Le superéthanol-E85 séduit de plus en plus les automobilistes français. En 2021, la consommation de cet agrocarburant a augmenté de 33% en France, selon un bilan dévoilé mardi 25 janvier par la filière française du bioéthanol. Alors que les prix à la pompe atteignent des records, les industriels vantent le faible coût de l’E85 et ses émissions de CO2 limitées. Certaines ONG se montrent plus sceptiques sur l’impact carbone du carburant alternatif.
Le réseau de distribution de l'E85 compte désormais 2 725 stations-service (+18% par rapport à 2020). En parallèle, le nombre de voitures équipées de boîtiers de conversion homologués a grimpé de 22% pour atteindre un parc de 135 000 véhicules. « C’est très encourageant pour l’année 2022 », se réjouit Nicolas Kurtsoglou, responsable carburants au SNPAA (Syndicat national des producteurs d'alcool agricole).
Un carburant deux fois moins cher que le diesel
Ce succès n’est pas difficile à expliquer. Grâce à une taxation allégée, le superéthanol-E85 affiche un prix moyen de 0,75 euro par litre. Deux fois plus cher, le diesel atteint 1,68 euro par litre tandis que le SP95-E10 évolue aux alentours de 1,75 euro. L’argument de vente est tout trouvé pour la Collective du bioéthanol qui surnomme l’E85 « le carburant du pouvoir d’achat ».
Mais la part de marché de l’E85 reste modeste. En 2021, il n’a représenté que 4% des ventes d’essences en France (contre 3,6% en 2020). Ce constat se retrouve aussi dans les ventes de véhicules : seulement 6 000 véhicules dits « flex-E85 d’origine » ont été immatriculés en 2021.
Et pour cause, seulement deux constructeurs proposent de tels véhicules sur le marché français : Jaguar-Land Rover et Ford qui avait dévoilé en 2021 une gamme de six véhicules compatibles avec le superéthanol. Une stratégie payante. « Depuis septembre 2021, nous avons enregistré 65% de nos commandes en E85. On pense atteindre 80% sur l'ensemble de l'année 2022 », estime Louis-Carl Vignon, président de Ford France.
Les producteurs de bioéthanol veulent aller plus loin
Malgré cette belle croissance, la filière française du bioéthanol se heurte à certaines réglementations européennes. Parmi elles, la directive sur les énergies renouvelables qui plafonne l’utilisation des agrocarburants de première génération comme l’E85 à 7% de l’énergie des transports. Premier producteur européen de bioéthanol, la France a déjà atteint cette limite.
« C’est un frein majeur », regrette Nicolas Rialland, directeur des affaires publiques de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Le CGB milite pour appliquer ce plafond non pas au niveau de chaque État membre mais au niveau européen. « Nous constatons de fortes disparités au sein de l’Union européenne à 27. Certains pays incorporent peu ou pas du tout de biocarburants », explique Nicolas Rialland. Selon la CGB, la moyenne européenne d’incorporation d’agrocarburants s'élevait à 4,5% en 2020. « Il y a encore de la marge. Nous pouvons aller plus loin pour décarboner les transports avec ces biocarburants », argumente Nicolas Rialland.
Un bilan carbone controversé
Autre élément d’inquiétude : le fameux paquet législatif Fit for 55 qui fait trembler toute la filière automobile française. Ce plan toujours en cours de négociation suggère de réduire tout bonnement à 0 les émissions de CO2 des voitures neuves particulières en 2035. Autrement dit, interdire la vente de véhicules thermiques et hybrides, qu’ils soient alimentés en gazole ou en superéthanol. La Collective du bioéthanol dénonce une méthode « obsolète ». « Dans le superéthanol-E85, il y a de l’éthanol. Le CO2 émis par cet éthanol est biogénique, c’est-à-dire qu’il s’agit de CO2 capté par les plantes au cours de leur croissance. Et donc il n’a pas d’impact sur le changement climatique », développe Nicolas Rialland.
Certaines organisations engagées contre la déforestation ont produit des rapports moins élogieux. Dans une étude d'octobre 2021, l’association Canopée considérait les agrocarburants comme « une solution contre-productive ». « Le colza, le blé, le maïs et la betterave sont les quatre principales matières premières d’origine européenne qui sont utilisées dans la production des biocarburants incorporés en France. Il s’agit de grandes cultures menées de façon intensive, avec des impacts importants sur l’environnement : emprise foncière, prélèvements d’eau, usage de fertilisants et de pesticides », peut-on lire dans le rapport de Canopée. De leur côté, les professionnels rappellent que la production de bioéthanol n’occupe que 0,6% des surfaces agricoles nettes en France.



