La SNCF tient son alternative au glyphosate pour désherber ses voies

L'interdiction du glyphosate en grande partie d'ici fin 2021 oblige la SNCF à chercher des alternatives au produit herbicide controversé, utilisé jusque là pour désherber ses voies à moindres frais. Le premier consommateur de France a annoncé avoir trouvé un produit de remplacement.

 

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Le désherbage sans glyphosate pourrait engendrer un surcoût de 110 millions d'euros pour la SNCF.

Emmanuel Macron avait annoncé en 2017 la sortie du glyphosate de l'Hexagone fin 2021. Devant la pression des principaux syndicats agricoles, l'interdiction du fameux herbicide n'est pas encore actée et la stratégie du gouvernement sur le sujet a changé : au lieu de se poser en pionnier, la France a décidé d'entraîner ses partenaires européens avant 2022, date à laquelle le pesticide doit être ré-homologué par Bruxelles. Première consommatrice nationale de ce pesticide controversé - elle recourt à 0,4% de des volumes totaux en France, soit environ 40 tonnes par an, pour désherber ses voies -, la SNCF devait impérativement trouver des solutions alternatives. C'est chose faite, depuis fin 2020. Mais la facture risque d'être salée.

Dix fois plus cher que le glyphosate sur le marché et moins efficace à volume égal, le mélange, composé d'un herbicide de biocontrôle et d’un anti-germinatif (sulfonylurée), va de plus contraindre le géant français des chemins de fer à adapter son matériel.

Un surcoût estimé à 110 millions d'euros par an

"Nous avons identifié un surcoût d'environ 110 millions d'euros par an pour la partie désherbage de nos infrastructures", avance Jean-Pierre Pujols, responsable de la maîtrise de la végétation chez SNCF Réseau. Quand la SNCF utilisait en moyenne 5 à 6 litres de glyphosate par hectare, il faudra au moins 16 litres du nouveau mélange pour le même résultat. Et traiter deux fois par an, alors qu'une seule pulvérisation était nécessaire avec le produit de Monsanto, entreprise rachetée par le chimiste allemand Bayer. "Les volumes d'herbicides embarqués dans les trains désherbeurs seront donc nettement plus importants. On va adapter notre flotte existante et en acheter de nouveaux pour un coût estimé à environ 35 millions d'euros". Le groupe a passé commande pour cinq trains pulvérisateurs auprès de l'entreprise hongroise G&G (en groupement avec la société Weedfree), qui viendront remplacer les six qu'il possède déjà au niveau national. "Sur le matériel existant, nous allons changer le système de pulvérisation etl’adapter aux caractéristiques des produits de biocontrôle (volume, viscosité, acidité), permettre la détection des nouvelles zones de non-traitement liées à la réglementation EGALIM et assurer un traitement par détection comme pour les trains nationaux."

Avec 34 000 hectares et 60 000 km de voies, la SNCF est le deuxième propriétaire foncier de France. L'entretien d'un tel parc est un travail considérable qui touche à la sécurité du réseau. "La maîtrise de la végétation est une question prioritaire chez SNCF Réseau. Les herbes abîment la partie ballastée des voies, où la couverture maximale ne doit pas dépasser 5%. Une végétation trop fournie pourrait être dangereuse pour la circulation des trains". Un travail se poursuit aussi le long des pistes, qui doivent rester praticables pour les techniciens.

Sortir des produits phytosanitaires de synthèse à moyen terme

"L'idéal serait un produit de biocontrôle seul, ayant la même propriété systémique que le glyphosate, explique Jean-Pierre Pujols. Nous travaillons avec deux PME françaises dans ce sens, mais on en est encore loin." En attendant, la SNCF réfléchit à des approches mixant produits de biocontrôle et solutions alternatives, comme l'utilisation de géotextile par exemple, afin de réduire ses couts. "Nous regardons de près ce qui se fait à l'étranger. D'ici deux à trois ans, nous allons déployer des dispositifs de détection, comme font les Belges, permettant une pulvérisation localisée. On estime pouvoir économiser environ 50% de produit."

Des innovations "de rupture" sont aussi à l'étude, "mais il reste encore beaucoup d'inconnues", poursuit-il. "Les Allemands travaillent sur un désherbage électrique. Les Suisses sur une solution utilisant la vapeur d'eau... On ne sait pas encore laquelle sera viable, les ondes pourraient par exemple perturber celles impliquées dans la circulation des trains, notamment sur les lignes à très grande vitesse, mais nous faisons des études de faisabilité avec chacune d'entre elles". Car, comme le rappelle l'ingénieur, "ce nouveau mélange est une solution de court terme liée à l'engagement de la SNCF de sortir du glyphosate d'ici la fin de 2021. Mais cela reste un produit phytosanitaire de synthèse et notre objectif est de ne plus en utiliser d'ici quelques années".

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