Les études s’affrontent pour louer ou blâmer l’impact environnemental des agrocarburants. Pendant que les décideurs européens discutent de la fin des véhicules thermiques, la Collective du bioéthanol défend coûte que coûte le superéthanol-E85 en brandissant une étude commandée à l’IFP Énergies nouvelles (Ifpen). Selon le rapport, un véhicule hybride rechargeable roulant à l’E85 présenterait le même bilan carbone qu’un véhicule 100% électrique.
Évidemment, cette conclusion repose sur une analyse du « puits à la roue » (voir méthodologie en fin d'article). Elle prend aussi bien en compte les particules émises sur la route que les émissions générées par la production de la batterie. Certes, les véhicules 100% électriques gagnent le match en phase d’utilisation. Mais, selon l’Ifpen, le véhicule hybride rechargeable peut compenser son empreinte carbone grâce à une batterie plus petite et à l’E85 (voir graphique ci-dessous). Mélange d’essence et d’éthanol produit à partir de matières agricoles, l’E85 présente des émissions de CO2 inférieures de 67% à l’essence.
Étude Ifpen pour SNPAA «En ce qui concerne le véhicule léger en France, l’utilisation d’un moteur hybride rechargeable alimenté exclusivement au superéthanol-E85 est, en termes d’émissions de gaz à effet de serre, au moins aussi performant que le véhicule électrique à batterie», estime donc l’Ifpen. Le constat serait identique en 2040. L’institut considère en effet que l’essence contenue dans l’E85 pourrait être remplacée par des carburants synthétiques fabriqués en utilisant des énergies renouvelables et du CO2 capté. Une perspective qui rendrait l’E85 100% renouvelable, se réjouit la Collective du bioéthanol.
Les décideurs européens en pleine négociation
Ces arguments seront-ils entendus à Bruxelles? La Commission européenne, tout comme le Parlement européen, souhaitent réduire de 100% les émissions des véhicules thermiques neufs au pot d’échappement en 2035. Une piste qui ne laisse aucune place à l’E85 actuel et aux autres carburants fossiles.

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De son côté, le Conseil de l’UE a proposé de laisser une place aux carburants de synthèse s’ils permettent des solutions neutres en carbone. Le Conseil a également suggéré de prévoir une clause de revoyure en 2026, pour éventuellement réévaluer la question des hybrides rechargeables. Une position saluée par la Collective du bioéthanol. Reste à savoir si ces dispositions seront adoptées définitivement à l’issue du trilogue entre les décideurs européens. « Le 100% électrique ne pourra pas tout faire, nous le constaterons assez vite », argumente Sylvain Demoures, secrétaire général du Syndicat national des producteurs d'alcool agricole (SNPAA), en évoquant les défis sur les bornes de recharge et l’approvisionnement en matières premières.
Une emprise agricole controversée
Farouchement opposée à l’utilisation des agrocarburants, Transport & Environment a publié une étude le 8 septembre pour dénoncer l’emprise agricole de la filière de l’éthanol. «Malgré le risque imminent de pénurie alimentaire qui pourrait précipiter encore plus de personnes dans l’insécurité alimentaire, la France continue de transformer chaque année 720 000 tonnes de blé en éthanol destiné à son parc automobile», dénonce l’organisation dans un communiqué, en pointant également du doigt la réduction des taxes accordée à l’E85.
Interrogée sur ces aspects, la Collective du bioéthanol rappelle qu’elle ne mobilise «que» 1% de la surface agricole utile nette des coproduits. «La Collective ne défend bien évidemment en aucun cas une vision expansionniste du bioéthanol, qui doit rester une réponse parmi d'autres», tente de convaincre la filière. La Collective du bioéthanol estime par ailleurs que la production française pourrait être augmentée sans étendre les surfaces des betteraves cultivées en France. «Il y a plus d’un million de tonnes de sucre exportées par l’Europe vers des pays tiers où l’Europe est concurrencée par la canne à sucre du Brésil, de l’Inde et de la Thaïlande, où les modes de production sont beaucoup moins contrôlés que chez nous. Sur le long terme, ce sont des marchés sur lesquels l’Europe n’a peut-être pas intérêt à continuer à se positionner, ce qui libérerait des surfaces de betterave qui pourraient être consacrées à l’éthanol», développe Sylvain Demoures.
Cette stratégie permettrait, selon la filière, de faire rouler 17% du parc français de véhicules légers en 2040, soit 5,3 millions de voitures hybrides rechargeables roulant à l’E85. Ces rêves de grandeur dépendront toutefois des négociations menées au sein de l’Union européenne.



