A l’arrêt depuis deux semaines, l’usine du constructeur automobile PSA de Poissy (Yvelines) va reprendre partiellement du service pour assembler des respirateurs pour le compte d’Air Liquide Medical Systems a-t-on appris de source syndicale après la réunion du comité social et économique de l’établissement, ce 31 mars. Une information confirmée et détaillée par le groupe PSA peu après, suite à l'annonce réalisée par Emmanuel Macron ce même jour concernant la mobilisation exceptionnelle de toute l'industrie française pour produire du matériel médical.
En réponse à cette sollicitation, les sociétés Air Liquide, groupe PSA, Schneider Electric et Valeo ont mis en place un groupe de travail d'une trentaine d’experts en achats et industrialisation visant à augmenter la production des respirateurs Air Liquide Medical Systems déjà référencés par de nombreux hôpitaux en France et à l’étranger.
Une réflexion entamée dix jours avant chez PSA
Pourquoi PSA? Le directeur industriel & supply chain du constructeur automobile français, Yann Vincent, raconte la réflexion entamée au sein de l'entreprise, dix jours plus tôt, pour répondre au crucial besoin de davantage de respirateurs dans les hôpitaux français. N'ayant pas d'expertise sur ces produits, il a pris contact avec le plus gros fabricant français, le groupe Air Liquide.
Après avoir visité le site de production de respirateurs de ce dernier à Antony (Hauts-de-Seine), les partenaires ont décidé que PSA pouvait prêter main forte sur la production du bloc métallique central du système - un point bloquant pour augmenter drastiquement les capacités de production d'Air Liquide, même s'il en fabrique déjà lui-même à Antony - en s'appuyant sur son expertise en mécanique.
Chez PSA, la mobilisation se fera donc en plusieurs étapes. Dans l'usine de Poissy, en cours de qualification par les équipes d'Air Liquide, seront fabriqués à partir de début avril les blocs métalliques. "Nous allons produire 8 500 parties de respirateurs avec une cinquantaine de salariés volontaires et dans un petit bâtiment de l’usine. La production devrait démarrer le plus tôt possible sans doute dès le lundi 6 avril et se terminer fin avril ou début mai", a indiqué Frédéric Lemayitch, délégué syndical CFTC PSA Poissy.
Une équipe de PSA basée exceptionnellement chez Air Liquide
Les pièces arriveront de l’usine d’Antony d’Air Liquide Medical Systems puis, après assemblage des blocs à Poissy, les éléments seront ensuite livrés à Air Liquide pour assemblage des ventilateurs et contrôles finaux à Antony. Afin d’apporter aussi un support humain à Air Liquide pour renforcer sa production, PSA va proposer à des salariés volontaires de son site de R&D de Vélizy de rejoindre l’usine d’Air Liquide à Antony, située à quelques kilomètres. Ces salariés volontaires feront partie d’une initiative, " La réserve PSA ". 4 500 respirateurs devraient ainsi être livrés entre le 15 avril et fin avril.
"Nous travaillons de jour mais si l’approvisionnement le permet nous pourrions travailler en deux équipes. Les salariés ont toujours dit qu’ils étaient prêts à se mobiliser pour une cause première et ils ont largement répondu à l’appel au volontariat. D’ailleurs, les volontaires ne percevront pas de surprime", a poursuivi Frédéric Lemayitch. Une petite formation est prévue car le travail d’assemblage de ces respirateurs est quelque peu différent de celui que pratiquent quotidiennement les ouvriers appelés à réaliser cette opération.
Quid de la réouverture des sites de PSA ?
PSA indique d'ailleurs qu'il ne réalisera aucune marge sur cette production exceptionnelle : Air Liquide lui fournira les pièces et ne le dédommagera que sur la partie salariale, tandis que les ventilateurs sont ensuite achetés à prix coûtant par l'Etat. Alors que le gouvernement britannique a également lancé un appel à l'aide aux industriels, Yann Vincent indique avoir demandé à son usine située en Grande-Bretagne de voir comment elle pourrait elle aussi prêter main forte localement. Et il n'exclut pas d'autres diversifications pour répondre à l'urgence sanitaire, notamment dans des visières translucides pour protéger les salariés, en utilisant l'impression 3D. "On regarde très proactivement ce qu'on pourrait faire", insiste Yann Vincent, "nous voulons aider notre pays".
PSA va-t-il en profiter pour réouvrir ses sites de production à travers l'Hexagone, à l'arrêt globalement depuis le 16 mars ? Des audits sont toujours en cours pour valider la mise en place de protocoles de sécurité contre le Covid-19, mais les syndicats freinent des quatre fers pour ne pas précipiter un redémarrage. Rien ne sera fait sans l'accord des représentants syndicaux, assure la direction du constructeur automobile.
Patrick Désavie, avec Gaëlle Fleitour



