Pourquoi l’Opep+ ne va pomper qu’un (tout) petit peu plus de pétrole en septembre

A l’issue d’une réunion ministérielle virtuelle le 3 août, l’Opep+ a pris la décision d’ajouter quelque 100 000 barils de pétrole par jour sur le marché au mois de septembre. L’annonce est un revers pour le président américain Joe Biden, qui a tenté d'obtenir de l’Arabie Saoudite une hausse de la production.

Réservé aux abonnés
Solvay plateforme pétrole
L'Opep+ a consenti une modeste hausse du niveau de production de pétrole en septembre.

Très attendue, la décision de l’Opep+, l'alliance entre l'Organisation des treize pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses dix alliés, rendue publique ce 3 août, n'a pas fini de faire parler. En raison de «la dynamique et de l'évolution rapide des fondamentaux du marché pétrolier», les vingt-trois membres du cartel réunis virtuellement ont décidé, comme pressenti, une modeste hausse du niveau de production de pétrole en septembre. Quelque 100 000 barils par jour (b/j) seulement, alors que l’ajout au marché pour les mois de juillet et août est annoncé à 648 000 b/j.

«Une décision logique, analyse Jean-Pierre Favennec, consultant et professeur à l’IFP School, dans la mesure où le marché est très demandeur de pétrole, les pays exportateurs n’ont pas intérêt à produire plus». Pomper davantage de pétrole soulagerait en effet un marché tendu mais ferait mécaniquement baisser des prix élevés, auxquels les producteurs se sont habitués.

La Russie, qui doit continuer de financer sa guerre en Ukraine, se frotte les mains. Mais l’annonce ne doit pas satisfaire le président des Etats-Unis, Joe Biden, bien en peine pour lutter contre les prix élevés de l’essence à la pompe. Alors que la grogne de la population américaine persiste et que les élections de mi-mandat approchent, Joe Biden s’était rendu début juillet à Jeddah, en Arabie Saoudite, pour convaincre le royaume de produire davantage. Aujourd’hui, les analystes assurent que l’alliance a ignoré son appel.

«De graves perturbations de l'approvisionnement»

Le marché du pétrole devrait rester tendu en 2022. A la veille de cette réunion ministérielle, le comité technique conjoint (JTC) de l'alliance avait d’ailleurs annoncé réduire de 200 000 barils par jour sa prévision d'un excédent sur le marché du pétrole cette année. «La réunion a noté que la disponibilité très limitée de la capacité excédentaire nécessite de l'utiliser avec une grande prudence en réponse à de graves perturbations de l'approvisionnement», a confirmé le communiqué de presse diffusé le 3 août à l’issue de la réunion ministérielle.

En réalité, derrière le chiffre de 100 000 barils supplémentaires par jour, la réalité est que plusieurs pays éprouvent des difficultés à accroître leur production depuis plusieurs mois (abstraction faite du Venezuela et de l’Iran, tous deux frappés de sanctions). L’Opep+ n’en fait pas mystère. Cela est notamment dû au «sous-investissement chronique dans le secteur pétrolier [qui] a réduit les capacités excédentaires tout au long de la chaîne de valeur».

Une augmentation réelle estimée de 34 000 barils par jour

Parmi les pays aux capacités limitées, il y a le Nigeria, pays instable régulièrement en proie à des vols de barils. Mais également la Libye, un pays qui est un «facteur extrêmement important» à prendre en compte, explique Jean-Pierre Favennec. Le pays est capable de produire beaucoup, mais est en proie à l’instabilité politique depuis une décennie. Si officiellement les cadences de production dans le pays sont reparties à la hausse début août pour atteindre 1,2 million de barils par jour, un blocus a considérablement paralysé l'économie libyenne de mi-avril à mi-juillet, si bien que la production était tombée à environ 400 000 barils par jour ces derniers mois.

Dans ces conditions, si «l’augmentation des quotas est répartie au prorata entre les 23 pays», comme l’ont assuré des membres de l’alliance à l’entreprise spécialisée dans l'information et l'analyse financière S&P Global, «dans la pratique, chaque membre de l'alliance étant incapable d'augmenter durablement sa production, à l'exception de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, l'augmentation réelle de l'offre sera beaucoup plus faible». C’est pourquoi S&P Global calcule que cette décision se traduira par une augmentation de 34 000 b/j (environ 26 000 b/j pour l'Arabie saoudite et 8 000 b/j pour les EAU). En attendant la prochaine réunion ministérielle de l’Opep+, fixée au lundi 5 septembre.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs