La Chine crée un géant des terres rares pour consolider sa place de leader mondial

Aux mains de l'Etat, l'entreprise China Rare Earth Group doit permettre à la Chine de consolider sa position de premier producteur et transformateur mondial de terres rares. Une reprise en main entamée de longue date, alors que les pays occidentaux espèrent réduire leur dépendance à l'Empire du Milieu.

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LA CHINE DEVRAIT AUGMENTER SES IMPORTATIONS DE TERRES RARES
Avec la création du China Rare Earth Group, la Chine cherche à faire émerger un «champion national» de l’exploitation de terres rares.

L’annonce était attendue. Elle est désormais officielle. Les autorités chinoises ont annoncé par décret fin décembre la création du China Rare Earth Group, une nouvelle entreprise publique spécialisée dans les terres rares. Sous contrôle direct de l’Etat via la Sasac (31% du capital), cette entité est appelée à devenir le premier producteur mondial de terres rares lourdes. Elle aura pour ambition de «mieux répartir les ressources et de coordonner le développement sain du secteur national des terres rares», précise un communiqué publié sur le site Internet de la Sasac, agence publique chinoise chargée de superviser les actifs appartenant à l’État. Dans le détail, le China Rare Earth Group est issu de la fusion des actifs dans les terres rares de trois géants chinois (Minemetals, Chinalco et Ganzhou Rare Earth, qui se partageront 65% du capital) et de deux groupes de R&D et technologie, Grinm Group et le China Iron & Steel Research Institute Group (4% chacun).

Cette annonce intervient peu de temps après que deux autres acteurs majeurs du secteur, China Northern Rare Earth et China Rare Earth Holdings, ont annoncé un partenariat de coopération étroite. Concrètement, en consolidant sa filière, Pékin souhaite renforcer durablement sa position dans l'extraction et la transformation des terres rares, cet ensemble de 17 métaux que l'on retrouve notamment dans les smartphones, certaines éoliennes, la majorité des véhicules électriques mais aussi dans les équipements de la défense et du spatial. Bien que relativement bien répartis dans la croûte terrestre, ces métaux sont appelés terres rares rares surtout parce qu'ils apparaissent en faible concentration dans la nature et sont difficiles et coûteux à extraire d'un minerai généralement radioactif et à séparer.

Faire émerger un nouveau «champion national»

Comme dans d'autres filières, la Chine cherche à faire émerger un «champion national» de l’exploitation de terres rares, incontournable et compétitif sur la scène internationale. Le pays cherche également à renforcer sa capacité de fixation des prix, en hausse d'environ 40% ces deux dernières années, notamment grâce à l'essor du véhicule électrique. «Surtout depuis 2010, la Chine met de l’ordre dans sa production», relate un rapport du Sénat datant de 2016 intitulé «Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques». Ses auteurs rappellent que «dès 2003, la Chine a envisagé de restructurer son industrie de terres rares autour de deux grands pôles, au Sud et au Nord, afin notamment de mieux contrôler ses exportations mais aussi d'améliorer les conditions de production des terres rares en général». C'est désormais chose faite.

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Estimation de l'extraction minière de terres rares par région du monde en 2021. Source: Roskill - Wood Mackenzie. La Chine contrôle plus de la moitié de l'extraction.

La Chine domine de la tête et des épaules la production mondiale des terres rares, comme le dysprosium, mais aussi voire surtout leur transformation en aimants permanents. Et ce, depuis les années 1990, époque à laquelle le pays a réalisé des investissements publics massifs dans cette filière d'avenir. Si la domination de la Chine sur le marché international s'est affaiblie au cours des dernières années – sa part de la production mondiale est passée de 86% en 2014 à 58,3% l'an dernier, selon l'US Geological Survey–, elle reste néanmoins le pays détenant les réserves mondiales les plus importantes, devant le Vietnam et le Brésil. Et de loin le pays le plus actif dans le raffinage de ces métaux. Elle est aussi, de plus en plus, présente au capital des compagnies minières qui exploitent des gisements ailleurs dans le monde.

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Estimation de la répartition par région du monde du raffinage de terres rares en 2021. Source: Roskill - Wood Mackenzie. La Chine contrôle plus des 4/5e de la transformation.

Le «réveil» stratégique tardif des puissance occidentales

Le pays dirigé par Xi Jinping souhaite toutefois consolider sa domination de la chaîne d'approvisionnement mondiale des métaux, alors qu'à la suite de l'Australie, ce sont désormais les Etats-Unis qui relancent leur production. Côté européen, on assure avoir pris conscience de la mainmise de Pékin à la faveur de la pandémie et de nombreuses pénuries. Dans une tribune publiée ce matin dans Les Echos, Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l'Industrie, assurent qu’il va falloir innover, tout en restant vigilant pour ne pas «passer d'une dépendance à une autre», si l’Europe souhaite assurer son «autonomie stratégique» et relever le défi de l’approvisionnement en métaux critiques. Et de prévenir que pour assurer sa transition énergétique, «l'Union européenne aura besoin de 60 fois plus de lithium et 15 fois plus de cobalt en 2050 pour les batteries électriques et 10 fois plus de terres rares».

Selon une récente estimation de l’Alliance européenne des matières premières, 95% des aimants permanents importés par les pays membres de l'Union européenne viennent de Chine. Dans le cadre de sa stratégie industrielle et pour lutter contre «le niveau élevé de dépendance étrangère de l'UE à l'égard des intrants nécessaires à notre transition verte et numérique et à la résilience de notre continent», Thierry Breton devrait par ailleurs présenter au printemps un instrument d'urgence pour faire face aux fragilités du marché unique, selon nos confrères de Politico.

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