[La France du biosourcé] Le Grand-Est fait le pari de la matière... grise

Tout l'été, L'Usine Nouvelle fait le tour de France des champions industriels du biosourcé. La région Grand-Est capitalise autant sur ses ressources vertes que sur ses labos de recherche pour faire pousser les usines du biosourcé.

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Velcorex , à Saint-Amarin, a relancé la première filature de lin en France, en 2020, offrant de nouveaux débouchés à cette fibre naturelle.

Des pales d’éoliennes, des kayaks, des prothèses médicales… en lin. Le rêve du PDG du groupe textile Velcorex, Pierre Schmitt, prend forme. L’industriel implanté à Saint-Amarin (Haut-Rhin) a fait parler de lui en relançant la première filature de lin en France, en 2020. Pour offrir de nouveaux débouchés à cette fibre naturelle, son groupe a créé début 2022, avec l’Institut de science des matériaux de Mulhouse (IS2M), un laboratoire sur les matériaux biosourcés. Issu d’un appel à projets de l’Agence nationale de la recherche, il sera financé pendant quatre ans en vue de développer des composites capables de remplacer la fibre de verre ou de carbone.

Les premiers mois ont été consacrés à définir les marchés porteurs et les attentes des industriels. « Cela nous permettra d’obtenir un cahier des charges détaillé pour le prototypage », explique Lionel Limousy, le directeur de l’institut Carnot Mica, dont l’IS2M est membre. Les qualités des composites biosourcés – résistance aux chocs, légèreté, recyclabilité – ont déjà retenu l’attention d’équipementiers automobiles, de constructeurs d’avions et de bateaux. Pour le moment, le lin en provenance de Normandie part majoritairement à l’exportation. « Si nous avons besoin d’augmenter notre approvisionnement, la ressource est là », se plaît à rappeler le PDG de Velcorex.

Si le spécialiste alsacien de l’étanchéité Soprema peut se targuer d’utiliser 15 % de matières premières écosourcées, c’est grâce à quatorze années de R & D. Dans cet intervalle, la société a déposé 80 brevets, créé un laboratoire mutualisé avec l’université de Strasbourg et collaboré avec une dizaine d’unités de recherche en France. Tout a commencé en 2008, avec la brusque augmentation du prix du baril de pétrole. « Le constat de notre dépendance à l’égard de cette ressource nous a conduits à bâtir des partenariats de recherche, explique Rémi Perrin, le directeur R & D du groupe. Nous sommes arrivés à deux grandes voies pour le développement de nouveaux produits : le recyclage des déchets et la biomasse végétale. » La seconde représente aujourd’hui 35 % des matières premières écosourcées du groupe.

Un investissement sur l’isolation biosourcée

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Soprema investit 110 millions d’euros dans sa filiale d’isolants en fibres de bois, Pavatex, afin d’augmenter ses capacités de production, à Golbey dans les Vosges. « En parallèle, nous développons de la R & D à proximité de l’usine, avec l’École supérieure des industries du bois d’Épinal », détaille Rémi Perrin. L’entreprise, qui ne s’intéresse pas qu’au bois, a développé des plastiques à partir d’huile de colza, entamé une production semi-industrielle fondée sur le sorbitol du sucre et s’apprête à lancer une production pilote à base de lignine. Algues, lin… Soprema a suivi plusieurs pistes pour développer de nouveaux matériaux d’isolation. Toutes n’ont cependant pas abouti.

« Lorsque l’on approche une nouvelle matière première, les premiers filtres demeurent la taille du gisement et le prix », indique Rémi Perrin. Le Grand Est ne manque pas de gisements. Première région française productrice de céréales et d’oléoprotéagineux, deuxième pour les betteraves, le blé tendre et le maïs, le territoire a de quoi susciter l’intérêt des biotechs. Pour y faire pousser leurs usines, celles-ci peuvent notamment compter sur l’appui du pôle de compétitivité Bioeconomy for change. « Nous sommes un peu le Meetic de la bioéconomie. Notre première valeur ajoutée réside dans la mise en relation des acteurs », s’amuse Antoine Peeters, son directeur général adjoint. Situé à cheval sur le Grand Est, les Hauts-de-France et la Normandie, le pôle accompagne la montée en puissance de la bioraffinerie de Pomacle-Bazancourt (Marne), près de Reims.

