La réindustrialisation française passe aussi par le silicium. Depuis 20 ans, SilMach (1,2 million d’euros de chiffre d’affaires en 2022) conçoit, développe, fabrique et intègre des microsystèmes électromécaniques (MEMS), destinés à la mécanique et la motorisation de micromachines. Installée à Besançon (Doubs), la société d’une trentaine de salariés a développé un cœur silicium pour le monde de la microélectronique, notamment dans les objets connectés ou les systèmes embarqués, en cherchant à intégrer un maximum de fonctions dans un minimum de place.
«Nous avons mélangé la technologie MEMS à des méthodes de l’horlogerie, en profitant de notre ancrage territorial», précise Pierre-François Louvigné, directeur général de SilMach. Avec sa solution, qui bénéficiera d'une première ligne de production en 2024, l’entreprise souhaite répondre à une diversité d’applications, de l’horlogerie à l’automobile en passant par l’univers médical ou spatial.
Des avantages concurrentiels
Le cœur silicium imaginé par SilMach présente quatre avantages majeurs selon l'entreprise. Le premier repose sur sa taille, inférieure au centimètre carré, avec une épaisseur de l’ordre du millimètre. «Deux fois plus petit que le plus petit micromoteur disponible sur le marché», vante le dirigeant. Le deuxième avantage réside dans sa faible consommation électrique : 25% plus économe que les modèles existants.
Pierre-François Louvigné met aussi en avant une meilleure facilité d'intégration. «Les montres connectées sont fabriquées en Asie, afin de profiter du faible coût de main-d’œuvre pour visser les micromoteurs sur la carte électronique, rappelle-t-il. Notre technologie s’intègre aux cartes nécessaires à la micro-électronique, notamment pour les montres connectées. Notre cœur silicium est pensé comme un composant électronique, il est soudé directement par une machine sur la carte et évite une manipulation manuelle.»
Dernier atout mis en avant par SilMach pour vanter les mérites de sa technologie : son amagnétisme, insensibilité totale aux champs magnétiques. «Le micromoteur Lavet, fait à partir de bobines de cuivre sensibles aux champs magnétiques et électromagnétiques, date de 1940, détaille le directeur. Une montre ainsi équipée connaît des perturbations à proximité d’un aimant. Pour éviter ce problème, il faut incorporer un blindage autour du moteur, ce qui est inutile avec le cœur silicium. Avec ses avantages, le cœur silicium devient économiquement concurrentiel tout en participant de la réindustrialisation en France.»
Une ligne pour produire plus
Pour concevoir son cœur silicium, SilMach a investi cinq millions d’euros dans une première ligne d’assemblage de ses moteurs. «Un micromoteur comporte cinq pièces, dont deux en silicium, le cœur et la roue, auxquelles s’ajoutent un axe horloger, la boîte et le capot en plastique micro-injecté de haute précision pour le cœur silicium.», précise Pierre-François Louvigné. Lui et son équipe ont développé les techniques d’assemblage, de tests et de fiabilisation du processus. A l’issue des étapes de présérie, la ligne, opérationnelle en 2024, sera capable de fabriquer et commercialiser 300 000 moteurs par an.
Confiant dans sa technologie, SilMach prévoit d’engager 500 000 euros pour s’agrandir au cours de l’été afin de s’équiper de sa propre salle blanche. En partenariat avec le fabricant de montres Tymex, la PME devrait investir plusieurs millions d’euros en 2025 dans une ligne de production inspirée de la ligne pilote. D’ici là, elle prévoit de faire la preuve de sa technologie et de bouleverser le monde de l’horlogerie avec une nouvelle annonce courant juin.



