La reprise freinée par les pénuries

Puces électroniques, aciers, polymères... Les pannes d’approvisionnement entravent la relance de l’activité industrielle.

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Le manque de puces empêchera la production de 5 millions de véhicules en 2021, selon le cabinet AlixPartners. © DPA Picture Alliance / Alamy Stock Photo

Puces électroniques – L’automobile très affectée

La pandémie du Covid-19 a eu un effet paradoxal : un manque de puces qui touche tous les secteurs. L’automobile est la plus pénalisée, du fait de son modèle industriel fondé sur le juste-à-temps, en flux tendus. Selon le cabinet AlixPartners, la crise devrait durer au moins jusqu’en milieu d’année, empêchant la production de 5 millions de véhicules en 2021.

IHS Markit et Counterpoint, eux, ne voient pas la situation se normaliser avant la fin de l’année, voire le début de 2022. Le principal goulot d’étranglement se trouve chez le fondeur taïwanais de puces TSMC qui produit, pour le compte de NXP, Infineon, Renesas, Texas Instruments et autre STMicroelectronics, 70% des microcontrôleurs consommés par l’automobile.

Ces composants clés, sorte d’ordinateurs sur puce, servent à contrôler le moteur, le freinage, l’ABS et la sécurité. Un SUV en embarque en moyenne 40. L’industrie automobile n’a pas anticipé dans ses approvisionnements une reprise aussi rapide. Or dans les puces, les cycles de fabrication sont de quatre à six mois.

Ridha Loukil

Plastiques – Ruptures d’approvisionnement en vue dans la santé, l’auto et les colles

En mars, la plasturgie et les producteurs de colles et de vernis s’agaçaient, par la voie de leurs syndicats professionnels, de n’avoir aucune information fiable sur la durée de la crise qui affecte leurs approvisionnements en monomères, polymères et substances chimiques. «Nous n’avons pas de prévision», déplorait alors Emmanuelle Perdrix, la présidente de Polyvia. «Nous ne pouvons pas continuer de travailler au jour le jour sans visibilité», plaidait Françoise Andres, la présidente d’Elipso.

Si la situation perdure, certains sous-traitants de l’automobile craignent d’avoir du mal à servir leurs clients.

À destination du secteur médical, la situation était encore sous contrôle, malgré l’alerte lancée par la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher. La pénurie – de polypropylène notamment – ne freinait pas la campagne de tests et de vaccination anti-Covid. Mais les plasturgistes qui ont anticipé cette demande, en créant des capacités de production, ne pouvaient pas les démarrer. Si la situation perdure, certains sous-traitants de l’automobile craignent d’avoir du mal à servir leurs clients, déjà ralentis par le manque de puces.

La Fipec, pour les industries des peintures, encres, colles et vernis, s’alarme déjà de «fortes perturbations sur leurs capacités de production», faute de substances chimiques. Ces pénuries, qu’elle attribue à la conjonction d’arrêts de maintenance, d’accidents divers, d’intempéries et de tensions dans la chaîne logistique, ont provoqué des hausses de prix de 20 à 60% en quelques semaines.

Laurent Rousselle

Aciers – Un redémarrage trop lent de la production

À l’allongement des délais de livraison s’ajoutent des hausses de prix.

Les transformateurs d’acier sont aux abois. La construction, l’emballage, la sous-traitance, la mécanique font face à des délais d’approvisionnement de plusieurs mois. La Fédération des industries mécaniques a tiré la sonnette d’alarme en début d’année. À l’allongement des délais de livraison s’ajoutent des hausses de prix qui touchent aussi le cuivre, l’aluminium... Des augmentations dues en partie à la hausse des cours au London Metal Exchange en raison des arrêts de mines liés au Covid-19, à la reprise chinoise et au manque de conteneurs pour l’export.

En France, la filière accuse ArcelorMittal d’avoir tardé à relancer ses hauts-fourneaux, qui «ne se redémarrent pas comme une mobylette», rappelle Bruno Jacquemin, le délégué général de l’Alliance des minerais, minéraux et métaux. C’est désormais chose faite, mais la pénurie met plusieurs mois à se résorber.

Myrtille Delamarche

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