Comment être certain qu'une image à bien été prise par tel satellite et qu'elle n'a pas été manipulée ? Etre capable d'authentifier la donnée et de détecter d'éventuelles modifications réalisées sur le cliché d'origine ? C'est tout l'enjeu des travaux de R&D conduits par 3IPK.
Co-fondée en 2019 à Bratislava en Slovaquie, par Maria Capova et Juraj Zamecnik, la start-up mise sur la technologie blockchain, combinée à des techniques d'analyse de data, d'intelligence artificielle et d'exploration de processus pour sécuriser les données issues du spatial. «Nous utilisons la blockchain pour démontrer l'authentification des données, sans avoir à les stocker directement dans la blockchain. Notre solution passe par la création d'un miroir numérique, une version hachée de la donnée, qui permet de la sécuriser», résume Juraj Zamecnik.
Une première solution pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement
Dans un premier temps, 3IPK s'est illustrée avec le développement d'une plateforme logicielle utilisant la technologie blockchain pour sécuriser la gestion des chaînes d'approvisionnement du spatial. Sa méthodologie a très vite retenu l'attention de l'Agence spatiale européenne et d'autres acteurs du spatial, dont Thales Alenia Space. Un démonstrateur est mis au point dès 2021. «Notre solution est en exploitation commerciale depuis le début de l'année 2023», précise Juraj Zamecnik. C'est sur la base de ce premier produit et de ses premiers contacts dans le spatial que naît l'idée de s'intéresser au marché de l'authentification des images satellites.
Entre temps, fin 2022, il y a eu la tentative de désinformation véhiculée sur les réseaux sociaux cherchant à démontrer un pseudo blackout électrique en Ukraine au lendemain d'un bombardement russe, via des images satellites qui se sont avérées truquées. Comment lutter contre ce que les experts appellent les «deepfakes géographiques» ? «L'utilisation d'images satellites est en forte progression dans le secteur de l'environnement, pour surveiller les pollutions industrielles, les travaux forestiers ou les risques de sur-pêche. Leur authentification devient cruciale», souligne Juraj Zamecnik.
Un partenariat renforcé avec Thales Alenia Space
Le potentiel n'a pas échappé à Thales Alenia Space. Le groupe spatial franco-italien vient d'accueillir les équipes de 3IPK au sein du Space Business Catalyst, à Toulouse. La start-up est l'une des trois premières à être accueillies au sein du nouvel accélérateur, basé à la fois à Turin et Toulouse, lancé en juillet 2023. «Nous ne sélectionnons que des projets à fort potentiel, capables de viser un business à 9chiffres dans un horizon de cinqans», rappelle Vincent Clot, directeur business et open innovation chez Thales Alenia Space, en charge du Space Business Catalyst. La règle du jeu est simple : la start-up s'engage sur une présence physique au sein de l'accélérateur et de son côté, Thales Alenia Space lui assure un accès à ses experts techniques, à son FabLab, aux moyens de tests et de production du site.
«Le Space Business Catalyst est aussi une porte d'entrée sur toutes les autres entités du groupe et plus largement sur l'écosystème spatial toulousain, français et européen», insiste Vincent Clot. Un carnet d'adresses que 3IPK compte bien mettre à profit pour boucler d'ici à la fin de l'année 2023 une levée de fonds de 7 millions d'euros, avec en ligne de mire le développement d'un premier pilote de démonstration dans un délai de 12 mois, et dans la foulée, le lancement commercial. D'ici là, les équipes seront renforcées. La start-up emploie actuellement 25 salariés et prévoit une dizaine de recrutements à Toulouse d'ici fin 2023. Tout devrait ensuite aller très vite : 3IPK, qui a réalisé en 2022 un chiffre d'affaires de 700 000 euros, table sur 1,5 million d'euros pour 2023 et 4 millions d'euros pour 2024. A 3 ans, en 2026, l'ambition est de passer le cap des 10 millions d'euros de chiffres d'affaires avec un effectif d'une centaine de salariés.



