[La France du biosourcé] La Nouvelle-Aquitaine met le cap sur la chimie biosourcée

Tout l'été, L'Usine Nouvelle fait le tour de France des champions industriels du biosourcé. Dans une région Nouvelle-Aquitaine riche en matières premières utiles à la chimie biosourcée, comme le pin maritime, la filière se structure peu à peu autour d’acteurs institutionnels et de pionniers. 

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DRT, spécialiste des dérivés de la résine de pin, vient d’ouvrir dans les Landes un site de produits à base de matériaux recyclés.

Convaincue de la nécessité d’une chimie biosourcée et locale, la Nouvelle-Aquitaine s’est penchée sur la question dès 2010, au moment de la création du cluster Aquitaine Chimie Durable, désormais désigné sous le seul acronyme d’ACD, car englobant un champ plus large qu’initialement, allant jusqu’aux matériaux. « Cette question du biosourcé a indéniablement connu un coup d’accélérateur depuis la crise sanitaire, notamment avec le plan d’action voulu par la Région pour chacune des filières stratégiques, dont la nôtre », juge Frédéric Bataille, le délégué général d’ACD.

La chimie biosourcée est l’une des trois priorités mentionnées dans ce plan, ce qui a abouti à la création d’un poste et au recrutement d’une chargée de mission, spécialement dévolue à ce thème au sein d’ACD. « Possédant le premier massif forestier cultivé d’Europe, la Nouvelle-Aquitaine a des atouts importants en termes de matières premières, notamment le pin maritime. Et nous avons des acteurs importants de la transformation de la biomasse, comme DRT, Biolandes ou encore Berkem. »

DRT (Dérivés résiniques et terpéniques), qui produit des ingrédients dérivés du pin pour la parfumerie, la santé, la nutrition et l’industrie, dispose depuis le mois de janvier d’une nouvelle usine à Castets (Landes). La marque a été rachetée par le groupe suisse Firmenich en 2020. Biolandes fournit à l’industrie du parfum et des cosmétiques des arômes naturels d’une centaine de plantes et se présente comme le leader mondial des extraits aromatiques naturels. Expert en extraction végétale, Berkem développe des extraits végétaux pour le marché de l’agroalimentaire et de la cosmétique. La société, située à Blanquefort (Gironde), compte deux sites industriels dans la région. Celui de Gardonne (Dordogne) est spécialisé dans l’extraction d’ingrédients actifs naturels et les solutions pour la préservation du bois, celui de La Teste-de-Buch (Gironde) se concentre sur les résines alkydes. Berkem est entré en Bourse à la fin 2021.

La région dispose aussi d’entreprises qui utilisent le pin comme matière première. C’est le cas de Futuramat, qui développe des plastiques biosourcés. « Nous avons cartographié 120 industriels et plus d’une quarantaine d’acteurs du monde académique et institutionnel, avance Frédéric Bataille. Pour développer davantage la filière, il nous paraît prioritaire de garantir des gisements de matières premières, de les pérenniser, mais aussi d’en assurer la stabilité, la qualité, pour qu’ensuite les chaînes de production puissent fonctionner sans avoir à s’adapter régulièrement. »

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Pérenniser les gisements de matières premières

Parmi ces industriels, quelques pépites et pionniers. Situé à Saint-Pantaléon-de-Larche (Corrèze), Axioma, né en 2012 et fort de 19 salariés, a planché sept ans pour concevoir sa technologie d’extraction. Depuis 2021, il commercialise une gamme de biostimulants afin de proposer aux agriculteurs, viticulteurs et céréaliers une alternative aux produits phytosanitaires. « Nous avons signé nos premiers contrats à l’été 2021 avec de grandes firmes – Adama, Angibaud, Olmix, SBM et Syngenta – et nous commençons à les distribuer, annonce Anthony Bugeat, le président d’Axioma. Nous produirons 150 000 litres cette année, dix fois plus qu’auparavant grâce à notre nouvelle usine. » Quatre de ses biosolutions ont reçu 14 autorisations de mise sur le marché en France, en Autriche, en Espagne et en Allemagne et trois sont en cours d’instruction. L’homologation est attendue début 2023 pour les oléoprotéagineux (colza, soja, tournesol). « La demande est extrêmement forte en raison de la réglementation et de l’enjeu environnemental, constate Anthony Bugeat. Si l’on incorpore 30 % de nos biostimulants dans des produits phytosanitaires, les doses d’engrais et les coûts diminueront. » Le process sera industrialisé début 2023, après un investissement de 1 million d’euros. Axioma compte réaliser 70 % de son chiffre d’affaires à l’export en 2026 et étudie deux autres méthodes d’extraction.

À Saint-Viance (Corrèze), Silab (350 emplois, 64 millions de chiffre d’affaires, en croissance de 25 % sur un an) produit depuis sa création en 1984 des actifs biologiques d’origine naturelle (en majorité des végétaux) pour la cosmétique. « Le choix de départ était déjà le biosourcé, à une époque où les produits d’origine pétrochimique avaient le vent en poupe, souligne Xavier Gaillard, le directeur général délégué à la stratégie. Nous avons tenu bon sur ce positionnement, avec une croissance à deux chiffres tous les ans et une demande forte des consommateurs en sortie de Covid. » Une antériorité qui a fait de Silab une référence. Aujourd’hui, 100 % de ses produits sont biosourcés et répondent à la norme ISO 16128 (origine naturelle et biologique). Depuis cinq ans, l’entreprise a intégré les produits d’origine biotechnologique. « Cela nous permet d’innover davantage avec des levures, des micro-algues et des bactéries. Nous fabriquons nos propres matières premières, cela évite de les prélever dans la nature et la traçabilité est meilleure. » Ce segment représentait 20 % de son chiffre d’affaires en 2021. Silab a investi dans une tour d’atomisation pour produire des levures en poudre, réduisant ses emballages d’un facteur dix. Pour asseoir cette diversification dans les biotechs, la Nouvelle-Aquitaine songe d’ailleurs à se doter de bioraffi­neries.

L'idée biosourcée : Des espadrilles en raisin

En plus de cent cinquante ans, les ateliers Megam, à Mauléon (Pyrénées-Atlantiques) n’avaient jamais fabriqué de chaussures dece type : la marque Payote les amène à créer, depuis quelques mois, des espadrilles en cuir... de raisin ! Une technologie italienne dont s’est emparé Payote, implanté à Perpignan (Pyrénées-Orientales) et fondé par Olivier Gelly, dont la famille est investie de longue date dans la viticulture. « Je savais qu’il serait possible de trouver une synergie entre ces deux univers, quand j’ai eu vent du “cuir” de raisin de l’entreprise milanaise Vegea. Il s’agit plus simplement du marc, c’est-à-dire de tous les déchets qui restent lorsque l’on fait les vendanges : peaux de raisin, pépins, bouts de feuilles ou de branches... », décrit-il. Payote, qui a lancé sa collection d’espadrilles en raisin il y a quelques mois, rencontre un vif succès. La marque va construire à Perpignan une usine venant en appui de celle de Mauléon. « Aujourd’hui, nous pouvons fournir jusqu’à 100 000 paires par an, alors que nous avons plus de 1,5 million de demandes », assure son fondateur. De quoi faire revenir en France, en partie, la production des espadrilles. Il s’y vendrait 12 millions de paires par an, dont 9 millions sont fabriquées en Chine, selon Olivier Gelly.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022

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