Entretien

«La demande européenne en soja brésilien ne baissera pas à court terme», assurent les transformateurs brésiliens

André Nassar est le président d’Abiove, association brésilienne qui regroupe les principaux transformateurs de soja. Il se montre rassurant sur sa capacité à fournir des tourteaux de soja aux agriculteurs européens malgré les difficultés d’approvisionnement en engrais et l'émergence de discours sur la souveraineté alimentaire.

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Récoltes de soja
Les tourteaux issus du soja sont indispensables à l'alimentation des cheptels européens, rappelle André Nassar, président d’Abiove.

L'Usine Nouvelle. - Pouvez-vous présenter l’activité des quinze entreprises que vous représentez?

André Nassar. - Je représente des entreprises comme Cargill, ADM ou Amaggi. Ces dernières ont deux activités principales: elles achètent la graine de soja, la broient, et produisent du tourteau ou de l’huile de soja. Ou, elles achètent directement la plante pour en extraire et en exporter les graines. Pour l’Europe, nous exportons principalement des tourteaux, qui sont la source principale de protéine végétale pour les élevages. Nous sommes très bien intégrés aux chaînes d’approvisionnement de l’industrie agroalimentaire européenne: le Brésil exporte la moitié des tourteaux de soja qu’il produit, et la moitié part chez vous. Pour les graines de soja, le gros de nos débouchés est l’Asie.

André Nassar président d’AbioveAbiove
André Nassar président d’Abiove André Nassar président d’Abiove

Le contexte mondial sur le marché des engrais est très tendu. En Europe, un industriel comme Yara annonce déjà une baisse significative des volumes vendus et des arrêts de productions. Le Brésil est particulièrement dépendant de la Russie pour ses engrais. Allez-vous pouvoir maintenir vos rendements et approvisionner les éleveurs européens?

La situation en Europe pour le marché est différente de celle du marché brésilien. Il y a deux raisons à cela: nous sommes déjà actuellement en train de planter la prochaine récolte, a débuté mi-septembre pour le soja jusqu’à la mi-octobre, et les engrais ont été achetés en avance. Une bonne partie a été achetée avant la guerre, voire même la fin 2021. Il faut savoir que nos entreprises achètent les engrais à l’avance à la place des paysans. Ils sont échangés à la récolte contre leur production de soja. Les fermiers ne se fourniront qu’autour de février 2023. Pour cette saison, nous avons pu importer ce dont nous avons eu besoin, et pourrons fournir ce que nos clients veulent. Nous n’avons pas eu de problème majeur de livraison. Certes, il y avait déjà 10% de volumes en moins sur le marché, mais cela n’impactera pas nos rendements. Le problème d’achat des engrais se posera pour la prochaine récolte.

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Il faut donc s'attendre à un décrochage important sur la production…

Nous aurons des problèmes: je le vois bien avec ce qu'il se passe actuellement en Europe. La Russie aura beaucoup plus de difficultés à nous faire parvenir ses engrais, je suis bien d’accord, mais je n’ai pas de chiffre ni de projection à date car nous sommes juste au stade de la plantation. Nous commencerons à regarder pour les achats d’engrais pour la prochaine saison à la fin de l’année. La guerre est partie pour continuer, les engrais seront un problème pour nous la saison prochaine. Mais à quel point, je ne sais pas.

Les engrais seront un problème pour nous la saison prochaine

—  André Nassar, président d'Abiove

Il y a un gros changement dans les discours depuis le Covid avec un accent désormais mis sur la «souveraineté». Comment cela affecte vos relations avec vos clients européens?

Sur le soja, la France dit vouloir être plus indépendante sur les importations. La Chine tient le même discours: «Nous devons avoir d’autres sources de protéines pour les animaux». Mais tout le monde se repose sur le soja. Nous avons la vision ici qu’à moyen et long terme, la stratégie de réduction de la dépendance va se réaliser, nous nous y attendons. Mais à court terme, je ne vois pas la demande baisser, que ce soit en France ou Chine en dépit de ces stratégies de souveraineté. Ce n’est pas quelque chose qui coince dans les échanges avec nos partenaires. Par exemple, la réglementation sur la déforestation en Europe pourrait avoir un impact à court terme sur nos relations commerciales, mais ce n’est pas une affaire de souveraineté. En tout état de cause, dans ce contexte mondial de tensions sur l’approvisionnement alimentaire, le Brésil est prêt à augmenter ses exportations. On pousse pour qu’il y ait plus d’échanges.

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