La filière électronique veut se regrouper en fédération pour relever les grands défis communs

La filière électronique projette de créer la Fédération de l’Electronique Française. De quoi se donner les moyens de relever des défis communs comme la pénurie de talents, la féminisation des métiers, l’accélération de l’innovation, la transition écologique ou la disponibilité des matières premières.

 

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Frédérique Le Grevès, PDG de STMicroelectronics et présidente du CSF électronique
Frédérique Le Grevès à la manoeuvre pour créer la Fédération de l'Electronique Française

La filière électronique a l’intention de créer la «Fédération de l’Electronique Française», une initiative destinée à rassembler tous les acteurs, des start-up jusqu’aux grands groupes, en passant par les instituts de recherche et technologie, les universités et les écoles d’ingénieurs. Frédérique Le Grevès, présidente de STMicroelectronics France et du Comité stratégique de filière électronique, a révélé le projet sans en donner les détails lors des Assises de l’embarqué, qui se sont déroulés à Bercy le 11 janvier. Il devrait être annoncé officiellement dans les jours à venir.

Pression sur les capacités de production, instabilité de la chaine logistique mondiale, envolée des coûts de l’énergie et des matières premières, inflation des besoins d’investissement en R&D, pénurie de talents, tensions géopolitiques… La filière électronique est confrontée à un environnement plus que jamais complexe. Elle est représentée aujourd’hui par quatre syndicats professionnels : Acsiel pour les composants et équipements de production, Snese pour la sous-traitance, SPDEI pour la distribution et Embedded France pour les systèmes embarqués. Son développement est coordonné par le Comité stratégique de filière (CSF) créé par le gouvernement en mai 2018 dans le cadre du conseil national de l’industrie.

«Si cette filière permet l'émergence d'innovations incroyables, elle n'en reste pas moins l'agrégation d'éléments bien distincts qui ont besoin d'un cadre précis, d'objectifs clairs et de moyens, estime Frédérique Le Grevès. Et c'est d'ailleurs pour cela que nous lançons une réflexion au sein de la filière sur comment travailler encore mieux ensemble afin de maximiser notre efficacité et notre performance.»

Vers un syndicat professionnel unifié ?

L’idée d’aller plus loin dans la mutualisation de certaines fonctions communes en se rassemblant au sein d’une fédération est en réflexion depuis quatre ans. Elle devrait se concrétiser dans quelques mois, selon un proche du dossier. A terme, l’initiative pourrait conduire au regroupement des acteurs au sein d’un syndicat professionnel unifié en remplacement des quatre syndicats professionnels actuels, avec l'espoir d'inclure dans mouvement des grands utilisateurs comme Thales, Safran, Airbus, Valeo, Schneider Electric ou Renault. Selon un proche du dossier, les syndicats actuels sont prêts à aller plus loin dans l'intégration "sans toutefois perdre leur âme". Alain Gorrec, président du SPDEI, est nommé délégué général. Il a la charge de piloter le projet sous la responsabilité de Frédérique Le Grevès.

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«Face aux défis mondiaux et aux évolutions technologiques rapides, il est essentiel pour la France de conserver une position de leader dans le secteur de l'électronique et des domaines qui lui sont liés, c'est-à-dire les composants, les cartes, les logiciels embarqués et les équipements de production, souligne Frédérique Le Grevès. Le CSF et les quatre organisations annonceront bientôt un projet qui courra sur toute l'année 2024 afin d'étudier justement la meilleure façon de rassembler les acteurs clés de la filière pour favoriser la collaboration, la compétitivité, la durabilité et la croissance de l'industrie électronique nationale. Nous souhaitons apporter une réponse proactive à ces défis et une démonstration de l'engagement de notre pays envers l'innovation, la souveraineté technologique et la compétitivité.»

Selon les chiffres du CSF, la filière électronique représente 80 000 emplois directs et un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros en 2023, dont 4 milliards à l’export. Elle constitue le socle industriel de la transformation numérique et de la transition écologique, et le moteur de l’innovation dans tous les secteurs, dont l’aéronautique, la défense, le médical, l'énergie et l’automobile, très présents en France. Ceci en fait la clé de voûte de la souveraineté et de l’indépendance technologique du pays. C’est pourquoi elle est reconnue  par le gouvernement, en pleine pandémie du Covid en 2020, comme une industrie stratégique, dont la continuité de production est essentielle au fonctionnement économique du pays.

Renforcer l'attractivité des métiers

L’idée de création d’une fédération est rendue nécessaire par l’ampleur des défis à relever. « Le plus important reste quand même ce qu'on appelle les ressources humaines, affirme Frédérique Le Grevès. C'est un enjeu crucial. Le secteur doit vraiment continuer à renforcer son attractivité. Et il faut amener les jeunes dès le plus jeune âge à envisager des carrières dans l'industrie et plus spécifiquement, si possible, dans l'électronique. » La filière fait face à des difficultés criantes de recrutement. Selon une étude, elle se prépare à ouvrir 18 000 postes au cours des trois prochaines années rien que dans les composants. A cela s’ajouteraient des dizaines de milliers de postes dans les systèmes embarqués et les applications de l’électronique.

L’un des enjeux est de féminiser les métiers de l'électronique. Un sujet qui tient particulièrement à cœur à Frédérique Le Grevès, choisie en mai 2023 par le ministère de l’Industrie pour présider « IndustriElles », une initiative visant à encourager les femmes à rejoindre l’industrie. L’électronique reste l’un des secteurs industriels où le taux d’emploi de femmes est le plus faible. Ce taux est inférieur à 15 % dans les systèmes embarqués selon Eric Stéfani, président du groupe de travail compétences, emploi et formation au sein d’Embedded France.

Parmi les autres défis majeurs à relever, Frédérique Le Grevès cite celui de l’innovation, qui a besoin d’être accélérée pour réussir la double transition énergétique et environnementale, et celui de la disponibilité et de la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, qui affecte la compétitivité des entreprises de la filière. L’électronique est pointée du doigt par des associations écologiques et collectifs activistes comme une industrie qui gaspille les ressources en énergie et eau et qui pollue par l’utilisation de grandes quantités de produits chimiques. Mais ses acteurs la défendent comme la solution à la transition écologique par son rôle central à réduire la consommation d’énergie dans tous les équipements qui l’utilisent.

Mission sur la sobriété hydrique

La sobriété hydrique devient le nouveau leitmotiv de l’industrie. Le CSF électronique participe à une mission lancée sur le sujet par le ministère de l’Industrie. Frédérique Le Grevès cite une étude réalisée par Acsiel après de 18 de ses membres montrant que le taux de recyclage de l’eau atteint en moyenne 35,6 % aujourd’hui en France. «Au total, la filière électronique utilise plus d'eau qu'elle n’en consomme car elle rejette proprement la quasi-totalité dans le milieu naturel, plus de 85%, affirme-t-elle. Donc c'est important de faire la différence entre utilisation et consommation. Il est possible d'aller plus loin en diversifiant les sources d'approvisionnement. La filière, qui consomme aujourd’hui de l’eau potable, pourrait utiliser aussi demain des eaux industrielles recyclées comme cela se fait par exemple à Taïwan et à Singapour.»

La création d’une fédération vise enfin à travailler en écosystème, en étendant la collaboration aux secteurs amont (les fournisseurs) et aval (les clients), comme cela se fait dans l’automobile avec la FPA ou l’aéronautique avec le GIFAS.

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