[La France du numérique] En Ile-de-France, la crise fait mûrir l'écosystème

Notre Tour de France des pépites du numérique débute avec l'Ile-de-France, qui fait preuve de résilience dans la crise du Covid-19.

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Ippon Technologies est parvenu à gagner des clients durant la crise.

Malgré des pertes de revenu et le report d’investissements dans les grands groupes, l’écosystème francilien a résisté à la crise. Le flux des créations d’entreprise a cependant diminué temporairement, les porteurs de projet ayant hésité à se lancer, estime Philippe Moreau, le directeur général d’Incuballiance, l’incubateur du plateau de Saclay. Toutefois, pour beaucoup de start-up, la crise a été l’occasion de mûrir et de repositionner leur offre, voire de pivoter.

 Magic Lemp : passe du freemium au premium

Au printemps, la société Magic Lemp d’Orsay (Essonne) a ouvert la plate-forme d’accès gratuit Covid-Data pour améliorer les flux logistiques (gestion des lits, matériels médicaux) entre hôpitaux. Elle fait aujourd’hui évoluer sa solution vers un service payant de nature différente. "Covid-Data continue de fonctionner gratuitement, mais devient aussi un outil payant de gestion et de réservation de lits entre les secteurs hospitaliers public et privé, en particulier dans le secteur psychiatrique", explique Raphaël Lasseri, le président de la société. Magic Lemp a par ailleurs développé un tableau de bord interactif pour aider les entreprises à se mettre en conformité avec les protocoles sanitaires.

 Koliving : facilite la colocation de logements

Le confinement aurait-il donné l’envie de vivre en communauté ? C’est en tout cas le constat fait par la société parisienne Koliving, qui exploite une plate-forme de location et de gestion de logements en colocation avec services. "Pendant le confinement les demandes ont grimpé de 30 %, sans doute des personnes préférant vivre à plusieurs dans un grand appartement que seules dans neuf mètres carrés", commente Magalie Safar, sa présidente. Koliving a aussi eu la bonne surprise de constater de l’engouement chez les propriétaires. "Ils recherchent des liquidités et ont compris que la colocation était d’un meilleur rapport. Par ailleurs la location courte durée touristique ne fonctionne plus très bien", analyse Magalie Safar.

 Groopiz : refond son offre de voyages pour seniors

L’agence de voyages en ligne Groopiz, développée par la société parisienne Senior’Evad, a, comme tous les acteurs du tourisme, fait face à une cascade d’annulations au printemps dernier, d’autant plus qu’elle s’adresse à une population dite à risques, les plus de 50 ans. Même si l’activité reste ralentie, le travail d’information des clients et la refonte du catalogue ont permis de relancer la machine. "Nous avons recentré l’offre sur des séjours en France, avec de petits groupes et des activités de plein air, rapporte Alexandre Israël, le gérant de Senior’Evad. L’objectif a été de bien préparer l’avenir pour le jour où l’on pourra de nouveau voyager dans les meilleures conditions possible."

 HappyVisio  : offre aux seniors des séminaires virtuels

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Implanté à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), HappyVisio propose des séminaires et des ateliers en ligne ciblant les seniors. Son activité a fortement augmenté durant le confinement et son effectif va passer de 5 à 15 salariés. L’entreprise s’est spécialisée sur les sujets traitant de la santé, de la prévention et du "bien-vieillir". Elle dispose de ses propres programmes, mais peut aussi construire des contenus personnalisés à la demande de clients. "Le service est gratuit pour l’utilisateur final. Il est financé par nos partenaires, des collectivités et des acteurs engagés dans la prévention", précise Benjamin Raspail, son président.

 Pic’N’Pick : digitalise les menus

Créée il y a un an, la start-up parisienne Pic’N’Pick s’est spécialisée dans les menus numériques accessibles par QR code. "Le Covid-19 démontre l’intérêt du menu, mais aussi de la commande et du paiement digitalisés", affirme Samuel-Georges Attal son directeur général. L’outil conçu par la start-up se caractérise par sa flexibilité. Adapté aux smartphones, il permet aussi au restaurateur de modifier à tout moment son menu. Pic’N’Pick axe son travail sur l’image du restaurant véhiculée par son menu digital. "Un menu bien présenté augmente d’un tiers la probabilité de fréquentation", assure Samuel-Georges Attal.

