" Il y aura un avant et un après Covid-19, affirme Paul Boudre, directeur général de Soitec, lors de la présentation des résultats annuels aux médias, le 11 juin 2020. La crise sanitaire nous a conduit à renforcer notre chaîne logistique, à resserrer nos liens avec nos clients stratégiques et à mettre en place une organisation qui nous a permis d’assurer la continuité de production et des livraisons sur nos deux sites industriels à Bernin, près de Grenoble, et à Singapour, ce qui nous a valu d’être un modèle pour notre écosystème grenoblois. Nous allons sortir de cet épisode plus forts. "
Des résultats supérieurs aux attentes
A première vue, la pandémie ne semble pas affecter Soitec. Sur son dernier exercice fiscal 2019/2020 clos en mars 2020, le fabricant isérois de substrats électroniques, qui compte 1 600 salariés dans le monde, dont 1 350 en France, s’enorgueillit d’un bond organique du chiffre d’affaires de 28 % à près de 600 millions d’euros, avec une marge d’Ebitda de 31 %. Des résultats supérieurs aux attentes des analystes financiers mais en ligne avec les projections de la direction. "En trois ans, nous avons multiplié par 2,5 le chiffre d’affaires, par 4,5 l’Ebitda et par deux la capitalisation boursière de l’entreprise ", se félicite Paul Boudre. Sur le dernier exercice fiscal, l’effectif a été gonflé de 350 personnes, dont 300 en France.
L’impact du Covid-19 se fera ressentir sur l’exercice fiscal 2020/2021 où la direction s’attend à un chiffre d’affaires plat avec une légère dégradation de l’Ebitda à 30 %. Un coup d’arrêt qui interviendra après trois exercices consécutifs de croissance à deux chiffres. Soitec subit de plein fouet l’effondrement de ses deux plus gros marchés : les smartphones et l’automobile, qui représentent respectivement 60 % et 15 à 20 % de ses revenus. Paul Boudre mise sur la 5G pour limiter le choc. "Il devrait se vendre 200 millions de smartphones 5G cette année et 400 à 450 millions en 2021, prévoit-il. La 5G augmente le contenu de notre substrat de silicium sur isolant de 60 % en moyenne par smartphone par rapport à la 4G. Cela va nous permettre de compenser la baisse des ventes de mobiles et le recul dans l’automobile."

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De nouveaux substrats en développement
Le patron de Soitec reste confiant dans les perspectives de la société et voit la pause de croissance sur l’exercice 2020/2021 comme une parenthèse. "Les fondamentaux de notre marché restent solides et l’adoption de notre technologie se poursuit dans les mobiles, le cloud, l’edge computing, l’intelligence artificielle ou encore l’Internet des objets, explique-t-il. Nous avons devant nous de belles opportunités. En assurant la continuité de notre production et de nos livraisons pendant la crise du Covid-19, nous avons renforcé la confiance de nos clients. Nous avons tous les ingrédients pour retrouver en 2021/2022 notre rythme de croissance de plus de 30 %." Pour l'exercice 2021/2022, la direction table désormais sur un chiffre d'affaires de 800 millions d'euros. Cela reste inférieur à la projection initiale de 900 millions d'euros donnée aux analystes. "Cette révision à la baisse de la feuille de route à l'horizon 2021/2022 n'est absolument pas présenté comme un problème structurel et ne remet pas du tout la poursuite de l'adoption des technologies de la société", relève Emmanuel Matot, analyste financier chez Oddo-BHF.
Outre le développement de la 5G et la reprise des projets dans l’automobile, Soitec mise sur ses diversifications au-delà du silicium dans de nouveaux substrats comme le piézoélectrique sur isolant (POI), le nitrure de gallium (GaN) ou encore le carbure de silicium (SiC). Le premier est déjà en production sur des plaquettes de 150 mm dans une unité de fabrication à Bernin pour les filtres radiofréquences de smartphones. Les autres sont encore en développement. "Ces nouveaux substrats représentent aujourd'hui une part faible d’environ 2 % de notre chiffre d’affaires, confie Paul Boudre. Mais ils ont le potentiel d’atteindre à terme 30 % de notre activité."
Maintien du rythme des investissements
Malgré la morosité ambiante, Soitec, qui a investi 109 millions d’euros sur l’exercice 2019/2020, dont environ 70 millions d’euros en augmentation de la capacité de production à Bernin et à Singapour, n’entend pas relâcher l’effort notamment en R&D où les dépenses totale se sont montés à 67 millions d'euros, contre 51 millions d'euros un an auparavant. "Pas question pour nous diminuer l'effort de R&D, souligne Paul Boudre. Malgré la crise, nous l'avons, au contraire, augmenté. Cela va nous permettre de creuser l'écart avec nos concurrents."



