La France à la traine dans le recyclage de ses déchets plastiques... mais tout n'est pas perdu

En 2019, la France a recyclé 25% de ses déchets plastiques, relève le rapport « The circular economy of plastics » présenté, mardi 21 juin, par l’association Plastics Europe. La valorisation énergétique était encore le traitement privilégié de nos polymères post-usage, tandis que la mise en décharge restait élevée. Une nouvelle méthode de calcul pour comptabiliser les flux de déchets d’emballage au niveau européen pourrait changer la donne.

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Recyclage du plastique
Selon le rapport The circular economy of plastics, la France se classe à la 26e place européenne (sur les 27 + 3) dans le domaine du traitement de ses déchets plastiques.

« La France ne fait pas partie des bons élèves du recyclage », a reconnu Jean-Yves Daclin, le président général de Plastics Europe, lors de la présentation, mardi 21 juin, du rapport bisannuel « The circular economy of plastics ». Projeté sur le mur de la salle de l’Hôtel de l’industrie (Paris 6), le graphique (ci-dessous) classant les pays d'Europe (27 + 3) en fonction de leurs taux de recyclage, de valorisation énergétique et d'enfouissement force l'humilité.

Au 5e rang – en partant... de la fin! – la France se positionne entre la Grèce et Malte. 25 places plus haut, les Pays-Bas, la Norvège et l’Espagne forment le peloton de tête des pays qui traitent le mieux leurs déchets plastiques, selon des données de 2019 compilées par Plastics Europe.

Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) classement européenPlastics Europe
Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) classement européen Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) classement européen

« Ce sont les pays où la sensibilité environnementale, l’éducation des citoyens et aussi la pression sur les entreprises et les collectivités sont les plus fortes », explique le porte-parole des pétrochimistes pour la France.

Environ un tiers des déchets plastiques finissent en décharge

Avec 25% de plastique recyclé, l’Hexagone est donc bien loin de ses voisins néerlandais et ibérique, qui recyclent respectivement 45% et 43% de leurs déchets plastiques. En outre, la France recourt à la mise en décharge pour 31% des siens. Ceci dit l'Espagne, qui recycle beaucoup mais valorise peu, en enfouit 36%. « A la différence de l’Europe, la courbe du recyclage n’a toujours pas croisé celle de la mise en décharge », déplore Jean-Yves Daclin, citant les moyennes du vieux continent: « 35% pour le recyclage, 42% pour la valorisation énergétique et 23% pour la mise en décharge ». Avec 44%, la valorisation énergétique apparaît comme la solution privilégiée par la France pour traiter ses plastiques en fin de vie (tout comme un grand nombre de pays d'Europe, notamment les 9 où l'enfouissement est désormais restreint). Et les volumes vont s'accroissant.

Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) traitement post consoPlastics Europe
Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) traitement post conso Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) traitement post conso

Particulièrement actif sur l’aspect réglementaire, le pays devrait toutefois faire un « bond en avant » dans les années à venir en matière de circularité, estime Jean-Yves Daclin qui souligne les réglementations « prometteuses » du premier quinquennat du président Macron, notamment la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) et son décret 3R.

Un nouveau calcul harmonisé du taux de recyclage des emballages

Le classement de la France devrait aussi évoluer une fois que la nouvelle méthode de calcul de la directive européenne (2018/852) correspondant aux déchets d’emballage sera homogénéisée en Europe. « L’Ademe nous consulte actuellement », indique Jean-Yves Daclin. « L’agence est convaincue que le rang français va remonter ». Plus précis pour évaluer la quantité de MPR (matière première recyclée) réincorporée, le nouveau calcul comptabilise comme recyclée la matière issue des emballages non plus à l’entrée de l’usine de recyclage, mais juste avant l’extrudeuse. L'écart sera alors plus faible entre la matière débarrassée de tous ses indésirables (humidité, résidus d’autres matières…) et la quantité effectivement réincorporée. La matière à la sortie de l'extrudeuse sera peu ou prou la même que celle en entrée, considère le directeur général. La France, déjà rigoureuse, pourrait ainsi gagner quelques places dans le classement européen face à des pays jusque là moins vigilants. Ainsi, le taux moyen de recyclage des emballages pourrait baisser nettement en Europe. Plastics Europe évoque un passage de 46% à 32%.

Le modèle de la plasticulture

En 2020, sur les 3,7 millions de tonnes (Mt) de déchets plastiques post consommation collectés dans l’Hexagone, 1,6 Mt ont été valorisés énergétiquement, 1,1 Mt ont été mis en décharge et 929 000 tonnes ont été recyclés, détaille une autre partie du rapport. Champions de la mise en décharge, les produits du bâtiment sont 71% à finir enfouis. Paradoxalement, ce sont aussi eux qui, avec les produits de la plasticulture (plastiques agricoles), intègrent le plus de MPR (respectivement 14% et 22%).

Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) déchets post consoPlastics Europe
Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) déchets post conso Plastics Europe Rapport The circular Economy of plastics (2022) déchets post conso

« L’agriculture française est un modèle européen », considère Jean-Yves Daclin, qui cite en exemple Adivalor, la filière de valorisation des déchets agricoles mise en place par les professionnels en 2001. Ce secteur est celui qui recycle le plus (51%) et enregistre l’un des plus faibles taux de mise en décharge (22%).

Développer la collecte sélective

Si le développement de REP (filières à responsabilité élargie du producteur, obligeant producteurs et distributeurs à financer la fin de vie de leurs déchets) ou de systèmes volontaires est une solution pour accroître la valorisation des déchets, l’abandon de la collecte en mélange au profit de celle sélective est jugée cruciale par le représentant de l’organisation professionnelle. « C’est la clé du développement du recyclage », estime Jean-Yves Daclin qui évoque un gâchis de ressources. Graphique à l’appui, ce dernier indique que sur les 2 millions de tonnes de déchets plastiques collectés en mélange en 2020, seules 50 000 tonnes sont envoyées au recyclage. « Au niveau européen, la collecte sélective permet de recycler une proportion de plastique 13 fois plus élevée que la collecte en mélange. Sa montée en puissance est la condition sine qua non de la circularité des plastiques, y compris pour le recyclage chimique », indique Plastics Europe.

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