même s’il promet de conserver la marque et sa politique de cession de licences.
Trois embargos américains contre la France
L’opération intervient dans un contexte géopolitique marqué par la guerre commerciale et technologique entre les Etats-Unis et la Chine. Elle est à hauts risques pour l’Europe. L’acquisition d’ARM par SoftBank n’avait pas suscité d’inquiétudes particulières. Et pour cause : le Japon n’était pas perçu comme un pays à risque, confie à L’Usine Nouvelle un expert français des semi-conducteurs. Ce n'est pas le cas des Etats-Unis qui n’hésitent pas à mettre à genou un pays ou une entreprise étrangère en les privant de l’accès à ses technologies de puces. En témoigne l’embargo implacable contre l’équipementier chinois des télécoms Huawei.
La France se souvient avoir fait l’objet d’un embargo américain à trois reprises : en 1964 lors de sa décision de se doter de sa propre bombe atomique, en 1966 lors de l’annonce de sa sortie de l’Otan et en 1981 lors de l’élection de François Mitterrand, premier Président de la République socialiste avec le concours des communistes.
Nvidia espère finaliser la transaction dans un an. Un objectif jugé trop optimiste par certains experts qui, compte tenu de l’importance des enjeux, voient l’opération prendre jusqu’à deux ans pour être validée par toutes les autorités de la concurrence concernées. La Chine n’aura pas son mot à dire puisque l’activité d’ARM dans le pays a été isolée de façon à être exclue de la transaction. La Commission européenne examinera l’acquisition du point de vue de la concurrence, les questions de souveraineté restant du ressort des Etats membres. Mais on voit mal le Royaume-Uni, et encore moins l'Allemagne ou la France, poser leur veto. Plusieurs acteurs européens des puces sont pourtant concernés et tout particulièrement les trois premiers d'entre eux : Infineon Technologies, STMicroelectronics et NXP, qui utilisent la technologie ARM dans leurs microprocesseurs spécialisés et microcontrôleurs.



