Analyse

L'œuvre de Luca de Meo, un héritage encore difficile à juger chez Renault

Après cinq ans aux manettes de Renault, le dirigeant italien Luca de Meo va quitter la direction générale du groupe le 15 juillet. S’il a réussi à redresser les comptes de l’entreprise, le succès de ses récentes orientations stratégiques reste à confirmer.

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Renault dg Luca de Meo capital market day novembre 2022
Luca de Meo lors d'une journée investisseurs de Renault, en 2022.

Renault prenait l’eau de toutes parts quand Luca de Meo en a repris la barre en 2020. Cinq ans plus tard, le constructeur tricolore vogue vers un horizon plus radieux. Loin de la perte nette de 8 milliards d'euros enregistrée en 2020 et la coûteuse sortie de la Russie en 2022, le groupe est de retour dans le vert depuis 2023 avec des marges opérationnelles record. L’année 2025 s’annonce encore correcte sur le plan financier grâce au renouvellement d’une gamme attractive, avec des modèles comme les Scenic, R5 et 4L.

«Mon travail ici est fini»

Certes, cette bonne santé est en partie mise à mal par la conjoncture : un marché automobile européen en berne et des ventes de véhicules électriques pas à la hauteur des investissements massifs consentis ces dernières années dans l’ingénierie et l’outil productif. Mais structurellement, le groupe Renault (qui commercialise également les marques Dacia et Alpine) se porte mieux que jamais : les usines tournent, les 38000 salariés français sont mobilisés, les investisseurs ravis. C’est la grande réussite de Luca de Meo, débauché à l’époque chez Seat (groupe Volkswagen) pour redresser les comptes de l’entreprise et redonner l’espoir à une entreprise française emblématique.

«Mon travail ici est fini», estime désormais l’intéressé dans ses mots à l’adresse de ses salariés, qu’il quittera le 15 juillet pour rejoindre deux mois plus tard le géant du luxe Kering. Le dirigeant de 58 ans quitte cependant le navire alors que sa bataille n’est pas encore complètement gagnée. Il travaillait d’ailleurs à une nouvelle stratégie triennale, baptisée «Futurama». «Quand vous voyez l’offensive chinoise, ce qui se passe sur le plan géopolitique, la transition vers l’électrique… ce sont des enjeux importants !», lance Jean-François Nanda, délégué syndical central CFDT. Comme d’autres représentants syndicaux, il regrette le départ de son patron au moment où «Renault est presque à son apogée». «A-t-il préféré partir au bon moment ?», s’interroge Thomas Ouvrard, à la CGT.

Partenariats en pagaille

À l’instar des politiques publiques, la pertinence des choix stratégiques opérés par Luca de Meo ces dernières années devra être appréciée sur le long terme. Le charismatique italien a multiplié les grandes manœuvres capitalistiques. Il y a évidemment eu la refonte de l’Alliance avec l’historique partenaire Nissan, aujourd’hui sous bien des aspects davantage un client de Renault que son allié avec la disparition de synergies, notamment sur l’achat de composants communs.

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L’affaiblissement de cette relation s’est toutefois produit au profit d’un rapprochement avec un autre constructeur – le chinois Geely. Les liens se renforcent lentement, mais sûrement : une coopération en Corée du Sud et une autre en Amérique latine, mais surtout la mise en commun depuis juillet 2023 de leurs activités dans le moteur thermique au sein de Horse (dont Aramco détient 10% du capital). Cette collaboration porteuse de promesses de création de valeur avait à l’époque de sa réalisation fait du grabuge au sein des équipes d’ingénierie, soucieuses de voir le savoir-faire historique du groupe quitter la France.

Un autre pari de Luca de Meo concerne Flexis. Cette coentreprise créée avec le constructeur de camions Volvo et le logisticien CMA-CGM a pour objectif de donner naissance au véhicule utilitaire du futur, qui accueillera en 2026 la première génération de la «voiture-logicielle» en gestation au sein de l’entité Ampère, seconde jambe de la stratégie de Luca de Meo qui symbolise le virage de Renault vers l’électrique et la technologie.

Un chamboulement certes motivé par la transition énergétique, mais en partie contraint par les difficultés du groupe. En 2020, Renault devait se relancer et n’avait pas les moyens de ses ambitions. D’où son approche davantage horizontale que certains de ses concurrents. «Il vaut mieux détenir 30% d’un truc qui marche bien que 100% d’un truc qui marche mal, lance un analyste financier de la place de Paris. Avec une plus grande approche horizontale, on diminue le risque et le délai d’exécution.» A long terme se pose toutefois la question de la pertinence de partager systématiquement sa propriété intellectuelle avec des alliés parfois concurrents.

«Créer les bases pour les vingt prochaines années»

Enfin, il y a le pari d’offrir à Alpine une véritable gamme de sept véhicules pour en faire une marque sportive à la française au rayonnement international. Elle devra chasser sur les terres de Porsche et d’Audi, en surfant sur sa notoriété acquise grâce à sa présence en F1. Luca de Meo le sait : ce ne sera pas une promenade de santé. «Il faudra être patients avec nous, on ne crée pas une marque dans le premium en une génération», prévenait-il fin mai depuis Dieppe, à l’occasion de la première mondiale de l’A390. Il n’en verra pas le bout. En février, le dirigeant estimait que sa «responsabilité» était de «créer les bases pour les vingt prochaines années». Cinq auront-elles suffi ?

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