L'Oréal a atteint la neutralité carbone en Chine

En quelques années, le groupe français est parvenu à la neutralité carbone pour l’ensemble de ses onze sites chinois, dont deux usines. 

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À Suzhou, 10?% des besoins en électricité du site sont pourvus par des panneaux solaires tandis qu’à Yichang, les chaudières au gaz naturel et au fioul ont été remplacées par des équipements électriques.

Le géant mondial de la beauté aurait dû présenter ses nouveaux engagements climat mi-avril. Face à la pandémie de Covid-19, cette feuille de route additionnelle ne devrait pas être dévoilée avant juin, au plus tôt. L’attente est d’autant plus grande que L’Oréal a déjà, depuis 2013, engagé des mesures fortes en matière d’efforts pour réduire son empreinte environnementale, et n’a cessé depuis de revoir ses ambitions à la hausse. Son programme initial Sharing beauty with all prévoyait d’atteindre cette année une réduction de 60 % de l’empreinte environnementale des usines et des centrales de distribution du groupe par rapport à 2005. En 2017, L’Oréal avait ajouté une cible de neutralité carbone en 2025 pour tous ses sites industriels, administratifs et de R & D.

Au-delà des déclarations d’intention, L’Oréal a déjà enregistré des résultats. Le groupe déclare avoir atteint dès 2018, par rapport aux niveaux de 2005, une réduction de 77 % des émissions de CO2 de l’ensemble de ses sites industriels sur la planète, et ce, tout en ayant augmenté de 38 % ses productions. "Les usines cosmétiques ne sont pas du tout des usines comme celles des verriers ou des sidérurgistes. Il s’agit de consommations énergétiques relativement faibles, ce qui est une raison de plus pour décarboner très vite", souligne Jean-Michel Pille, le directeur de l’environnement du groupe L’Oréal. À ce jour, quatorze des trente-neuf usines de l’entreprise dans le monde sont devenues neutres en carbone.

C’est le cas notamment des deux usines implantées en Chine. Là-bas, le groupe est d’ailleurs allé plus loin et déclare y avoir atteint dès 2019 la neutralité carbone pour l’ensemble de ses activités dans le pays. Cet accomplissement se mesure sur les scope 1 et 2, soit les émissions de procédés et de consommations d’énergie internes. Pas sur le scope 3, lequel englobe les autres émissions indirectes, liées aux achats de matières premières et le transport amont et aval pour les productions. Le scope 3 constituera d’ailleurs probablement l’un des grands volets de la prochaine feuille de route climat du groupe.

De l’électricité hydraulique…

En Chine, L’Oréal recense 12 000 salariés répartis sur onze sites à travers le territoire. Outre les sites administratifs, les implantations de R & D, et les centres de distribution, le chantier a surtout concerné les deux usines chinoises. Celle d’Yichang, 300 salariés, fabrique des produits de maquillage (marques L’Oréal Paris, Maybelline, Yue-Sai et Clarisonic), et celle de Suzhou, 500 employés, des produits de soins de la peau, des cheveux et des colorations (L’Oréal Paris, L’Oréal Professionnel, Matrix, et Yue-Sai). Le premier chantier visait la neutralité carbone de l’usine d’Yichang dès 2015. Avant de passer à l’usine de Suzhou, devenue zéro émission l’an passé. Les deux projets ont été traités de manière séparée et avec des temps de développement long, nécessaires au déploiement des bonnes solutions pour atteindre cet objectif. La séparation des projets tient aussi à "l’importance de trouver des solutions localement, adaptées à l’environnement propre, pour le scope 1 comme pour le scope 2", commente Jean-Michel Pille.

Pour l’usine d’Yichang, le projet s’est appuyé sur la disponibilité en électricité hydraulique grâce à une implantation à moins d’une trentaine de kilomètres du gigantesque barrage des Trois Gorges, sur le fleuve Yangtse. "Nous avons négocié avec le gouvernement local pour pouvoir nous approvisionner depuis le barrage, explique Jean-Michel Pille. Une fois l’accord obtenu, nous avons adapté les équipements et notre programme d’efficacité énergétique à cette source. Dans cette usine nous utilisions par exemple des chaudières au gaz naturel et au fioul que l’on a supprimées et remplacées par des équipements électriques". Même les installations de la cantine ont été revues, avec un remplacement intégral des équipements de cuisson, passés depuis à l’électrique, un choix "compliqué à faire accepter socialement car la cuisine traditionnelle chinoise est basée sur une large utilisation du gaz", souligne Jean-Michel Pille.

… au photovoltaïque et à l’éolien

La situation s’est avérée plus compliquée pour l’usine de Suzhou, en l’absence de la disponibilité d’une unique source d’alimentation énergétique renouvelable et durable à proximité du site. Les équipes chinoises ont d’abord installé des panneaux photovoltaïques, pourvoyant 10 % des besoins en électricité du site. Le complément a été trouvé via un accord avec un producteur local d’énergie éolienne. En parallèle, pour les besoins en chaleur et vapeur de l’usine, L’Oréal a rejoint un projet local de biométhaniseur, alimenté par des déchets de cantine de tout le parc industriel autour de l’usine. Ce qui a permis de substituer les chaudières du site. Cette dernière phase du projet a nécessité environ trois ans de mise en œuvre et s’est achevée l’an passé.

Pour le reste des sites administratifs et le centre de R & D implanté à Shanghai, le groupe a trouvé en 2019 un accord avec Engie pour une alimentation en électricité photovoltaïque, essentiellement, via des certificats d’énergie renouvelable. Enfin, pour le centre de distribution situé à Suzhou, adjacent à l’usine, les besoins électriques sont désormais satisfaits par la couverture de la toiture en panneaux photovoltaïques.

La réduction des déchets dans le viseur

Le programme de développement durable de L’Oréal comprend aussi un volet de réduction des déchets, avec comme objectif de diminuer de 60 % ceux générés par les usines et les centrales de distribution à échéance 2020. Les deux usines chinoises sont ainsi mobilisées sur cette thématique. Entre 2016 et 2018, celle de Suzhou a réduit de 21 % la génération de déchets par produit fini, via la réduction des pertes dans les cuves de fabrication et l’optimisation des emballages de transport. Rien que pour 2018, l’usine aurait ainsi réduit de 47 % ses pertes de production et évité 300 tonnes de pertes de matières premières. Depuis 2017, un programme a également été lancé sur le site d’Yichang, avec l’objectif de diminuer de 50 % les pertes liées aux processus de fabrication. De multiples actions pour la production ont été lancées, comme remplacer les cartons jetables par des contenants réutilisables pour les emballages de transport, ou réduire les pertes de jus et les articles de conditionnement au cours de la production.

 

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