« L’intégrité scientifique n’est plus un sujet tabou. On en discute et on la promeut », assure Françoise Simon-Plas, directrice de recherche à l'Inrae

L'ouvrage collectif Une recherche responsable explore le concept d’intégrité scientifique, indispensable à toute production et diffusion de connaissances. Il en rappelle les grands principes et fournit des pistes pour prévenir tout manquement.

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Françoise Simon-Plas est directrice de recherche, déléguée à la déontologie, à l’intégrité scientifique et à l’éthique à l’Inrae.

Pourquoi un tel livre aujourd’hui ?

Dans un temps très court, depuis 2016 et le rapport de Pierre Corvol, le président de l’Académie des sciences pour 2019-2020, sur l’intégrité scientifique, il s’est passé beaucoup de choses sur ce sujet : la création de l’Office français de l’intégrité scientifique, la formation systématique des doctorants, l’installation de référents, les chartes... Un chemin important a été parcouru très rapidement par l’ensemble de l’écosystème, dans une belle harmonie entre institutions. Il nous a paru utile de dresser un bilan, avec une double perspective – celle du chercheur et celle de l’institution – en français et accessible à tous.

Comment le regard des chercheurs sur l’intégrité scientifique a-t-il évolué ces dernières années ?

L’intégrité scientifique est indispensable à la science. Sans elle, il n’y a pas de démarche scientifique valide. Du côté des chercheurs, le sentiment était donc que cette intégrité était généralement respectée, de façon implicite. On n’en parlait pas, sauf en cas de manquement. Or ces derniers ont pu être très médiatisés, comme en 2015 avec une affaire dans la biologie française. Ce traitement médiatique a secoué l’écosystème de la recherche, qui a voulu s’emparer positivement du sujet. Il y a eu un changement de paradigme vertueux : de tabou, l’intégrité scientifique est devenue un sujet en soi, dont on discute, que l’on promeut et à laquelle on veille activement.

Cette explicitation de la question de l’intégrité scientifique est aussi tournée vers la société...

Face aux flux d’informations, il est important de savoir distinguer les connaissances scientifiques des avis ou opinions.

La place centrale prise par la science dans la société s’accompagne naturellement d’une demande de responsabilité de la recherche. À nous de donner des gages ! Expliquer comment l’on traite la question de l’intégrité scientifique est essentiel pour entretenir la confiance de la société. Cela relève du nécessaire partage de ce qui fait la spécificité de la démarche scientifique et qui permet d’établir des connaissances attestées et robustes, aptes à être intégrées dans un processus de décision ou d’innovation. Plus largement, dans le flux d’informations auxquelles chacun est aujourd’hui exposé, il est important de savoir distinguer les connaissances scientifiques des avis ou opinions qui ne possèdent pas les mêmes fondements.

Quelles sont les forces qui peuvent pousser des chercheurs vers ces « petits arrangements » qui forment l’essentiel des manquements à l’intégrité ?

Les facteurs sont bien connus. Le volume de publications étant devenu un indicateur clé de l’évaluation des chercheurs, il y a eu une course à la publication qui a pu pousser à prendre des raccourcis. De même, les financements de plus en plus contractualisés, avec des livrables à produire à des échéances fixes ont pu inciter à ne pas prendre toutes les précautions nécessaires. Mais on peut être optimiste : toutes les composantes de l’écosystème se sont alignées. Les agences de financement, comme l’Agence nationale de la recherche et nombre d’institutions, prennent ainsi désormais en compte l’intégrité scientifique dans leurs évaluations. Les référents à l’intégrité scientifique des différents établissements se sont organisés en réseau pour harmoniser règles et démarches, des processus pour instruire les allégations de manquement ont été mis en place. Tout le monde a bougé en France. Et pas seulement en France : il y a une dynamique européenne très forte sur le sujet. 

Image d'illustration de l'articleEditions Quae
Livre Une recherche responsable Livre Une recherche responsable (Marianne Alunno-Bruscia, Christian Duquennoi, Philippe Goulletquer, Estelle Jaligot, Antoine Kremer, Françoise Simon-Plas)

Une recherche responsable. L’Intégrité scientifique, M. Alunno-Bruscia, C. Duquennoi, P. Goulletquer, E. Jaligot, A. Kremer, F. Simon-Plas, Éditions Quae, 2023.

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