La donne a changé pour le financement des biotechs thérapeutiques en Europe

Le financement des biotechs thérapeutiques par des acteurs européens est monté en puissance depuis la crise sanitaire. Mais la fin de l’euphorie post-Covid ravive les craintes.

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ImCheck Therapeutics, spécialisé dans l’immunothérapie des cancers, a levé 96 millions d’euros en 2022.

Une levée de fonds symbolique. En tout début d’année, la biotech lyonnaise Amolyt Pharma a bouclé un tour de table de 130 millions d’euros pour poursuivre les essais cliniques de son traitement de l’hypoparathyroïdie, une maladie rare. Pour soutenir ce financement de série C, un pool d’investisseurs, majoritairement européens et mené par le français Sofinnova Partners, a répondu présent.

La donne semble avoir changé pour le financement des biotechs thérapeutiques. Avant la crise sanitaire, celles-ci avaient moins de marges de manœuvre pour ancrer leur capital en Europe à des stades avancés de développement. «Il y avait énormément de fonds américains qui couvraient l’essentiel des tours de table des sociétés les plus avancées, mais les Européens ont réagi», estime Vanessa Malier, directrice associée de Kurma Partners. Reste que le secteur n’échappe pas au coup de froid en cours dans le capital-investissement. 

À partir de 2020, la pandémie a provoqué un engouement du milieu de l’investissement privé pour les sciences de la vie. Les sociétés de capital-risque du Vieux Continent ont créé de plus gros fonds, de 450 à plus de 500 millions d’euros, pour accompagner les biotechs sur le « late stage » (étape avancée de développement). Jeito Capital a ouvert le bal, Sofinnova Partners a suivi, tout comme le néerlandais Forbion et le français Andera Partners plus récemment.

Phase d'attentisme 

Je suis inquiet. Nous avons de super boîtes et il ne faut pas qu’on les laisse tomber maintenant.

—  Antoine Papiernik, président de Sofinnova Partners

De quoi peser davantage dans les décisions d’industrialisation. «Dans notre portefeuille, SparingVision cherche à bâtir un consortium sur la thérapie génique en France, alors que les États-Unis font un pont d’or pour attirer ce type d’entreprises», illustre Rafaèle Tordjman, la présidente de Jeito Capital. «Le changement opéré dans la capacité d’investissement de ces fonds européens modifie le paysage», constate Pierre d’Epenoux, le président de la biotech marseillaise ImCheck Therapeutics, qui a réalisé en 2022 un tour de table de 96 millions d’euros codirigé par Andera Partners. Mais les fonds européens spécialisés restent encore trop peu nombreux et moins puissants que leurs homologues américains. «Nous sommes l’un des plus importants acteurs européens avec seulement 2,5 milliards d’euros, quand Orbimed pèse 17 milliards», constate Antoine Papiernik, le président de Sofinnova Partners. L’écart est tel que les investisseurs du continent cherchent toujours à convaincre les Américains de rejoindre leurs gros tours de table, de façon plus sélective qu’auparavant.

Attirer ces partenaires est néanmoins devenu une gageure dans la phase d’attentisme que traverse le capital-investissement. « Je suis inquiet. Nous avons de super boîtes et il ne faut pas qu’on les laisse tomber maintenant », prévient Antoine Papiernik. Les réserves de capitaux à déployer sont encore là, «mais on peut craindre un financement des biotechs plus tendu si ce ralentissement devait durer», estime Vanessa Malier. Surtout que l’investissement non coté devient primordial vu les difficultés des marchés boursiers. En 2022, seules sept cotations de biotechs ont été enregistrées sur Euronext, contre 17 en 2021. Sur l’année, la capitalisation boursière des start-up de la santé cotées à Paris a fondu, passant d’environ 11 milliards à un peu plus de 6 milliards d’euros.

Une aide européenne de près de 4 milliards d’euros 

Face à cet horizon obscurci, les plus gros fonds devraient pouvoir compter sur une nouvelle poche de près de 4 milliards d’euros, alimentée par cinq pays européens et la Banque européenne d’investissement. Elle est opérationnelle depuis début 2023. Mais elle ne soutiendra pas uniquement les biotechnologies. En France, la nouvelle patronne de l’activité fonds de fonds de Bpifrance, Adeline Lemaire, souhaite également «mettre de l’intensité» sur cet écosystème pour qu’il soit «plus compétitif face aux Américains».

Un intérêt est aussi porté au développement de fonds dits « crossover », capables d’investir juste avant, pendant et après l’introduction en Bourse. «C’est essentiel pour une entreprise. On ne peut pas s’introduire sur un marché boursier sans avoir à ses côtés des fonds engagés sur le long terme», témoigne Pierre d’Epenoux, d’ImCheck Therapeutics. La structuration des marchés cotés européens devra suivre, alors que le Nasdaq demeure une référence pour les biotechs. «Nous manquons d’analystes de banques spécialisés sur notre secteur en Europe», regrette Rafaèle Tordjman. Atteindre une plus grande maturité de ces marchés dépendra de la capacité de l’Europe à faire grandir davantage de biotechs jusqu’en Bourse, quitte à les voir s’introduire sur le Nasdaq dans un premier temps.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3717 - Avril 2023

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