Enquête

La rénovation des logements, planche de salut du bâtiment en 2022 et en 2023

En 2023, l’activité des entreprises du bâtiment ne devrait progresser que de 0,7%. Un chiffre qui grimperait à 2% sur le segment de l’amélioration-rénovation. Les tensions sur les prix de l'énergie n’y sont pas étrangères.

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Les Français tendent davantage à rénover leur foyer qu'à vouloir investir dans le neuf.

Même si le logement neuf traverse des difficultés (-2,6% en volume escomptés en 2023, dans un contexte de baisse de 8,6% des mises en chantier, selon la Fédération française du bâtiment), les Français continuent de rénover leur habitat. Entre 2021 et 2022, l’activité des entreprises du bâtiment sur le segment de l'amélioration-rénovation a progressé de 2,1% à prix constants, et devrait croître de 2% en 2023. Une embellie qui n’a pas échappé à Little Worker, une PME de 120 personnes basée à Bordeaux (Gironde), dont l’activité consiste à accompagner ses clients dans la recherche de leurs biens, et à prendre en charge la totalité des travaux de rénovation en tant que contractant général.

«Nous proposons une projection de ce que souhaite le client, à partir d’un bien à rénover, en s’engageant sur un forfait global incluant les travaux», détaille Aurélien Bros, président et cofondateur. Il constate une hausse d’environ 20% à 30% des prix des matériaux par rapport à la période d’avant-crise Covid. Pour autant, il ne relève pas de ralentissement conséquent de la demande de la part de ses clients, principalement CSP/CSP+ urbains.

Moins de neuf, plus de rénovations

En 2023, le segment de l’amélioration-rénovation devrait être porté par le coup de pouce gouvernemental au dispositif MaPrimeRénov’, le crédit d’impôt pour la rénovation des locaux des TPE-PME et un futur plan de rénovation des écoles, estime la Fédération française du bâtiment (FFB). A noter également, «un contexte plus favorable aux économies d’énergie», rappelait, mi-décembre, son président, Olivier Salleron. Lors de l’année écoulée, les travaux de rénovation énergétique ont progressé de 2,1% en volume, principalement portés par le non résidentiel (+2,8%).

Les ménages aussi souhaitent améliorer le bilan énergétique de leurs biens, affirme Aurélien Bros : «il y a une tendance à avoir moins de logements neufs, et à davantage rénover l’habitat existant, notamment en matière énergétique. On voit beaucoup passer de biens considérés comme des passoires.» Environ 70% des biens immobiliers pris en charge par Little Worker ont une étiquette de diagnostic de performance énergétique comprise entre F et G, les deux classes les plus défavorables.

«Les incitations à la rénovation énergétique fonctionnent bien sur la maison individuelle, mais sont beaucoup plus complexes à appliquer sur des immeubles anciens», poursuit le chef d’entreprise, citant le cas d’immeubles de centre-ville, par exemple de type haussmannien, où l’isolation par l’intérieur peut faire perdre de trois à quatre mètres carrés. Des matériaux biosourcés (chanvre, lin, cellulose, laine) ont été ajoutés à la liste des solutions mises à disposition des artisans pour parfaire le bilan environnemental des opérations de rénovation.

Dans l’ancien, des rénovations parfois sensibles

Egalement situé à Bordeaux, le promoteur immobilier Id&al Groupe (120 personnes, 144 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021), spécialisé dans le logement résidentiel neuf, va pour sa part diversifier ses activités dans la restructuration et la rénovation d’immeubles en centre-ville. «Dans les villes secondaires, il y a un besoin de réhabiliter les centres anciens», estime Jean Baritou, directeur général délégué de la marque Caractère, dédiée à cette nouvelle activité. Un moyen, également, de s’affranchir de la frilosité de certains élus face au «zéro artificialisation nette».

Id&al compte profiter du fait que la nouvelle réglementation environnementale RE2020 ne s’applique qu’aux bâtiments neufs pour bénéficier de plus de souplesse dans ses opérations de rénovation. «La RE2020 ne nous est pas imposée dans l’immobilier ancien. On peut avoir le label Bâtiment Basse Consommation Rénovation, et ce n’est même pas une obligation. En revanche, nous souhaitons travailler avec des bureaux d’études spécialisés, pour ne pas attendre d’éventuelles lois à ce sujet», ajoute Jean Baritou. Des logements pourront être reconvertis en bureaux, et inversement.

La crainte du promoteur se concentre davantage sur l’adéquation des opérations de rénovations avec les exigences de bâtiments parfois classés (le double vitrage peut poser problème, localement, sur certaines façades), mais aussi sur les compétences nécessaires : «il y a un manque de connaissances, même chez certains architectes, sur les nouveaux produits et les nouvelles techniques. Tout le monde doit se former.»

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