L'idée biosourcée : Le chanvre inspire le BTP

La Chanvrière, une coopérative de 560 agriculteurs, transforme annuellement 70 000 tonnes de chanvre dans son usine de Saint-Lyé (Aube). Créée il y a presque cinquante ans pour le secteur de la papeterie, qui reste son principal débouché, l’entreprise de 50 salariés s’ouvre à de nouveaux marchés. « La part du bâtiment, qui progresse habituellement d’environ 3 % par an, connaît une croissance à deux chiffres depuis deux ans », observe Benoît Savourat, le président de la Chanvrière. Un effet, notamment, du calcul de l’impact carbone imposé aux professionnels du bâtiment depuis le 1er janvier. Ce sont les granulats utilisés pour le béton de chanvre qui bénéficient le plus de cet engouement et, dans une moindre mesure, les matériaux utiles à la fabrication des isolants. La coopérative travaille aussi sur les matières premières pour le textile, « une demande des entreprises du secteur, qui ont un problème de dépendance aux fournisseurs étrangers et d’impact environnemental ». La métropole de Troyes espère créer autour de la Chanvrière un pôle européen du chanvre, en attirant des entreprises intéressées par cette matière.

 

Un terreau favorable

Il participe aussi à la reconversion de la plateforme pétrochimique de Carling-Saint-Avold (Moselle). Deux start-up suivies par Bioeconomy for change y ont rejoint Metex, première implantation industrielle locale dans la chimie verte : Afyren, qui a démarré en avril une unité de production de sept acides organiques à partir des résidus de l’industrie betteravière, et Circa, filiale du papetier Norske Skog, qui construit une unité capable de synthétiser des solvants à partir de résidus de bois pour des applications en pharmacie, en cosmétique, pour les additifs alimentaires. « Nous récoltons plus de dix ans d’investissement pour promouvoir les industries du biosourcé en Europe », se félicite Antoine Peeters.

Le Grand Est n’est encore qu’aux prémices de cette nouvelle économie : les 180 millions d’euros injectés par Metex, Afyren et Circa ne génèrent que 150 emplois directs. Mais ce terreau favorable fait phosphorer les projets. La valorisation des déchets de bois en gaz vert mobilise par exemple une équipe du laboratoire Lermab (université de Lorraine) à Épinal (Vosges). Elle planche avec la cleantech irlandaise spécialiste des solutions de gazéification Eqtec et le toulousain Enosis sur un pilote semi-industriel combinant les procédés de gazéification et de méthanation. « L’objectif consiste à transformer le bois en méthane, un gaz injectable dans les réseaux existants », explique Yann Rogaume, le responsable de l’équipe de recherche.

Sur ce même segment, la PME Haffner Energy fait figure de « scale-up » régionale. Son procédé de production d’un gaz de synthèse décarboné, riche en hydrogène, par thermolyse et vapocraquage de biomasse, est protégé par 80 brevets ! Désormais cotée en Bourse, la société marnaise vient de valider sa technologie sur une unité pilote à Strasbourg. Les coproduits de l’agro-industrie ouvrent eux aussi des horizons insoupçonnés. Ils nourriront les larves de mouches soldats noires du site d’Agronutris en construction à Rethel (Ardennes). Parallèlement à sa production de protéines, la start-up toulousaine compte y fabriquer 50 000 tonnes de fertilisant agricole par an. En effet, les déjections des larves sont riches en azote, phosphore et potassium, des minéraux essentiels à la nutrition des sols.

L'idée biosourcée : Le chanvre inspire le BTP

La Chanvrière, une coopérative de 560 agriculteurs, transforme annuellement 70 000 tonnes de chanvre dans son usine de Saint-Lyé (Aube). Créée il y a presque cinquante ans pour le secteur de la papeterie, qui reste son principal débouché, l’entreprise de 50 salariés s’ouvre à de nouveaux marchés. « La part du bâtiment, qui progresse habituellement d’environ 3 % par an, connaît une croissance à deux chiffres depuis deux ans », observe Benoît Savourat, le président de la Chanvrière. Un effet, notamment, du calcul de l’impact carbone imposé aux professionnels du bâtiment depuis le 1er janvier. Ce sont les granulats utilisés pour le béton de chanvre qui bénéficient le plus de cet engouement et, dans une moindre mesure, les matériaux utiles à la fabrication des isolants. La coopérative travaille aussi sur les matières premières pour le textile, « une demande des entreprises du secteur, qui ont un problème de dépendance aux fournisseurs étrangers et d’impact environnemental ». La métropole de Troyes espère créer autour de la Chanvrière un pôle européen du chanvre, en attirant des entreprises intéressées par cette matière.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022

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