Les cas de force majeure déclarés par les producteurs de résines plastiques vierges sont en train de se transformer en pénurie, avec un risque pour les plasturgistes de ne pas pouvoir répondre à la très forte demande du secteur médical. L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris s’en émeut et évoque une pénurie de produits plastiques utilisés en biologie (cônes en plastique, plaques perçées, etc.) pour l’analyse de prélèvements en vue de tests PCR de détection du Covid-19.
« Dans le secteur industriel médical, l’urgence sanitaire s’est déclarée du côté des approvisionnements, la tension mondiale sur les besoins en tests se déplaçant doucement des moyens de production vers les matières premières », rapporte Thierry Charles, le directeur des affaires publiques de Polyvia. Plus globalement, le groupement des transformateurs de polymères rappelle que les plasturgistes font face à un risque croissant d’arrêt de production, par manque de matières premières, alors qu’en aval la demande est au rendez-vous. Non seulement les délais de livraison dépassent des semaines, des mois dans certains cas, pour les nouvelles commandes, mais « on constate aussi des reports, voire des annulations de livraison alors que les commandes ont été passées en temps et en heure », ajoute Polyvia.
Toutes les résines sont concernées
Le spectre de la crise précédente, en 2015, est dans tous les commentaires. En Europe, la situation est très tendue, avec des forces majeures récentes sur le polyéthylène basse ou haute densité déclarées chez Total en Belgique et en France, Borealis en Belgique, Ineos en France et en Allemagne, Sabic au Royaume-Uni et Dow en Espagne. « La multiplication des déclarations de force majeure et la reconstitution des marges chez les producteurs rappelle la situation du début de la crise de 2015 », a dénoncé Ron Marsh, président de l’Alliance polymers for Europe, née cette année-là avec pour objectif de faciliter la communication entre fournisseurs et utilisateurs de polymères et additifs.
Des tensions particulièrement fortes ont été signalées sur les polyoléfines (polypropylène et polyéthylène) et le PVC. Mais si « en 2015, un épisode similaire avait avant tout concerné les marchés des polyoléfines et du polystyrène, en 2021 ce sont tous les polymères qui sont touchés, y compris les matériaux techniques » pour lesquels la demande chinoise est très forte et qui sont touchés par des forces majeures sur l’acrylonitrile, les phénols, le butadiène et les BPA, précise Polyvia.
La situation s'aggrave encore aux Etats-Unis
La vague de froid aux Etats-Unis renforce encore ces tensions. LyondellBasell, Ineos, Polymers USA y ont déclaré des cas de force majeure, dans des courriers adressés à leurs clients le 15 février que S&P Global Platts a pu consulter. C’est également le cas de Total au Texas où le groupe produit du polypropylène, d’ExxonMobil, de Chevron Phillips… Toutes les majors sont touchées. Non seulement ces arrêts vont réduire les possibilités, pour les transformateurs européens, de se rabattre sur de l'importation (malgré le coût croissant du transport maritime), mais la crainte est même que les plasturgistes américains aillent s'approvisionner chez d'autres fournisseurs importants pour l'Europe.



