Les Etats-Unis font tout pour barrer à la Chine la route des technologies avancées de puces, comme celles des circuits logiques de 16 nanomètres et moins, des mémoires Dram de 18 nanomètres et moins ou encore des mémoires flash à 128 couches et plus. Mais dans les technologies matures, comme celles des microcontrôleurs, capteurs, Mems, circuits analogiques ou composants électroniques de puissance, ils lui laissent le champ totalement libre. La Chine en profite pour développer rapidement ses capacités de production, notamment dans les microcontrôleurs et les composants électroniques de puissance, deux familles de semi-conducteurs qui jouent des rôles-clés dans l’électrification de l’automobile et l’amélioration de l’efficacité énergétique de l’industrie.
Une étude du cabinet Rhodium Group pointe le risque pour les Etats-Unis, l’Europe ou encore le Japon de dépendre demain de la Chine dans les semi-conducteurs à technologies matures, comme ils dépendent aujourd’hui de Taïwan et la Corée du Sud dans les technologies de pointe. Avec des impacts importants, à la fois pour les industriels consommateurs, comme les constructeurs automobiles, mais aussi pour les fabricants américains, européens ou japonais de puces, qui ont fait des semi-conducteurs à technologies matures un positionnement stratégique.
Des marges importantes de croissance pour la Chine
«Les contrôles d’exportation annoncés par les Etats-Unis, le 7 octobre 2022, portent un coup dur aux ambitions de la Chine en matière de puces, mais il existe encore de nombreux types de semi-conducteurs qui ne dépendent pas ou même ne bénéficient pas de la miniaturisation de la gravure, écrivent les auteurs de l’étude. C'est vrai dans les semi-conducteurs de puissance, les puces analogiques et les microcontrôleurs, où la Chine a encore beaucoup de marge de croissance. Un large éventail d'applications, notamment les voitures, les dispositifs médicaux, l'Internet des objets, les drones, l'automatisation industrielle, la robotique et l'agriculture de précision, reposent principalement sur ces composants fabriqués avec des technologies matures où des fondeurs chinois comme SMIC ou Hua Hong renforcent rapidement leurs capacités de production.»
Les analystes de Rodium Group décomposent les technologies matures en deux groupes : celles de 20 à 45 nanomètres, utilisées pour les microcontrôleurs, et celles de 50 à 180 nanomètres, employées pour les composants électroniques de puissance, les capteurs ou encore les Mems. Dans les technologies de 20 à 45 nanomètres, la Chine se situe aujourd’hui à la deuxième place avec 27% des capacités mondiales de production, juste derrière Taïwan (33 %) mais son poids pourrait monter à 31% dans deux à cinq ans, contre 30% pour Taïwan.

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Forte dépendance des Etats-Unis
Dans les technologies de 50 à 180 nanomètres, la Chine occupe déjà la première place avec 33 % des capacités de production mondiale, et son poids pourrait grimper à 35 % dans cinq ans, devant l’Union européenne (16,5 %), le Japon (12,7 %), Taïwan (12 %) et les Etats-Unis (10 %). Dans cinq ans, elle dominerait aussi les services de fonderie de semi-conducteurs à 37 % dans les technologies de 20 à 45 nanomètres et à 46 % dans celles de 50 à 180 nanomètres. L’étude de Rhodium Group souligne la forte dépendance des Etats-Unis vis-à-vis des fonderies de puces en Asie en raison du modèle fabless (sans usine) d’un grand nombre de sociétés américaines de semi-conducteurs.
La percée de GigaDevice dans les microcontrôleurs illustre la poussée de la Chine dans cette famille de puces. Cette société s’est illustrée en proposant lors de la pénurie de puces des clones des microcontrôleurs STM32 de STMicroelectronics. En un an, elle aurait triplé son activité dans ces composants. Aujourd’hui, aucun acteur chinois ne figure dans le Top 10 mondial des fournisseurs de microcontrôleurs. «Mais si les fournisseurs chinois partent d'une faible part de marché, ils disposent de plusieurs avantages susceptibles de propulser leur croissance», estiment les analystes de Rhodium Group. Le premier réside dans la montée en puissance des entreprises chinoises d'électronique grand public, d'appareils électroménagers et de l'Internet des objets, telles que DJI, Haier ou Xiaomi, et le développement fulgurant de constructeurs automobiles locaux dans les véhicules électriques comme BYD, Geely ou Changan. Cela élargit le marché accessible pour les fournisseurs chinois de microcontrôleurs et composants électroniques de puissance. La peur de subir un jour un embargo américain pousse les équipementiers électroniques et constructeurs automobiles chinois à privilégier des composants locaux. Ils seraient suivis dans cette démarche par leurs concurrents étrangers dans le souci de rester compétitifs et de préserver leurs places sur le marché chinois.
Montée de la concurrence chinoise
Cette évolution s’annonce de mauvais augure pour les fabricants européens Infineon, STMicroelectronics, NXP, Bosch et autre AMS Osram. Ils détiennent aujourd’hui des positions de leaders mondiaux : Infineon dans les composants électroniques de puissance, STMicroelectronics dans les puces en carbure de silicium, NXP dans les microcontrôleurs, Bosch dans les capteurs, etc. Ils risquent non seulement de perdre des parts de marché en Chine au profit de fournisseurs locaux mais aussi de pâtir de la montée de la concurrence chinoise au niveau global.
L’étude de Rhodium Group rejoint dans ses conclusions celle de la banque d’affaires Bryan Garnier qui focalise son analyse sur Infineon et STMicroelectronics. Ses auteurs mettent le doigt sur le paradoxe des Chips Act aux Etats-Unis et en Europe qui accordent la priorité aux technologies avancées de puces dans le souci de réduire la dépendance dans ce domaine vis-à-vis de la Corée du Sud et surtout de Taïwan.



