Le Covid-19, accélérateur de projets pour l'industrie francilienne de la santé

En Ile-de-France, plusieurs initiatives facilitent les synergies entre grands groupes pharmaceutiques, prestigieux instituts de recherche et imposant appareil de soins.

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Seqens, spécialiste des principes actifs, dispose de deux usines et d’un centre de R&D en Ile-de-France.

Pour l’industrie de la santé en Ile-de-France, il y aura un avant et un après-Covid-19. "La crise constitue un accélérateur pour nombre de projets. On voit que, par nécessité, les pratiques évoluent et que les start-up peuvent se faire une place. Beaucoup de nos adhérents accélèrent les étapes de validation ou la mise en place de partenariats pour accéder au marché au plus vite", constate Agathe Arlotti, la responsable de l’équipe innovation santé du pôle Medicen Paris Région. Le pôle de compétitivité, spécialisé dans les technologies innovantes en santé, a créé une boîte à outils recensant les aides disponibles et les appels à projets liés au Covid-19. Il compile aussi les initiatives de sa communauté pour apporter des solutions rapidement utilisables. Aujourd’hui, la boîte déborde d’idées qui ne demandent qu’à continuer de grandir. "Avec son tissu académique et clinique d’une richesse exceptionnelle, la région a tous les atouts pour croiser les besoins médicaux et le développement de solutions", commente Agathe Arlotti.

Premier employeur francilien, avec 100 000 personnes, l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) permet aux entreprises d’accéder à de grands réseaux de cliniciens et de patients (8 millions par an). Pour tirer le meilleur parti de ce potentiel, l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France a suscité, il y a quatre ans, la création du Lab Santé Ile-de-France, dont le rôle est de créer des synergies entre tous les acteurs du secteur.

"La région est très active en termes d’innovations, mais les expérimentations qui pourraient démontrer leur efficacité tardent souvent à se mettre en place, indique Édouard de Saint-Exupéry, chef de projet pour les industries de la santé au Lab Santé. Notre organisme est capable de répondre à tout le monde et, quelle que soit l’innovation, de l’adresser à la structure la plus à même de l’évaluer." Depuis son ouverture, le Lab Santé a rencontré 500 porteurs de projet visant aussi bien la santé humaine que l’amélioration du système de santé.

Structures de valorisation

L’Ile-de-France accueille des institutions de recherche aussi prestigieuses que l’Institut Gustave Roussy, l’Institut de la vision ou encore l’Inserm. La plupart de ces établissements ont des structures de valorisation, tel Inserm Transfert, chargé des partenariats industriels (l’Inserm détient 1 800 brevets) et de l’essaimage. Tous ces atouts placent la région parmi les leaders mondiaux dans le domaine scientifique et économique de la santé, constate une étude récente de l’Institut Paris Région. "En Europe, l’Ile-de-France se classe au premier rang par le nombre d’entreprises du secteur pharmaceutique, deuxième pour celles du secteur de l’équipement médical et troisième pour celles des biotechnologies", relève l’étude. Dans son ensemble, et en comptant les effectifs des hôpitaux et des centres de recherche publique, la filière francilienne de la santé totalise 320 000 emplois. Parmi eux, 56 000 sont employés dans les activités constituant le noyau du secteur : les industries technologiques, le commerce de gros et la R & D. Dont les évolutions divergent.

Entre 2007 et 2017, deux activités ont vu grossir leurs rangs. Le commerce de gros de produits pharmaceutiques a gagné 1 900 salariés. Il regroupe notamment les fonctions décisionnelles des groupes pharmaceutiques tels Sanofi, Ipsen Pharma, Biogaran et Sandoz, tous implantés dans la métropole du Grand Paris. Les activités de R & D en biotechnologie font mieux encore, avec un gain de 2 100 postes et un doublement du nombre d’entreprises. Mais globalement, l’emploi a reculé de 7,5 % dans le noyau de la filière (- 4 500 salariés). L’industrie pharmaceutique (fabrication de produits et de préparations pharmaceutiques) a perdu 8 000 postes, soit 30 % de son effectif, principalement en raison des délocalisations.

La crise sanitaire pourrait toutefois donner raison à ceux qui, comme le groupe Seqens, ont choisi d’investir en Ile-de-France. Spécialisé dans le développement de procédés de synthèse à façon pour les laboratoires et dans la production de principes actifs, Seqens a inauguré, en juin 2019 à Porcheville (Yvelines), son principal centre de R & D. Il assemble, par ailleurs, de nouvelles lignes de production pour les médicaments hormonaux dans son usine de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), l’un de ses deux sites de production franciliens avec celui de Limay (Yvelines).

La santé numérique vecteur de croissance

"Nous développons et produisons des principes actifs dès la phase d’essais cliniques. Nous l’avons toujours fait en France même si la grande majorité de notre production est exportée", confie Didier Combis, le vice-président business development de Seqens. La santé numérique, en particulier l’intelligence artificielle, d’un grand secours pour la recherche médicale, pourrait constituer un relais de croissance pour l’industrie francilienne de la santé. Avec son appareil de soins, l’Ile-de-France possède un atout déterminant : un imposant gisement de données "patients" de qualité. Encore faut-il le sécuriser, et surtout le valoriser. C’est ce qu’a fait l’AP-HP en créant l’Entrepôt de données de santé (EDS). Il lui permet de disposer d’une infrastructure de partage des données cliniques pour ses propres besoins de recherche.

IntegraGen, expert  en bionumérique 

Implanté au Genopole d’Évry (Essonne), IntegraGen est une société spécialisée dans les analyses du génome humain et l’interprétation de leurs résultats pour le compte de laboratoires académiques ou privés. « Nous sommes experts en bionumérique. Nous recevons des échantillons d’ADN et d’ARN, nous les séquençons puis traitons les données issues du séquençage, avec des logiciels que nous avons développés pour qu’elles soient utilisables de la manière la plus efficace possible par nos clients », explique Bernard Courtieu, le PDG de la société. Les services d’IntegraGen sont utilisés en recherche fondamentale, mais surtout en recherche clinique, à des fins de guidage thérapeutique pour adapter le traitement au profil génétique du patient. L’entreprise est également opératrice de deux plates-formes de recherche génomique : SeqOIA, un projet commun à l’AP-HP et aux instituts Curie et Gustave Roussy, et P2M (Plateforme mutualisée de microbiologie), de l’institut Pasteur. Depuis deux ans, elle fait de l’utilisation de ses logiciels un axe majeur de croissance. « Le marché des logiciels d’interprétation de données génomiques croît de manière exponentielle. Le prix du séquençage a diminué, entraînant une hausse de l’utilisation du séquençage et un accroissement considérable des données, dont l’interprétation est essentielle », complète Bernard Courtieu.

 

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