 Zoov : appuie sur la pédale

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Zoov attend les pluies d’automne pour savoir si l’embellie de son activité de location de vélo à assistance électrique va perdurer. "Depuis la sortie du confinement nous enregistrons des revenus élevés. La période estivale est propice à l’usage du vélo, mais on voit aussi que les salariés évitent les transports en commun. On constate, encore, un effet découverte, si bien que nous pensons que les gens vont continuer de l’utiliser même après la crise", avance Amira Haberah, la cofondatrice de la société parisienne. L’entreprise, qui déploie ses services à Bordeaux et sur le plateau de Saclay, n’avait opéré son lancement commercial que depuis six mois quand tout s’est arrêté en mars et que son chiffre d’affaires a chuté de 80 %. Aujourd’hui, elle appuie sur la pédale et va élargir sa flotte, actuellement de 1 000 vélos.

 AppCraft : passe du physique au virtuel

Spécialisée dans le pilotage de l’organisation d’événements professionnels, la société parisienne AppCraft a refondu sa plate-forme pour passer du présentiel au virtuel. "Quand la crise est arrivée, notre carnet de commandes s’est vidé. J’avais le choix de mettre toute l’équipe en activité partielle ou de profiter de cette période pour se réinventer. Pendant trois mois, nous avons travaillé pour être capables de transposer les modules de la plate-forme afin de gérer des événements qui ne sont pas en présentiel", signale Laurent Bel, le président d’AppCraft. Le travail s’est notamment focalisé sur la scénarisation, différente selon que l’événement est physique ou virtuel. Dans ce dernier cas, le taux d’attention du participant est de l’ordre de sept minutes.

Ippon Technologies : gagne des clients pendant la crise

Créé à Paris par Stéphane Nomis, un ancien judoka de haut niveau, Ippon Technologies est une entreprise de services numériques de 450 salariés que la crise n’a pas freinée. La société anticipe une croissance organique annuelle de 25 % grâce à sa spécialisation dans le développement de logiciels haut de gamme, notamment destinés à accélérer la mise sur le marché. "Nous travaillons souvent sur des projets innovants et critiques qu’il n’est pas possible d’arrêter", explique Stéphane Nomis. Ippon Technologies a même élargi son portefeuille pendant la crise. "Nous sommes restés actifs et dynamiques. Cela a encore plus soudé les équipes et décidé de nouveaux clients à nous suivre", complète Stéphane Nomis. L’ex-membre de l’équipe de France de judo s’est lancé un défi : recruter son 1000e collaborateur pendant les Jeux olympiques de 2024.

 Kiliba booste : le marketing par e-mail

"Après le déconfinement, nos clients avaient envie d’avancer. Cela se poursuit, d’autant plus qu’ils ont besoin de faire rapidement du chiffre d’affaires. En réduisant le coût du marketing de l’e-commerce, notre solution est une réponse à la crise", plaide Amaury de Larauze, le cofondateur de Kiliba, à Chaville (Hauts-de-Seine). Après trois ans de R & D, l’entreprise a conçu un logiciel permettant d’automatiser l’organisation de campagnes de marketing par e-mail. "Grâce à l’intelligence artificielle, nous ciblons la bonne personne, au bon moment avec un contenu personnalisé", précise Amaury de Larauze. Lancée il y a un an, la commercialisation a trouvé un écho chez les commerçants en ligne. Kiliba comptait déjà une centaine de clients avant la crise.

 Densité et diversité  des acteurs 


Avec 521 000 actifs en 2016, l’Ile-de-France concentrait la moitié des emplois nationaux de l’économie numérique. Les professions numériques y représentaient 243 000 emplois, le reste se répartissant entre les activités de contenu et de support, la publicité et la communication. "Ce qui caractérise le territoire, c’est la densité et la variété des acteurs du numérique et le fait qu’il a su créer une dynamique grâce à des outils d’animation globaux ou locaux ", explique Xavier Apolinarski, le PDG de la Satt Paris-Saclay. "Plus mature, mieux structuré", selon un responsable du Campus Station F, l’écosystème suscite toujours une grande appétence. Station F, qui peut accueillir 1 000 start-up dans ses 30 incubateurs, reçoit en moyenne dix fois plus de candidatures ! Si face à la crise l’écosystème a fait preuve d’une forte résilience, "les entreprises ont toujours un grand besoin d’être accompagnées", remarque pour sa part Karine Jacq, la déléguée générale du pôle Systematic. Enfin, l’écosystème, très centré sur Paris et les Hauts-de-Seine, gagnerait à être rééquilibré sur toute la région.

 

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