La première mine de lithium d'Eramet a démarré en Argentine

Eramet a démarré en juillet, sa première mine de lithium développée avec le chinois Tsingshan au nord de l’Argentine. L’opération, qui témoigne de la montée en puissance du champion minier français dans les métaux de batterie, se base sur une nouvelle technologie prometteuse : l’extraction directe de lithium.

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Le site de Centenario pourrait couvrir 0,5 % du marché mondial du lithium en 2030.

C'est depuis les Andes argentines de la province de Salta, à 4 000 mètres d’altitude, qu’Eramet rejoint la course au lithium. Plus de dix ans après avoir découvert le gisement du salar de Centenario, en plein dans le fameux triangle d’or du lithium (une zone entre le Chili, la Bolivie et l’Argentine qui rassemble 60 % des réserves connues), le groupe minier français a inauguré début juillet son premier site de ce minerai de qualité batterie. L’usine doit démarrer sa production en novembre pour arriver à pleine capacité mi-2025. Elle pourra alors produire 24 000 tonnes de carbonate de lithium, soit de quoi fabriquer les batteries de 500 000 véhicules électriques. Ce qui représente l’équivalent de 2 % du métal blanc extrait dans le monde en 2024 et de 0,5 % du marché en 2030, selon les projections du cabinet Benchmark Mineral.

Le développement de Centenario n’a pas été de tout repos. Au-delà des conditions météorologiques extrêmes et de l’isolement de la zone, Eramet a fait face à des problèmes de trésorerie et mis un temps ses plans en pause. Il a ensuite dû s’allier au chinois Tsingshan (avec lequel il opère déjà une mine de nickel en Indonésie), qui a payé 515 des 870 millions de dollars investis dans le projet. Leur coentreprise Eramine, que le français détient à 50,1 %, partagera à égalité sa production de lithium. Eramet commercialisera son métal avec le suisse Glencore, en grande majorité vers l’Asie, où sont situés les fabricants de cathodes.

Un procédé d’extraction très rentable

Le projet est l’un des premiers à industrialiser l’extraction directe de lithium. Cette famille de technologies, dites de DLE, permet de se passer des grands lacs d’évaporation aux couleurs pastel qui symbolisent les zones d’extraction de lithium d’Amérique latine. À Centenario, où travaillent 160 personnes en permanence (pour un total de 350 emplois), des saumures chargées en lithium sont pompées à 400 mètres de profondeur par l’intermédiaire de 20 puits. Elles sont mises en contact avec un matériau maison d’Eramet, qui capte sélectivement le lithium à la manière d’une éponge, puis le relâche à l’occasion de douches d’eau douce. Des étapes de purification et d’évaporation forcée interviennent ensuite pour donner en sortie d’usine une poudre blanche : le carbonate de lithium. Ce procédé, alimenté par une centrale à gaz de 28 MW, permet de capter en une semaine 90 % du lithium présent dans les saumures, assure Eramet. Un rendement deux fois plus élevé que celui des techniques traditionnelles, qui dope la rentabilité du site et réduit son empreinte écologique.

Confiant, Eramet situe Centenario dans le premier quart du classement des mines les plus compétitives du monde, et prévoit qu’il participera de manière significative à ses résultats tout en diversifiant son portefeuille, aujourd’hui axé autour du manganèse au Gabon et du nickel pour l’acier en Indonésie et en Nouvelle-Calédonie. Malgré la chute des cours du carbonate de lithium – autour de 13 dollars le kilo mi-2024 – qui pousse la plupart des grands producteurs de lithium à freiner leurs investissements, le groupe français prévoit de doubler sa mise sur ce minerai.

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S’ils obtiennent le permis de construire et que le régime fiscal très favorable aux projets étrangers promis par le nouveau Président argentin Javier Milei est mis en œuvre, Eramet et Tsingshan lanceront dans les mois à venir la phase 2 de l’usine de Centenario, pour produire 30 000 tonnes de carbonate de lithium supplémentaires. Une troisième phase pourrait suivre, glissent déjà les cadres du groupe, qui regarde aussi du côté du Chili et des eaux géothermales alsaciennes pour de futurs projets d’or blanc.

Couv 3734

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3734 - Septembre 2024

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