L’Opep+ engage sa plus forte baisse de quotas de production en deux ans

Les pays exportateurs de pétrole réunis au sein de l'Opep+ ont décidé de réduire de 2 millions de barils par jour leur production en novembre. De quoi faire rebondir les prix.

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Puit de pétrole au Texas
Les treize membres de l'Opep et leurs alliés ont décidé de baisser de 2 millions de barils par jour leurs quotas de production, cristallisant les tensions avec Washington.

L’Opep+ frappe un grand coup. Pour leur première réunion au siège du cartel à Vienne (Autriche) depuis la pandémie, les treize pays exportateurs de pétrole et leurs alliés de l’Opep+, emmenés par la Russie, ont décidé mercredi 5 octobre une baisse de deux millions de barils par jour de leurs quotas de production en novembre. Il s’agit de la plus forte réduction depuis le début de la pandémie du Covid. En septembre, le groupement et ses alliés avaient déjà procédé à une première baisse de production de 100 000 barils par jour, mais sans commune mesure avec la coupe prévue pour le mois prochain.

Bras de fer entre Washington et l'Opep

Depuis le début de la crise en Ukraine, l’Arabie saoudite et l’Opep cherchaient à préserver un équilibre en maintenant leur alliance avec la Russie, sans s’aliéner les pays occidentaux. La décision sonne cette fois comme un violent camouflet pour les Etats-Unis. Ces derniers mois, Washington n’a pas ménagé pas ses efforts pour convaincre les monarchies du golfe d’augmenter leur production. Cet été, Joe Biden a effectué une visite controversée à Riyad, sans grand succès. Ces derniers jours, les Etats-Unis ont encore intensifié leurs efforts diplomatiques, Alors qu’une nouvelle hausse des prix des carburants à un mois des élections de mi-mandat pourrait être dévastateur pour les Démocrates, Joe Biden a fustigé «une décision à courte vue» du cartel. Il a annoncé la vente de 10 millions de barils de leurs réserves stratégiques, dans une dernière tentative pour peser sur les prix.

Washington accuse l’Opep de s’être alignée sur la Russie. De son côté, l’Arabie saoudite rappelle qu’elle tient avant tout à la stabilité des prix à des niveaux élevés. Le royaume estime que les menaces de ralentissement économique risquent de faire chuter la demande de pétrole dans les mois à venir. En poussant les prix mondiaux, il renfloue aussi les caisses de la Russie, qui vend son brut à prix cassé.

Un impact encore limité sur les prix

Un autre événement a pu peser sur l’ampleur du geste de l’Opep+: le cartel voit d’un mauvais œil l’instauration du plafond sur les prix du pétrole russe, poussé par le G7. L’alliance informelle, qui représente plus de 60% de la production mondiale, craint que le dispositif n’aboutisse à une baisse généralisée des prix sur le marché, au-delà du pétrole russe, et s’inquiète de toute tentative d’alliance des pays consommateurs. Des prix du pétrole plus élevés pourraient décourager l’Inde et la Chine de rejoindre le dispositif, la Russie menaçant d’arrêter ses livraisons à tous les pays respectant un plafond des prix.

Pour l’instant, la décision de l’Opep+ a eu l’effet escompté: redescendu à un niveau proche des 80 dollars fin septembre, le cours du Brent est remonté autour des 90 dollars et a dépassé 93 dollars après la réunion de Vienne. Les prix restent cependant encore loin de leur niveau de fin juin, proche des 120 dollars. Mais les effets pourraient être au final limités à court terme. Faute d’investissements suffisants depuis deux ans, près de la moitié des pays de l’Opep+ n’arrivent pas à remplir leurs quotas. «Le cartel accuse déjà un retard de production de 3 millions de barils par rapport au plafond fixé», remarque Jorge Leon, le vice-président du cabinet Rystad. Au final, la baisse de la production annoncée par l'alliance des pays producteurs de pétrole serait plus proche du million de barils par jour retiré du marché. De quoi maintenir les prix autour de 100 dollars selon Rystad. Goldman Sachs le voit proche de 110 dollars d’ici à fin 2022.

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