Le Grand Paris Express respecte enfin son planning. Plus aucun retard n’a été annoncé depuis un an et les mises en service, hormis la ligne 14, seront échelonnées entre fin 2025 et 2030. « La machine tourne à plein régime, mais il faut se garder de faire du triomphalisme avant d’avoir livré les premiers tronçons, prévient Jean-François Monteils, président du directoire de la Société du Grand Paris à l’occasion d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes des transports et des mobilités (AJTM), jeudi 7 juillet. Après l’actualisation du planning en juillet 2021, nous n’avons pas de raison de le modifier et nous faisons des points réguliers. »
Il ne peut s’empêcher de rappeler qu’ « aucun prédécesseur n’a terminé son mandat et ils ne devaient jamais dormir tranquillement. » Il sent l'épée de Damoclès au–dessus de lui. En attendant, la ligne 15 sud sera bien livrée fin 2025, les creusements sont terminés et une partie des rails est déjà posée. Mais il suffit souvent d’un grain de sable pour que la machine déraille. La transparence est donc essentielle pour ne pas fâcher les élus. « Nous tenons à la qualité et à la qualité de l’information, précise-t-il. Les élus sont capables de comprendre un problème géotechnique, pas de l’apprendre six mois après. Nous sommes une machine à analyser les risques. Notre système de maîtrise des risques commence à être considéré comme exemplaire. Nous avons un registre avec un millier de risques. »
Deux accidents graves sur la ligne 16 du métro
Ce qui n’a pas empêché deux accidents, dont l’un mortel sur le chantier de la ligne 16, au cours des dernières semaines. Pour le dernier, survenu dans la nuit du 4 au 5 juillet, « ses jours ne sont plus en danger, mais ce jeune homme a probablement perdu son bras, annonce le président du directoire de la SGP. Cet accident, comme le précédent, nous oblige à renouveler notre réflexion sur ce chantier de la ligne 16 mené par le groupement WeBuild/NGE. Il n’y a pas de solution miracle, mais une recherche permanente de solutions. Là on va avoir une action peu plus brutale sur le groupement, car ce n’est pas le premier accident. »
Comme sur tous les chantiers, l’inflation et les pénuries de matériaux et de composants perturbent la bonne gestion. Toutefois, « notre modèle n’est pas remis en cause par l’inflation. » Le coût total du Grand Paris express est toujours estimé à 36,1 milliards d’euros. La SGP avait emprunté 26 milliards d’euros à une époque où les taux étaient bas. « Le métro parisien a fini par être remboursé en 1974, pour le Grand Paris express il n’est pas impossible que nous ayons terminé autour de 2070. » Une prouesse pour un tel chantier…
A propos des pénuries de matériaux et composants, Jean-François Monteils se veut rassurant. « Nous sommes confrontés à l’inquiétude de nos fournisseurs. Notre objectif n’est pas de mettre un groupement sur la paille. Et puis, dans la file d’attente, nous sommes très importants et nous ne sommes pas les plus impactés. »
Utiliser ailleurs les compétences de la SGP à l’avenir
Cette hausse du prix des matières est aussi l’occasion de décarboner encore davantage les chantiers. « Nous remarquons que les courbes de hausse des aciers et bétons bas carbone augmentent moins vite que pour ceux qui ne sont pas bas carbone. Et ils émettent 90 à 100 % de carbone en moins. » A méditer…
Pour l’avenir, le modèle de la SGP va évoluer. « Nous accumulons une expérience technique intéressante. Nous menons une réflexion sur ce qui se passera quand le Grand Paris express sera terminé, explique Jean-François Monteils. Nous commençons à prouver une véritable compétence sur la conduite de projets métropolitains. On a créé une filiale d’études, SGP Dev ,pour des missions connexes. » Aujourd’hui 980 personnes travaillent à la SGP, qui lorgne pour le futur les projets de RER en régions. Il n’en reste pas moins que seule la ligne 14 au sud (Aéroport d’Orly) et au nord (Carrefour Pleyel) sera prête pour les Jeux olympiques de 2024.



