La longue route vers des camions moins polluants

La neutralité carbone dans le transport routier restera un vain mot si une rupture technologique n’est pas engagée pour propulser les camions.

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Des chercheurs de l’EPFL ont breveté un concept qui permet de capturer le CO2 à la sortie des pots d’échappement pour le transformer en carburant.

Mondialisation, développement de l’e-commerce… Si la logistique n’a jamais été aussi fondamentale, elle reste le maillon faible de la neutralité carbone. Les poids lourds, qui représentent 5 % des véhicules en Europe, contribuent pour 25 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), soit 5 % du total des émissions. Une tonne transportée émet cinq à six fois plus de GES avec un poids lourd qu’avec un train. Conscient du problème, le Parlement européen a voté une baisse des émissions de CO2 pour les futurs camions de 15 % en 2025, puis 30 % en 2030. Un objectif insuffisant pour tendre vers la neutralité carbone.

À moins de changer de modèle ou de compter sur les technologies. Si livrer les centres urbains avec des véhicules propres peut être relativement facile en développant des plates-formes à l’entrée des villes et en utilisant des véhicules électriques pour irriguer les quartiers, pour les longs trajets, tout reste à faire.

En Suisse, des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Lausanne ont ainsi breveté un nouveau concept pour réduire de 90 % les émissions à la sortie des pots d’échappement, en capturant le CO2 pour le transformer en carburant. Du côté des constructeurs, Iveco a annoncé en décembre un partenariat industriel exclusif avec l’américain Nikola portant sur le développement de poids lourds électriques et d’autres fonctionnant grâce à une pile à hydrogène.

Nikola TreNikola Motors
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"Les camions seront produits dans nos usines, prévient Clément Chandon, le responsable des véhicules à énergies alternatives pour Iveco. Les véhicules électriques seront commercialisés fin 2021 et les poids lourds à hydrogène avant fin 2023." Si les deux technologies sont assez proches en termes d’autonomie, il faudra deux heures pour recharger un camion électrique et quinze minutes pour l’hydrogène.

Iveco est en Europe le premier producteur de camions roulant au gaz avec environ 3 500 unités vendues sur un total de 6 000. Soit 2 % du marché continental, contre 0,2 % il y a cinq ans. Si les constructeurs commencent à développer des poids lourds à énergie alternative, il faut encore que les logisticiens et les transporteurs s’y intéressent.

Les logisticiens s’engagent

"En France, les réductions d’émissions de GES vont deux fois moins vite que prévu en ce moment. Elles doivent tripler d’ici à 2025, rappelle Corinne Le Quéré, la présidente du Haut conseil au climat. Et le transport qui est la source d’émissions la plus importante en France est à la traîne. Tous les indicateurs le montrent." Dans l’Hexagone, le transport représente 33 % des émissions de gaz à effet de serre selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, dont 40 % pour le transport de marchandises.

Gefco, dont la flotte émet 10 000 tonnes de CO2 par an, s’est engagé à réduire ses émissions de 2 % par an depuis 2017. Il mène, entre autres, des tests sur des véhicules roulant au GNL. "Nous regardons également le biogaz, mais aussi du côté de Tesla, qui travaille sur un camion électrique", précise Anne-Brigitte Spitzbarth, la vice-présidente chargée du développement durable.

Tesla SemiTesla
Tesla Semi Tesla Semi

Chez Geodis, les objectifs sont de baisser les émissions de CO2 de 30 % en 2030 par rapport à 2017. Pour ce faire, la filiale de la SNCF, qui détient un quart de sa flotte en propre, met la pression sur les sous-traitants pour réduire leurs émissions. "Nous faisons partie des entreprises qui ont poussé pour la mise en place de normes européennes plus contraignantes, se félicite Philippe de Carné, le directeur RSE pour le groupe. Nous attendons l’arrivée de l’hybridation douce qui pourrait réduire les consommations de gazole jusqu’à 15 %. Et pour les véhicules de 19 tonnes, les premiers camions électriques vont être bientôt disponibles. Quant à l’hydrogène, il faudra encore quelques années de maturation pour une solution propre et viable économiquement."

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