Synsys, la prothèse imaginée par le fabriquant français de prothèses Proteor, est très différente des modèles existants : elle se compose d’une pièce unique pour remplacer le genou, la cheville et le pied amputés. «Les solutions standards consistent en un assemblage de trois éléments distincts reliés par des connectiques. Elles posent le problème d’une certaine rigidité au niveau de la cheville, un inconfort comparable à la sensation d’une botte de ski», vulgarise Nicolas Piponniau, orthopédiste et directeur du réseau Proteor France. Pour résoudre le problème et amener la pointe de pied à remonter à chaque flexion du genou, l’entreprise, qui possède deux sites à Seurre et à Saint-Apollinaire (Côte d'Or), a conçu un système dans son entier.
Cette unité mécatronique avec ses deux tiges de piston, réalise une liaison mécanique et hydraulique entre le genou et la cheville rendant possibles les mouvements de triple flexion en lien avec la hanche et les mouvements de squat afin de ramasser un objet au sol. «Nous apportons 42 degrés d’amplitude à la cheville et pouvons générer une hauteur de talon en fonction des chaussures», complète Nicolas Piponniau.
Proteor Machine 5 axes, pour fabriquer les pièces et composants des prothèses.©Proteor
De la recherche à la commercialisation
En complément, Synsys intègre une centrale inertielle, un capteur d’angle et un capteur de moment de flexion de la cheville pour mesurer l’effort à l’avant du pied. «La prothèse va s’adapter en fonction des signaux grâce à notre algorithme qui va réagir, au moment même, pour freiner le mouvement ou au contraire, entrer en phase pendulaire», détaille Nicolas Piponniau. L’utilisateur peut choisir entre deux modes en fonction de l’activité prévue : sécuriser la rigidité du genou pour par exemple grimper à l’échelle ou opter pour la souplesse nécessaire à la pratique du vélo. Proteor a également mis au point plusieurs logiciels, l’un destiné aux orthoprothésistes pour les réglages de pointe ; l’autre au patient qui, grâce au Bluetooth, dispose également d’une légère latitude.
Proteor Composant proximal et/ou distal de genoux ou de pied fabriqué par la machine 5 axes. ©Proteor
Pour arriver à ce résultat, l’entreprise de 1000 salariés, a engagé plusieurs millions d’euros avec le soutien de l’Agence de l’innovation de défense et bénéficié des compétences du Centre d'études et de recherche sur l'appareillage des handicapés (Cerah). Dans le cadre de Synsys, Proteor (130 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022) a déposé deux brevets. Outre le système en lui-même, l’entreprise a breveté la gestion d’énergie associée, capable d’apporter plus d’une semaine d’autonomie contre deux jours en moyenne pour l’offre actuelle.
Proteor Machine de production des esthétiques de pied. ©Proteor
Fabriqué à Seurre, le produit de 3,2 kilos a demandé l’acquisition d’une machine de contrôle, la mise en place d'un atelier d’assemblage final et des aménagements spécifiques à la mécatronique. «La majeure partie du travail repose sur une ligne manuelle», insiste le responsable. L'entreprise compte commercialiser, à terme, 500 et 1 000 prothèses Synsys par an. Elle vise en priorité la France, l’Allemagne et les Etats-Unis, «premier marché mondial de la prothèse», lorgne Nicolas Piponniau. Reste que s'attaquer à un tel marché pose un défi de taille. «Il faut avoir les moyens pour acquérir ce type de prothèse avec un système d’assurance capable de prendre en charge le coût», précise-t-il. Car à plus de 80 000 euros pièce, la prothèse ne sera pas à portée de toutes les bourses.



