En moins d’un mois, Rio Tinto connaît un revirement de fortune spectaculaire en Serbie. Son projet de mine de lithium géante de Jadar, dans l’est du pays, était au point mort depuis deux ans. En 2022, le gouvernement serbe avait suspendu l'autorisation du projet sous la pression de contestations locales massives, juste avant des élections difficiles pour le parti du président Alexander Vucic. Le 16 juillet, le gouvernement de Belgrade a rétabli le permis dont disposait le groupe minier anglo-australien.
Encore des étapes à franchir
Cette décision fait suite à un arrêt rendu par la cour constitutionnelle serbe à Belgrade quelques jours plus tôt. Le 11 juillet, celle-ci avait considéré la décision initiale du gouvernement d’annuler les permis «non conforme à la Constitution et à la loi». Ce revirement ne prend pas vraiment par surprise le géant minier. Dans une interview au Financial Times mi-juin, le président Alexandar Vucic avait annoncé sa volonté de donner à nouveau son feu vert au projet minier, assurant avoir obtenu de nouvelles garanties de la part de Rio Tinto. Des études préliminaires avaient été publiées le 13 juin par le groupe minier, détaillant l’impact environnement de la mine souterraine, de l’usine de traitement du lithium et du stockage des déchets sur le site de Jadar.
Même si les autorités serbes laissent entendre un possible démarrage en 2028 de la mine, Rio Tinto reste plus prudent. «Le projet va devoir encore passer par une longue phase de procédures juridiques, d'évaluation de l'impact sur l'environnement et d'autorisation, ainsi que par des consultations publiques, avant la mise en œuvre du projet», précise le groupe dans un communiqué de presse, qui «se réjouit de la décision du gouvernement de rétablir le plan d’occupation des sols de Jadar».
Une mine stratégique pour l'approvisionnement de l'Europe
Le redémarrage du projet de Rio Tinto intéresse en premier lieu l’Europe, qui cherche à diversifier ses approvisionnements en lithium en parallèle du développement de projets de mines sur son sol, comme celui d'Imerys dans l'Allier, près de deux fois plus petite que Jadar. Selon l’agence Reuters, le chancelier allemand Olaf Scholz et le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic sont attendus à Belgrade, vendredi 19 juillet, pour signer un memorandum en vue d’un partenariat stratégique entre l’Union européenne et la Serbie sur les matériaux critiques, notamment pour les véhicules électriques.

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De son côté, le gouvernement serbe mise sur l'activité minière pour tirer le développement économique. En 2021, il s'est fixé l'objectif de porter à 10% du PIB le poids du secteur minier. Rio Tinto n’a jamais cessé de croire à son projet, conservant une présence locale. Peu présent dans le lithium jusque-là, le groupe surtout exposé au minerai de fer espère extraire près de 58000 tonnes de carbonate de lithium de son gisement de jadarite. Un nouveau minerai découvert en 2004, à côté de quantités importantes d’acide borique et de sulfate de sodium. Cette manne permettrait d'équiper près d’un million de véhicules électriques.
Pour convaincre, Rio Tinto a aussi organisé 135 réunions physiques dans la région afin de «répondre aux contre-vérités», particulièrement sur les risques de pollution et le nombre de foyers concernés par une expropriation. Le groupe minier, qui comptait investir 2,3 milliards de dollars en Serbie avant la suspension de son projet, met en avant les 1300 emplois à temps plein «bien rémunérés et hautement qualifiés» que devrait compter la mine et l’usine à sa pleine capacité. Pas sûr que cela suffise à éteindre les oppositions au projet. Après la décision de la cour constitutionnelle, plusieurs centaines de manifestations s’étaient déjà rassemblés à Belgrade.



