La France n’est pas l’Allemagne. Et notre pays n’a probablement pas besoin d’investir 7 milliards d’euros pour installer d’ici à 2040 10 GW de capacités de production d’hydrogène vert, comme le planifie notre voisin d’Outre-Rhin pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Et encore moins, a priori, d’en importer depuis le Maroc, ou d’ailleurs.
Avec l’hydraulique, l’éolien et le solaire, notre parc nucléaire nous fournit déjà une électricité décarbonée à près de 95 %. C’est 25 % de notre consommation d’énergie.
Moins industrielle, la France a moins d’urgence à réduire les émissions de son acier ou de sa chimie. Même si le plan de Nicolas Hulot, en 2018, fixe déjà un objectif de 10 % d’hydrogène industriel décarboné d’ici à 2023, et entre 20 à 40 % d’ici à 2028. Un marché sur lequel mise beaucoup EDF. De même pour les trains. Là où les lignes françaises sont majoritairement électrifiées, l’Allemagne doit convertir ses locomotives à l’hydrogène. Et a déjà commencé, au plus grand bénéfice d’Alstom.
Le plan hydrogène allemand est aussi et avant tout un plan industriel, qui vise à faire de la contrainte de la lutte contre le réchauffement climatique une opportunité économique. L’Allemagne veut devenir le numéro un des technologies de l’hydrogène vert. Pour y parvenir, elle sait qu’elle doit créer de nouveaux marchés, notamment dans l’automobile, tant pour ces nouveaux équipements de production (électrolyseurs), que de stockage et de transport. Et prévoir l’utilisation de l’hydrogène sous forme d’électricité (pile à combustibles) ou comme composé de base d’une chimie zéro fossile
La France compte quelques pépites industrielles dans ces domaines, comme McPhy, Hydrogène de France et Symbio. La France a aussi besoin de décarboner ses outre-mer, ses transports routiers et surtout le bâtiment et son gaz. Des démonstrateurs 'power-to-gas-to-power' de toutes sortes sont lancés. C’est le moment, pour nous aussi, de donner à ces technologies leur marché.



