La pomme de terre subit les effets de la canicule et de la crise

La récolte de pommes de terre va subir les conséquences des fortes chaleurs de ces derniers mois. Les industriels, eux, n’ont que peu besoin de volumes supplémentaires.

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Pommes de terre
La pomme de terre a fait les frais de la fermeture des restaurants durant le confinement.

La production européenne de pommes de terre progresserait de 3,8 % à l’issue de la récolte 2020, à 27,9 millions de tonnes (Mt). Un chiffre en trompe-l’œil, sous l’effet d’une hausse des surfaces de 1,4 % par rapport à l’année dernière. "Après les coups de chaud et la canicule de l’été, la culture est plus avancée et moins productive en 2020. Les dernières récoltes d'essais montrent des gains moyens de 200 à 300 kg par hectare et par jour, ce qui est extrêmement faible", constate le North-Western European Potato Growers (NEPG : France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne).

Au 3 septembre, la production était attendue en hausse de 7 % en Allemagne, de 6,9 % en France, de 3,5 % en Belgique, de 2,5 % aux Pays-Bas et de 0,4 % en Grande-Bretagne. Des chiffres à interpréter avec prudence, suggère Loïc Le Meur, responsable des affaires techniques et économiques à l’Union nationale des producteurs de pommes de terre : "les rendements qui sont en train de se tasser. Les effets de la canicule sont inscrits depuis quelques semaines dans les tubercules. Alors que la pomme de terre aurait pu se développer, les conditions de rattrapage avec de la pluie en septembre ne se sont pas réalisées. En France et en Belgique, nous avons envoyé à nos producteurs le message de soigner la qualité plutôt que de chercher à gagner des tonnes."

Une demande industrielle en repli

Le secteur a été atteint par l’évolution des habitudes de consommation liées au confinement. "La demande des usines de transformation progresse de nouveau, mais sans atteindre le même niveau qu'avant la crise. Les industriels semblent avoir suffisamment de frites surgelées dans les frigos, de pommes de terre sous contrat et n'ont guère besoin de matière première supplémentaire", indique le NEPG.

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Les usines tournent actuellement entre 80 % et 90 % de leurs capacités dans les cinq pays. "Environ 2,5 Mt ne sont pas consommées et ne sont pas parties pour être valorisées. Les volumes non-contractuels sont commercialisés à de très bas prix, parce que les industriels n’en n’ont pas besoin. Le retour à la normale n’étant pas attendu d’ici dix-huit mois à deux ans, les industriels ne vont pas s’engager davantage", ajoute Loïc Le Meur. De fait, les volumes sur le marché libre, en-dehors des contrats, voient leur prix plonger. Entre le 17 mars et le 9 juin, les prix sont passés de 123 euros à 30 euros la tonne, puis 25 euros le 8 septembre (après trois mois de suspension des cotations) sur la pomme de terre industrie, fritable, bintje Bassin Nord non lavée.

Des plantations amenées à se réduire

Compte tenu de la situation de marché, les producteurs sont incités à réduire leurs emblavements pour la campagne 2021. "Si on veut essayer de rétablir un équilibre entre l’offre et la demande, il vaut mieux diminuer les emblavements. C’est l’une des premières fois que le NEPG s’exprime de manière aussi précoce. Si les producteurs doivent augmenter leurs surfaces de céréales, c’est maintenant qu’ils doivent choisir. Ils doivent sauvegarder leur patrimoine d’exploitation", explique Loïc Le Meur. Une prochaine réunion des membres du NEPG se tiendra mi-octobre.

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