L’investissement des entreprises se maintient envers et contre tout

L’investissement des entreprises a résisté mieux que prévu en 2020. Pour 2021, les industriels anticipent un rebond de 10 % de leurs investissements.

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Mécanique de précision chez Redex, à Ferrières-en-Gâtinais
Les chefs d'entreprises des biens d'équipement et de l'agroalimentaire sont les plus optimistes sur leurs investissements.

C’est l’une des bonnes nouvelles surprises de la crise du Covid. Malgré le second confinement, l’investissement des entreprises a continué à progresser au dernier trimestre 2020. Sur les trois derniers mois de l’année, les dépenses ont augmenté de 2,3 % selon les comptes nationaux. Au final, l’investissement a bien mieux résisté à la crise que prévu.

Il a reculé de près de 10 % en 2020, pratiquement au même rythme que la baisse du PIB, arrêtée à 8,3 %. Lors des crises précédentes, l’investissement avait tendance à amplifier les mouvements du PIB, en chutant près de 2,5 fois plus selon l’Insee. Car faute de visibilité, les entreprises surréagissent lorsque l’activité recule en reportant leurs projets. A l’inverse, en phase de reprise, l’investissement repart en général plus vite que l’activité.

Besoins de numérisation, de modernisation...

Rien de tout cela cette fois. Cette résilience a surpris les économistes. "Les soutiens massifs en trésorerie et l’environnement de taux bas ont permis aux entreprises de ne pas remettre en cause les projets déjà programmés", estime Emmanuel Jessua, le directeur des études de l'institut Rexecode. Une partie des dépenses d’investissement a été tirée par les besoins de s’équiper pour s’adapter aux nouvelles contraintes de production créées par la crise sanitaire. "L’investissement a surpris par son dynamisme, notamment avec beaucoup de dépenses dans les services informatiques", pointe Julien Pouget, chef économiste de l’Insee.

Dans les usines, la crise a accéléré les besoins de numérisation. "Les entreprises se sont équipées en robotisation, en télémaintenance, en aménagement du poste de travail. C’était une obligation, si vous n’aviez pas ces équipements, vous ne pouviez pas produire", souligne Bruno Grandjean, le président du directoire de Redex, à la tête de l’alliance pour l’industrie du futur. A cela s’ajoute depuis septembre 2020 les mesures de soutien à la modernisation de l’industrie du plan de relance. Lancée en octobre, la subvention pour l’industrie du futur, qui permettait de financer de 10 à 40 % des dépenses dans certains équipements 4.0 des entreprises a été arrêtée le 21 décembre – au lieu du 31 décembre initialement prévu – après avoir consommé toute l’enveloppe prévue. Un groupe de travail s’est constitué à Bercy pour réfléchir à une nouvelle formule.

Reste à savoir si cette bonne tenue de l’investissement va se maintenir dans les mois à venir. Interrogés par l’Insee, les chefs d’entreprises industriels anticipent un rebond de 10 % de leurs dépenses d’investissement pour 2021. Des chiffres à prendre avec précaution car ils sont fréquemment révisés en cours d’année. "La crise est de nature particulière. Avec la vaccination, les entreprises anticipent un retour à la normale d’ici un ou deux ans. Or c’est l’horizon pris en compte" avance Emmanuel Jessua. Les prévisions d’investissement reflètent aussi l’impact très hétérogène de la crise selon les secteurs industriels. Dans les biens d’équipement, les industriels anticipent un redémarrage sur les chapeaux de roues de leurs investissements (+25 % prévus après -9 % en 2020). Les perspectives sont aussi bonnes pour l’industrie agroalimentaire, dont l’activité a peu souffert des confinements. Dans les industries de matériels de transport (automobile et aéronautique principalement), les dépenses ne devraient progresser que de 3 % en 2021, après une chute de près de 23 % en 2020.

La dette des entreprises, frein à l'investissement

Mais certains doutent de la capacité des entreprises à tenir le rythme. "La visibilité sur les carnets de commande est quasi nulle", pointe Olivier Dario, le directeur général du Symop, qui regroupe les fabricants de machines. L’endettement des entreprises risque de peser sur leurs capacités d’investissement. En 2020, les entreprises françaises ont augmenté de 140 milliards d’euros leur niveau d’endettement.

"Même si les échéances du PGE ont été étalées, il faudra bien les rembourser. Passé l’urgence, les investissements dont les retours sont plus longs ne seront pas réalisés car les entreprises n’en ont plus les moyens", s’alarme Bruno Grandean, qui regrette que "les dispositifs de renforcement des fonds propres ne soient toujours pas là". De quoi freiner durablement les investissements de l’industrie français et sa remise à niveau. Les besoins sont là pourtant. "La transition écologique va rendre plus rapidement obsolètes certains équipements de production ", pointe Emmanuel Jessua.

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