L'inflation et les règlementations n’arrêtent pas la croissance vertigineuse du superéthanol-E85

La consommation du superéthanol-E85 en France a enregistré une croissance spectaculaire en 2022. Malgré une pression règlementaire de plus en plus grande sur les véhicules thermiques, la filière du bioéthanol veut croire que l'agrocarburant représente une solution d'avenir en Europe à côté du véhicule électrique.

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Ford Puma
Ford fait partie des rares constructeurs automobiles qui commercialisent des véhicules compatibles avec le superéthanol-E85.

Ses défenseurs le surnomment le "carburant du pouvoir d’achat". Pour ses détracteurs, il est plutôt synonyme d’emprise sur les surfaces agricoles. En tout cas, le succès du superéthanol-E85 ne se dément pas. Après avoir progressé de 33% en 2021, la consommation de cet agrocarburant a bondi de 83% en 2022 en France, à 854 124 mètres cubes. Un succès à contre-courant dans le domaine des combustibles fossiles.

«Le prix reste un moteur essentiel de la consommation d’E85. Il a un peu augmenté mais beaucoup moins que celui des carburants classiques. Cela reste toujours très intéressant de rouler à l’E85», introduit Sylvain Demoures, président du Syndicat national d’alcool agricole (SNPAA). Malgré l’inflation, l’agrocarburant affichait un prix au litre de 1,11 euros au 20 janvier. Un coût bien inférieur à celui du gazole B7 (1,92 euro) et de l’essence SP95-E10 (1,87 euro).

La flotte de véhicules grandit

Tous les indicateurs illustrent le succès commercial de l’E85. Désormais, le parc automobile français compte 300 000 véhicules compatibles avec cet agrocarburant (+67% par rapport à 2021). «Sur la seule année 2022, 85 000 nouveaux boîtiers de conversion E85 homologués ont été installés contre 30 000 en 2021 et 15 000 en 2020», chiffre la Collective du bioéthanol dans son bilan annuel.

L’organisation note aussi une forte progression des immatriculations de véhicules «flex-E85 d’origine» (c’est-à-dire des voitures qui peuvent recevoir de l’E85 sans boîtier ou modification particulière). «Près de 35 000 véhicules flex-E85 d’origine ont été vendus en 2022, six fois plus qu’en 2021», note la Collective du bioéthanol.

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La croissance est là, mais les volumes restent modestes. En décembre 2022, l’E-85 ne représentait que 2,1% des immatriculations françaises de véhicules particuliers. Il faut dire que seulement deux constructeurs commercialisent en France des véhicules flex-E85 d’origine : Ford et Jaguar-Land Rover.

Ford, chantre de l’E85 en France

Le pari a plutôt bien réussi chez Ford. «Quand on a le bon produit au bon moment, les clients viennent naturellement. Sur un marché automobile français à -7,8% en 2022, Ford est à +7,6%», se félicite Fabrice Devanlay, directeur des relations publiques de Ford France, à L'Usine Nouvelle.

Ce succès pourrait-il inspirer d’autres constructeurs ? «Nous avons des contacts avec tous les constructeurs, y compris les constructeurs français. À n’en pas douter, les résultats exceptionnels de Ford vont remettre le dossier flex-E85 sur le haut de la pile des comités exécutifs», estime Nicolas Kurtsoglou, responsable carburants au SNPAA.

Les ambitions de la filière du bioéthanol sont d’autant plus grandes qu’elle pourrait bénéficier de certaines concessions réglementaires. Notamment dans les zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) si redoutées des industriels et des automobilistes. La métropole de Reims (Marne) a par exemple accordé une dérogation permanente aux voitures équipées de boîtiers E85 tandis que Montpellier (Hérault) a donné un délai supplémentaire de trois ans aux mêmes véhicules. Objectif de la Collective du bioéthanol : obtenir la généralisation de cette dérogation dans l’ensemble de la France.

Solution de transition ou marché d’avenir ?

Mélange d’essence et d’éthanol, le superéthanol-E85 émet effectivement beaucoup de CO2 que l’essence. Il n’en reste pas moins un combustible fossile, exposé comme les carburants classiques à l’interdiction des ventes de véhicules thermiques neufs en 2035 dans l’Union européenne.

Les défenseurs des agrocarburants ont toufefois remporté une victoire en juin 2022 : la dernière version du texte européen laisse une place aux carburants de synthèse s’ils permettent des solutions neutres en carbone. «Cet accord ouvre la voie à des voitures hybrides rechargeables flex-E85 qui consommeront du superéthanol-E85, devenu 100% renouvelable en remplaçant sa part actuelle d’essence fossile par de l’essence synthétique», considère la Collective du bioéthanol.

Ce souhait va tout de même dépendre des futures négociations européennes, et surtout des développements technologiques. Renault a déjà annoncé des recherches sur les carburants synthétiques et le sujet intéresse également le nouveau patron de Volkswagen. Mais d’autres acteurs semblent tout miser sur les véhicules électriques à batterie pour assurer leur avenir en Europe. Y compris… Ford. «Nos motorisations Flexifuel E85 sont des solutions de transition. En 2030, 100% de notre gamme de véhicules particuliers sera 100% électrique», indique le directeur des relations publiques de Ford France.

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