La construction en pierre regagne du terrain

L’habitat tire la demande en pierres de taille. De quoi redonner le sourire aux 500 carrières françaises, qui s'avouent agréablement surprises, alors que les chantiers d'aménagement urbain recourent de plus en plus aux importations.

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Bâtiment en pierre
L'aspect visuel de la pierre séduit de nouveau les architectes et promoteurs.

Les exploitants de carrières en sont les premiers surpris : la construction en pierre repart de l’avant. "Nous avons un gain de volumes commandés de 30 % sur les vingt-quatre derniers mois", constate Emeric de Kervenoael, directeur et propriétaire des Carrières de Noyant, à Septmonts (Aisne). Pourtant, "les dernières grandes constructions en pierre remontent à Haussmann. Nous avons ensuite été dans le tout-béton, très rapide à mettre en œuvre et novateur. On est en train de redécouvrir que l’on peut combiner la pierre avec des matériaux comme le béton". Les Carrières de Noyant emploient 34 personnes, qui extraient 12 000 m3 par an pour 7000 m3 commercialisés.

Un surcoût de 6 à 10%

En pierre calcaire, pour la construction d’immeubles, une progression de 25 à 35 % en volume est enregistrée depuis deux ans et demi, estime le Syndicat national des industries de roches ornementales et de construction. Le secteur (550 millions d’euros de chiffre d’affaires) compte 700 entreprises, qui emploient 4 000 salariés. "Les architectes développent l’emploi de la pierre tendre, puisque les façades sont très vendeuses, et le matériau est assez vertueux sur le plan environnemental. Avec un simple ravalement, la pierre donne l’impression d’être neuve. Par rapport à une construction béton, le surcoût se situe entre 6 % et 10 %", estime le président du syndicat, Sylvain Laval.

Ce regain d’intérêt pour la pierre dans le gros œuvre, depuis deux à trois ans, est le fruit d’un travail de longue haleine réalisé auprès des prescripteurs : "nous avons usé de salive pour expliquer nos matériaux aux professionnels, puis il y a eu un effet d’entraînement", poursuit Sylvain Laval. Le représentant de la filière table sur les constructions prévues autour des futures gares du Grand Paris Express pour poursuivre le mouvement, initié en convaincant les architectes, qui ont ensuite défendu la position de la pierre auprès des promoteurs. L’aspect "pierre de taille" est notamment recherché visuellement.

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Les préoccupations environnementales tirent la demande

A Fontvieille (Bouches-du-Rhône), Paul Mariotta fait état d’une autre clef d’entrée : l’écologie. "Depuis le Grenelle de l’environnement, il y a une prise de conscience générale, dans le bâtiment, quant aux éco-matériaux et à l’analyse de cycle de vie, ce qui a favorisé le développement des matériaux biosourcés. Il y a aussi le chanvre, la terre… qui sont utilisés de façon permanente et croissante dans la construction", souligne le président du groupe Carrières de Provence (40 personnes, environ 40 000 m3 extraits par an sur trois sites).

L’aspect local compte aussi. Produits dans l’Aisne, les matériaux des Carrières de Noyant sont vendus à 80 % pour des projets franciliens. La France métropolitaine compte 500 carrières, réparties sur trois grands bassins sédimentaires (bassin parisien, bassin aquitain, sillon Saône-Rhône-Provence). Ce qui n’empêche pas le matériau de s'exporter hors de leur région : en 2020, les Carrières de Provence ont ainsi réalisé un chantier à Genève (Suisse), et viennent de participer, avec Carrières de Noyant, au démarrage d’un chantier d’immeubles d’habitation à Versailles (Yvelines).

Des pierres pour Notre-Dame

La disponibilité des matériaux ne pose pas forcément de difficulté, tout comme l’accès au gisement, estime Paul Mariotta. "Si les autorisations administratives se déroulent comme prévu, ce n’est pas forcément compliqué d’en avoir, même si cela prend de trois à quatre ans. La prise en compte environnementale et sanitaire est de plus en plus forte". Le gouvernement a récemment fait part de son intention d’assouplir les conditions d’extension ou de réouverture de carrières, afin de faciliter l’approvisionnement du chantier de la cathédrale Notre-Dame, à Paris. Sous réserve de conformité avec le Code de l’environnement, tout de même.

La concurrence des matériaux importés inquiète en revanche la filière, principalement sur les chantiers de réaménagement et de voirie. Chiffres à l’appui, plus de 150 entreprises ont disparu en moins de dix ans, tandis que le montant des importations de produits finis est passé de 382 millions d’euros en 2016 à plus de 440 millions en 2018. "Le granit français est d’excellente qualité, mais nous sommes concurrencés par les confrères espagnols et portugais, moins chers de 10 % à 15 %", commente Sylvain Laval, qui appelle à une prise de conscience des donneurs d’ordres publics.

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