«La commodité à suivre aujourd’hui, c’est le dollar», avance Philippe Chalmin de CyclOpe

L’institut CyclOpe publie, mardi 13 mai, son rapport annuel sur les matières premières. Dans une séquence bouleversée par les décisions erratiques du nouveau président américain, Donald Trump, l’économiste Philippe Chalmin, à la tête du groupe de réflexion, insiste sur le bouleversement du système économique mondial et la place qu’y tient toujours le billet vert.

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Lingots or
Les prix de l'or se sont envolés en 2024 et début 2025, sous l'effet conjugué des tensions géopolitiques et d'une perte de confiance progressive dans le dollar.

Jusqu’au dernier moment, Philippe Chalmin a dû reprendre des pages de son introduction. Il fallait, dans la mesure du possible, suivre les dernières décisions de Donald Trump et les péripéties des droits de douanes étasuniens, explique le codirecteur du cercle CyclOpe, qui insiste cette année sur l’impact du nouveau locataire de la Maison-Blanche sur les marchés des matières premières. Son rapport annuel, dont la 39ème édition paraît mardi 13 mai aux éditions Economica, est intitulé «le piétinement sourd des légions en marche». Dernier vers de La Trebbia poème du cubain José-Maria de Heredia faisant référence aux batailles d’Hannibal.

Bouleversement du système économique mondial

«La ligne saillante de 2025, la patte d’éléphant que nous mettons en couverture, c’est Trump. 2024 avait été une année assez calme sur les marchés des matières premières, où l’on a pu constater leur extraordinaire résilience en temps de guerre. Les céréales ont continué à sortir de la mer Noire tandis que les prix du pétrole restaient globalement stables et que les cours métaux, notamment pour batteries, déprimaient», retrace Philippe Chalmin à L’Usine Nouvelle. Une situation bouleversée par le nouveau président et sa guerre commerciale.

Certes, des «escarmouches» avec la Chine avaient déjà eu lieu sous Joe Biden, mais «tout à changé avec Donald Trump», avance l'expert, économiste et historien. Habitué aux analyses de temps long, il juge que la pandémie de covid-19, la guerre de la Russie en Ukraine et l’élection du Républicain signent une «période de rupture», similaire à la crise des années 1930, ou aux chocs pétroliers des années 1970.

«L’ordre économique issu de la Seconde Guerre mondiale est totalement remis en cause. C’était déjà le cas pour Bretton Woods [avec la fin de la convertbilité du dollar en or, en 1971], mais cela concerne tout le reste», juge-t-il, citant le non-respect généralisé des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ou la remise en cause des grands accords de libre-échange. «On retrouve une sorte de bilatéralisme qui revient, au fond, à une diplomatie de la canonnière», résume Philippe Chalmin.

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Cette politique se répercute sur les matières premières, avec une chute globale des prix quand les marchés s’inquiètent d’un ralentissement de l’activité économique mondiale due aux barrières douanières, régulièrement imposées ou décalées par Washington. Certains flux, notamment de gaz naturel liquéfié (GNL) ou de céréales et de soja, se modifient aussi alors que la Chine achète moins aux Etats-Unis.

«Paradoxalement, c'est le monde des métaux qui s’est retrouvé en première ligne. Trump continue la politique de Biden, mais en allant beaucoup plus loin. Il estime que le problème majeur sera l’accès aux ressources naturelles métalliques dans le cadre d’une transition énergétique (qu’il remet aussi en question). À mon avis, c’est une analyse relativement limitée : le problème n’est pas minier, mais métallurgique, car il faut pouvoir transformer les ressources naturelles. Une activité que l’Occident a pratiquement abandonnée à la Chine ces dernières années», commente Philippe Chalmin. La Chine profite allègrement de cette arme, et a récemment renforcé son arsenal de contrôle des exportations des métaux critiques en y intégrant sept terres rares lourdes, utilisées dans les véhicules électriques, la défense et les technologies de pointe…

L'or se renforce, le dollar est fragilisé 

Dans le lot, un métal tire son épingle du jeu : l’or. Alors que le lingot s’échangeait moins de 2000 dollars l’once en 2023, son prix est passé de 2600 dollars en début d’année à 3200 dollars à la mi-mai (après un pic proche des 3500 dollars le 22 avril)... «L’or ne sert à rien. C’est un placement qui ne rapporte rien, mais où les risques de pertes sont limités… C’est un indicateur presque parfait des malheurs du monde», lâche Philippe Chalmin, en référence au rôle de réserve sûre de valeur qu’a pris le métal jaune.

Pour bien comprendre l’explosion des cours de l’or, «la commodité à suivre aujourd’hui, c’est le dollar», ajoute l’économiste. Traditionnellement, le billet vert a un rôle à part dans le système monétaire, où il sert – via les obligations émises par la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) – de monnaie privilégiée pour les échanges internationaux, et de réserve de valeur pour les Banques centrales.  «Il y a une volonté globale de réduire la place du dollar» dans le système international, décrit Philippe Chalmin, en rappelant les déclarations à l’emporte-pièce de Donald Trump et de son équipe (dont celles de Stephan Miran, à la tête du comité des conseillers économiques du nouveau président)

Selon lui, la monnaie devrait rester l’étalon des échanges internationaux, faute de concurrent d’ampleur. Mais les banques centrales pourraient limiter leurs achats de bons du Trésor américain, quitte à réorganiser le système monétaire dans les années à venir. «C’est une question de confiance», explique Philippe Chalmin. Selon lui, la baisse du dollar reste mesurée en raison de la présence de Jérôme Powell à la tête de la Fed – l’homme continue de gérer l’institution avec indépendance – mais pourrait s’accélérer à la fin de son mandat, en mai 2026.

Une dynamique qui pourrait encore profiter à l’or. JP Morgan pronostique que le métal doré atteindra 3650 dollars l’once en moyenne en 2025, et 4000 dollars l’once mi-2026. Si les détenteurs d’actifs américains décidaient de vendre 0,5% de leur portefeuille au profit de l’or, l’once pourrait même atteindre 6000 dollars d'ici à la fin du mandat de Donald Trump, en 2029, a calculé la banque américaine. Un scénario «hypothétique», surtout sur un marché des matières premières dont la caractéristique principale devient l’instabilité.

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