[L'instant tech] Comment NanoXplore conçoit des puces électroniques adaptées au spatial

A cheval entre Paris et Montpellier, NanoXplore développe des composants reprogrammables à forte capacité de traitement, résistants à l’environnement radiatif spatial.

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 Satellite INSPIRE Thales Alenia Space
Thales Alenia Space a choisi d’utiliser les composants conçus par NanoXplore à bord de ses satellites Space Inspire reconfigurables en orbite.

La souveraineté numérique européenne se joue également dans l’espace, à bord des satellites. Le Centre national d'études spatiales (CNES) et l’Agence spatiale européenne (ESA) l’ont bien compris. Dès 2014, les deux organismes décidaient de donner sa chance à NanoXplore, une jeune société innovante spécialisée dans la conception de microprocesseurs reprogrammables  à forte capacité de traitement, appelés FPGA (pour "field programmable gate arrays"). Moins de 10 ans plus tard, cette société basée à Paris et Montpellier (Hérault) sort ses premiers composants destinés à équiper les équipements critiques des satellites, comme leur ordinateur de bord.

Des liens forts avec Thales et Airbus

Premier succès significatif : NanoXplore a décroché début juin un contrat majeur auprès de Thales Alenia Space pour équiper ses satellites de télécommunications de dernière génération, la gamme reconfigurable Inspire, déjà sélectionnée par de nombreux opérateurs satellitaires. NanoXplore travaillait déjà avec la société Airbus Defence & Space, autre fabricant européen majeur de satellites. Jusqu’ici, ces deux groupes s’appuyaient essentiellement sur des fournisseurs américains, AMD et Microchip, pour leurs composants électroniques critiques. Une situation potentiellement problématique au regard de la réglementation américaine ITAR, qui octroie aux Etats-Unis un droit de véto sur l’exportation de tout système dit sensible dès lors qu’il embarque une technologie développée sur le sol américain.

Comment NanoXplore, société créée en 2010 et d’environ 90 personnes, sans expertise dans le secteur spatial à l’origine et dépourvue de moyens de fabrication, a réussi ce pari ? Elle a pu avant tout s’appuyer sur le capital de matière grise de ses collaborateurs, des vétérans de l’industrie informatique cumulant plusieurs décennies d’expertise dans la conception de cœur de FPGA. NanoXplore a pu également s’appuyer sur l’expertise de ses grands clients Airbus et Thales qui ont contribué aux phases de spécifications et de design des FPGA.

Elle a ainsi fait le choix d’adapter dès la conception ses composants aux contraintes agressives de l’environnement spatial afin qu’ils soient capables de tenir sur la durée de vie en orbite d’un satellite, soit 15 à 20 ans. «Nous avons nativement conçu des composants totalement immunisés face aux radiations spatiales, contrairement à nos concurrents américains qui s’appuient sur des composants standards du marché qu’ils fiabilisent par la suite», explique Edouard Lepape directeur général de NanoXplore.

Une supply chain souveraine

Enfin elle a bénéficié de fonds publics significatifs au vu des enjeux de souveraineté porté par le projet.  Sur ses 80 millions d’euros de dépenses de R&D sur 10 ans, 70% ont été pris en charge grâce à des soutiens étatiques et institutionnels, le reste par NanoXplore et ses partenaires et clients industriels. 

Pour assoir la crédibilité industrielle de sa solution, la société a fait appel au groupe STMicroelectronics. «Nous sommes dans un modèle fabless. On fournit les schémas du composant final et ST l’industrialise», précise le dirigeant. Des productions de l’ordre de 500 à 1 000 pièces par an, significatives à l’échelle du domaine spatial, ont été négociées.

Seul acteur à proposer une solution souveraine soutenue par l’ESA et le CNES, NanoXplore compte être bien retenu sur les grands programmes spatiaux européens, comme les constellations Copernicus (observation environnementale), Galileo (géolocalisation) ou encore Iris2 (télécommunications sécurisées). NanoXplore compte réaliser 17 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023 contre 9 millions l’an dernier. Et grignoter petit à petit les marchés jusque-là acquis aux fournisseurs américains. 

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