L'Usine Nouvelle. - Comment Solvay s’est organisé face au Covid ?
Ilham Kadri. - Cette crise unique a été un stress test pour nous tous. Nous avons œuvré sur trois axes : la sécurité de nos salariés, la protection de nos liquidités et enfin la continuité de l’activité. Le cœur des opérations s’est recentré au niveau local. Nos directeurs de Business Units implantés à l’étranger sont devenus les chefs d’orchestre de la lutte contre cette pandémie, car si cette crise est globale, elle a nécessité d’agir au niveau local pour nous permettre de rester agiles et réactifs. Nous avons beaucoup appris au début de cette crise de nos collaborateurs en Chine et en Corée du Sud et dès le mois de mars, nous avons diminué la densité de présence dans les bureaux et les usines, et protégé nos collaborateurs sur sites en les équipant de masques et de gels. Nous avons organisé le confinement en Europe et aux Etats-Unis bien avant que les autorités ne l’exigent.
En moins de deux semaines, nous avons mis 10 000 collaborateurs en télétravail, réservant ainsi les équipements de protection à nos centres de recherche et nos sites de production. Nous avons réinventé notre façon de travailler sans perturber la chaîne de valeur. Nos clients dans toutes les filières ont été livrés sans aucun retard. Nous avons également adapté les carnets de commandes pour pouvoir faire face à cette crise. Comme la chimie a été reconnue comme un secteur essentiel, aucune de nos unités de production n’a subi de fermeture.*

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7 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
Sans surprise, vos résultats sont en retrait...
Notre grande fierté est notre solide réserve de trésorerie. Sur les neuf premiers mois de 2020, elle a plus que doublé par rapport à 2019 et cela grâce à la bonne marche de notre programme de réduction des coûts qui a permis une économie de 260 millions d’euros dont la moitié est d’ordre structurel. Notre marge d’Ebitda a atteint 21,9 %. La leçon à tirer de cette crise, c’est la résilience et la qualité de nos activités. Le chiffre d’affaires a évidemment baissé de 14 % sur les neuf premiers mois mais on ne peut pas défier la gravité avec les fortes baisses de la demande dans le transport, l’aéronautique, l’automobile et le pétrole et gaz.
Quels ont été vos marchés les plus touchés ?
L’aéronautique surtout, avec la réduction significative de la construction d’avions. Les ventes de nos matériaux composites ont chuté de 42 % au troisième trimestre. Toutes les estimations font état d’une reprise lente avec un rebond en L. Les plus optimistes évoquent un retour du niveau du trafic aérien de 2019 en 2023, les plus pessimistes en 2025. Dans l’automobile, la dynamique a été très différente selon les marchés, par exemple nos matériaux pour véhicules électriques et batteries sont en croissance de plus de 25 %. Les constructeurs ont été contraints à des fermetures de sites, mais on constate que la dynamique a toutefois été très différente selon les productions. La filière pétrole et gaz n’allait déjà pas très bien avant la crise, notamment aux Etats-Unis où nous avons effectué des dépréciations d’actifs en novembre 2019. La crise a replongé ce secteur dans de grandes difficultés mais nous continuons à le gérer.
Et les secteurs les moins touchés ?
Parmi les secteurs les plus résilients, nous avons les produits pour la santé, les produits d’entretien et de soins pour lesquels les ventes ont progressé à un rythme soutenu. Nous avons réalisé des ventes records pour des solutions plus respectueuses de l’environnement. Et nous avons également lancé de nouveaux produits tels que Actizone, qui nettoie et protège les surfaces contre les virus et bactéries ou encore des produits textiles anti-bactérien, anti-Covid. Ces produits rencontrent beaucoup d’intérêt de la part de nos clients. Enfin, le dernier marché résilient est celui des composants électroniques.
Vous avez lancé le programme G.R.O.W fin 2019. Le plan de marche a-t-il été contrarié en 2020 ?
Absolument pas. Nous sommes restés très fidèles à notre stratégie qui vise à recentrer nos activités en trois familles, avec des mandats spécifiques afin d’augmenter l’efficacité opérationnelle du groupe. Le segment Matériaux (polymères et composites) vise la croissance, grâce à sa position de leader. Il a beaucoup souffert de la crise mais les prévisions à long terme sont bonnes notamment dans l’automobile, avec l’électrification et l’allègement. Nous avons amélioré notre présence dans les domaines des batteries électriques et hybrides. Notre priorité va à l’investissement dans l’innovation pour renforcer notre leadership dans les matériaux avancés. En 2019 nous avons mis en place des plates-formes de croissance pour les batteries et les thermoplastiques composites et nous venons de lancer une troisième plateforme pour l’hydrogène, autour de nos produits polymères spécifiques.
Notre segment Chemicals est constitué d’activités solides où nos technologies sont très bien positionnées géographiquement. Nous avons pu en dégager des marges intéressantes, malgré la crise et dans ce segment, nous nous concentrons sur la génération soutenue de liquidités et sur un investissement sélectif. Enfin, dans notre division Solutions nous visons l'amélioration des rendements et l’optimisation des retours sur investissement. Le stress test de la crise nous a confirmé la résilience de certains segments comme ceux des soins à la personne et la santé.
Où en est votre programme de réduction des coûts ?
Sur les neuf premiers mois de 2020, nous avons généré 260 millions d’euros d’économies dont la moitié sont structurelles. Dans notre stratégie G.R.O.W., nous nous étions fixés un objectif de 410 millions d’euros de réduction de coûts sur quatre ans, et nous avons déjà atteint 35 % de cet objectif en un an. Nous avons également enregistré six trimestres consécutifs de trésorerie positive. C’est le reflet d’un bilan de qualité. Nous avons désendetté le groupe mais aussi alloué des contributions volontaires à nos régimes de retraite et nous avons également réinvesti. Nous avions fortement réduit nos investissements pendant la première vague de la crise, mais grâce aux fondamentaux solides du groupe et à la bonne résistance de nos activités, nous avons ensuite relancé 60 millions d’euros d’investissements en Capex.



