La chloroquine, vedette de l'essai clinique de l'Inserm, autorisée pour traiter le Covid-19

[ACTUALISATION : Un arrêté publié au JO ce 26 mars autorise l'administration « sous la responsabilité d'un médecin aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile.»]

L'hydroxy-Chloroquine fait irruption dans le vaste essai clinique européen visant à évaluer l’efficacité et la sécurité de quatre traitements contre le Covid-19. Cet essai ouvert randomisé portera sur 3200 patients européens du Covid-19.

Image d'illustration de l'article
Particules du virus SARS-CoV-2 vues par microscopie électronique à transmission (image colorisée).

L’Europe se lance de façon coordonnée dans l’évaluation clinique de traitements contre le Covid-19. Après l'annonce le 22 mars dans un communiqué du démarrage d’un essai clinique européen baptisé Discovery, l'Inserm, qui en coordonne le volet français, en a précisé les contours ce 23 mars en fin d'après midi lors d'une conférence de presse.

L’efficacité et la sécurité de quatre traitements expérimentaux – classés comme prioritaires par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – vont être testés. 3200 patients européens hospitalisés pour une infection au Covid-19 - dont au moins 800 français - seront inclus dans cet essai ouvert randomisé. Le communiqué indique que « l’analyse et la sécurité du traitement sera évaluée 15 jours après l’inclusion de chaque patient. »

lopinavir, ritonavir et remdesivir et... hydroxy-chloroquine

Si cet essai autorisé le 9 mars incluait initialement les traitements lopinavir, ritonavir et remdesivir, il intègre désormais aussi l’hydroxy-chloroquine « à la demande de l’OMS et du gouvernement », a indiqué Bruno Lina, virologue et membre du conseil scientifique auprès du gouvernement, lors de la conférence de presse du 23 mars. Cette annonce arrive dans un climat de polémique autour de l’utilisation de cet antipaludique bien connu pour traiter le COVID-19.

L’hydroxy-chloroquine pourrait empêcher les modifications de pH nécessaires au virus pour fusionner son enveloppe avec celle de nos cellules et y pénétrer.%%/ARTICLELIE:1813787%%

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Ce traitement a été propulsé sur le devant de la scène par le professeur Didier Raoult, infectiologue à l’Institut Méditerranée Infection de Marseille. La publication de son article de recherche le 20 mars dans la revue International journal of antimicrobial agents, qui affirme démontrer l’efficacité de l’hydroxy-chloroquine contre le COVID-19 grâce à un essai clinique ouvert non randomisé sur un petit nombre de patients, a suscité de vives réactions dans le monde.

Des patients d'ores-et-déjà traités par Didier Raoult

En France, si le ministre de la Santé Olivier Veran avait d'abord appelé à la prudence, la pression est montée tout le week-end et au cours de la journée du 23 mars. Des figures de l'opposition comme Christian Estrosi et Bruno Retailleau ont notamment poussé à autoriser l'utilisation de l’hydroxy-chloroquine dans le contexte actuel de crise, tandis que des médecins prenaient la parole en ordre dispersé, les uns réclamant l'utilisation de ce médicament, les autres pointant le besoin de véritables essais cliniques.

Didier Raoult et son équipe ont quant à eux décidé de traiter d'ores-et-déjà les patients se présentant dans leur institut. Lundi 23 au soir, Olivier Véran a rapporté l'avis du Haut conseil de santé publique qu'il avait saisi : « Ne pas utiliser de chloroquine en l’absence de recommandation, à l’exception de formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance médicale stricte ». Le ministre a annoncé la parution imminente d'un arrêté pour rendre la chloroquine accessible aux équipes médicales hospitalières qui le souhaitent.

Reste que la méthodologie de l’étude de Didier Raoult est très critiquée. Deux chercheurs de l’Université d’Aix-Marseille font le point sur la chloroquine dans un commentaire récemment publié dans la revue Antiviral research : certaines données in vitro suggèrent qu’elle inhiberait la réplication du virus Sars-Cov-2, mais elle n’a pour le moment jamais démontré son efficacité dans le traitement de maladies virales. L'essai de l'Inserm permettra peut-être de trancher. De premières évaluations sont prévues d'ici 15 jours.

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